Acte de candidature
Les événements que traverse notre pays, dans le Rif en particulier, aussi préoccupants soient-ils, doivent nous pousser, tous, à une extrême vigilance, prudence et surtout humilité dans les analyses effectuées tant la question rifaine reste d’une extrême sensibilité et complexité.
Pour ce faire, il est important de comprendre ce qu’il s’y passe, et pour comprendre il faut savoir entendre et surtout être bien informé. Et éviter de réagir sous le coup de l’émotion et de l’impulsivité.
Ceci n’est visiblement pas le cas d’un grand nombre de personnes qui se sont exprimées sur le sujet, “experts“ auto-proclamés de la question rifaine, et dont la pertinence analytique s’est souvent diluée dans l’intensité émotionnelle exacerbée par le fil ininterrompu des événements. Quand ce n’est pas dans l’intox, la contre-vérité, ou la trivialité. Voire les trois.
Je me suis gardé moi-même de succomber à la “facilité“ dans l’analyse d’une situation qui est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. Celle-ci impose prudence, sang-froid et responsabilité. Le poids des mots a beaucoup de sens.
Bien évidemment, je me joins à l’ensemble des voix qui défendent, à juste titre, les revendications économiques et sociales légitimes d’une catégorie de nos concitoyens qui se considère tenue à l’écart des politiques de développement mises en place par le Maroc.
Avec tout ce que cela implique en termes de mal-développement, de sous-activité économique, et de chômage endémique, celui des jeunes notamment.
Les causes à cette situation sont plus ou moins connues, à savoir la baisse des revenus générés par la culture du cannabis et de la pêche notamment, l’enclavement de la région qui peine à s’arrimer au reste du territoire, un sous-investissement public malgré les efforts de mise à niveau entrepris depuis 15 ans, etc.
Aussi, la réponse à cette situation peut, à court terme, être apportée à travers un mise en œuvre d’un Plan de développement accéléré de la région, une sorte de Contrat–programme entre l’Etat, représenté par l’ensemble des ministères concernés (éducation, santé, commerce et industrie, agriculture, tourisme, pêche …) , la Région Tanger-Tétouan-Al Hoceima et les élus locaux.
Ce plan existe bel et bien depuis 2015, mais dans les faits la mise en œuvre est restée lettre morte depuis. Il est temps de reprendre ce contrat-programme, le doter d’un budget conséquent (entre 50 et 60 milliards au moins de DH sur cinq ans) et le mettre en œuvre sur la base d’objectifs chiffrés pluri-annuels, par secteur, et dont la reddition des comptes se fera devant les représentants de la population avec obligation légale pour ces derniers de rendre compte aux populations locales, sur une base régulière, des avancées et surtout des impacts concrets des différents projets.
Au-delà des revendications économiques et sociales, je considère que le malaise de nos compatriotes rifains est plus profond à mon sens.
Il y a une perte de confiance qui s’est progressivement installée entre une partie des habitants du Rif et les institutions publiques. C’est cette confiance qu’il convient de restaurer urgemment. C’est ce que l’on appelle communément le capital social.
Le capital social, à travers la confiance et les liens sociaux entre groupes de personnes, est une composante essentielle du capital immatériel d’un pays qui exerce lui-même un impact sur le développement économique et social des pays.
Le lien entre capital social et développement et croissance est clairement établi dans la littérature issue de l’Ecole néo-institutionnaliste américaine. Pour ce faire, j’invite nos responsables à s’emparer des écrits de l’historien D. North, des économistes R. Coase et O. Williamson qui ont théorisé en leur temps que les coûts de transaction augmentent à mesure que les liens de confiance entre individus dans une société diminue.
Et c’est cela qui explique le différentiel de développement entre des pays tels que la Suède ou la Norvège (pays où le capital social est le plus raffermi) et des pays tels que la Somalie ou l’Erythrée, pays en guerre permanente et où le degré de défiance vis-à-vis des institutions est tel que l’édification des contours d’un Etat moderne a été rendue impossible avec tout ce que cela implique en termes de manque à gagner en matière d’attractivité et de développement économique.
Il n’y a pas de miracle. Il n’y a que l’agrégation d’un certain nombre de phénomènes qui, à force de se répéter, deviennent ce que l’on appelle une théorie. A ce titre, l’adoption d’un Pacte de confiance me semble être une priorité capitale, sur des bases solides et pérennes, qui serait une sorte de contrat moral entre l’ensemble des parties prenantes , à savoir l’Etat, représenté par ses institutions régaliennes, les partis politiques et la population locale représentée par ses élus et les acteurs de la société civile.
Le rôle des partis politiques dans ce Pacte de confiance est d’une importance capitale. Et dans ce contexte où il y existe une défiance profonde entre les citoyens et les partis politiques de manière générale, il convient de réhabiliter le rôle du politique dans ce qu’il a de plus noble. Car c’est bien l’affaiblissement des partis dans la région et ailleurs qui nous a conduit à cette situation malheureuse.
Il y a une crise de légitimité et de représentativité politiques qui se matérialise par un éloignement de la classe politique de ses bases, un travail d’encadrement au niveau local qui ne se fait plus entraînant un vide sur le terrain qui ne demande qu’à être comblé par certaines mouvances tendancieuses. La nature a horreur du vide.
Aussi, en ces temps troubles, la réhabilitation et la restructuration du champ politique sera, j’en suis certain, l’un des principaux chantiers pour les dix prochaines années. Nous n’avons pas le choix car le rôle du politique est justement de jouer le rôle d’intermédiaire entre les institutions de l’Etat et les populations locales, d’être cette force d’encadrement de la population dans la production d’une élite locale dont l’objectif est justement d’absorber et de répondre aux besoins et attentes des citoyens.
Aussi, paradoxalement, ces événements peuvent être salutaires dans leur volonté de pointer du doigt, s’il en fallait, les limites profondes de l’action politique telle qu’elle est menée depuis des années.
“A quelque chose malheur est bon“, comme dirait l’adage.
Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin d’une réflexion profonde et sérieuse sur ce que doit être l’engagement politique en rapport avec les exigences des citoyens de ce début de 21ème siècle.
Les logiciels de pensée actuels et les outils organisationnels semblent être d’un autre âge. Aussi, le temps de l’action saine à travers un engagement politique basé sur des principes, des valeurs, une colonne vertébrale, des compétences et du courage est venu.
Notre pays compte des milliers de citoyens disposant de solides compétences et d’une diversité d’expériences et qui désirent, de manière désintéressée, se mettre au service de leur pays.
Il faut que les partis s’ouvrent à eux sans condition. En outre, nous avons besoin plus que jamais d’une élite intellectuelle qui s’engage à nouveau dans les appareils des partis politiques afin de réfléchir, de manière “scientifique“ et rationnelle, aux solutions à apporter pour le développement de notre grande Nation de manière générale.
Nous avons besoin d’une élite politique courageuse, adepte d’un langage nouveau et d’une crédibilité retrouvée qui renoue avec ses bases et avec les idéaux politiques qui ont fait d’elle ce qu’elle fût par le passé.
Nous avons besoin de citoyens qui s’engagent de manière sincère et désintéressée dans la vie de la Cité sans rien attendre en retour.
Bref nous avons besoin d’une nouvelle manière de faire de la politique.
Ma génération ainsi que les plus jeunes doivent justement saisir cette opportunité pour s’engager dans ce vaste dessein collectif qui est le développement inclusif et solidaire du Maroc où tout le monde pourrait y trouver sa place et aurait les mêmes chances de réussite quels que soient son origine sociale, son sexe, son appartenance géographique ou autre.
Aujourd’hui plus que jamais, nous avons justement besoin de nous retrouver en tant que citoyens marocains autour de valeurs communes et d’un dessein collectif de l’issue desquels dépendra justement notre sécurité et stabilité.
Aussi, dans ma volonté de continuer à œuvrer, avec d’autres, pour la transformation de l’USFP en une grande force de gauche social-démocrate, moderne et progressiste, j’ai décidé de présenter ma candidature à la Direction (Bureau Politique) de l’USFP le 10 juin prochain.
J’ai décidé de le faire avec sincérité, responsabilité, lucidité, clarté et cohérence en termes de pensée et de valeurs. Cette candidature est le fruit d’une longue et mûre réflexion d’un citoyen patriote qui aime son pays, qui sait à quel point il recèle d’atouts –sa jeunesse au premier chef—et qui considère que nous pouvons, si tant est que nous en donnons les moyens, changer les choses en profondeur.
Quoi qu'en disent nos contempteurs, nous avons besoin, nous citoyens de progrès, d’une gauche forte dans notre pays.
Une gauche de progrès qui soit refondée sur la base d’une nouvelle vision sociétale qui prenne en compte les spécificités de notre pays tout en s’inscrivant pleinement dans l’universalité; une gauche qui renoue avec le travail de proximité comme ce fut le cas par le passé; une gauche qui soit une véritable force de proposition à travers la mise en place d’un nouveau logiciel de pensée et l’ouverture vers les intellectuels; une gauche qui renoue avec ses valeurs de travail, de liberté, d’équité et de justice sociale essentiellement.
Une gauche courageuse, éthique, crédible car elle tient ses promesses et tient le langage de la vérité et de la sincérité. C’est un beau combat qui vaut la peine d’être mené avec d’autres. Je dis que c’est possible car l’Histoire, demain, ira dans ce sens. Cela prendra le temps qu’il faut mais nous y arriverons à force d’optimisme, d’abnégation, de transcendance et surtout de conviction.