Aïd al-Adha: sans l'abstention du sacrifice, le kilo de viande pourrait atteindre 200 DH
Face aux défis climatiques et économiques pesant sur l’élevage marocain, l’appel du Roi Mohammed VI à s’abstenir du sacrifice de Aïd al-Adha en 2025 repose sur des raisons économiquement rationnelles, socialement bénéfiques. Cette décision vise à préserver le cheptel national, à atténuer la pression sur les prix de la viande rouge et à instaurer un climat de soulagement au sein de la société marocaine.
Le 26 février 2025, le Roi Mohammed VI a adressé un appel à la nation, invitant les Marocains à s’abstenir du sacrifice de Aïd al-Adha. Cet appel intervient dans un contexte économique et agricole difficile où le secteur de la viande rouge traverse une crise sans précédent, caractérisée par une flambée des prix liée à une baisse drastique du cheptel national, lequel peine à se reconstituer.
Selon les données du ministère de l’Agriculture, chaque année, Aïd al-Adha entraîne l’abattage d’environ 5,5 millions d’ovins et caprins. Or, ces dernières années, le cheptel a connu un déclin alarmant enclenché lors de la crise du Covid en 2020. Et depuis, il a été difficile de reconstituer le cheptel. Le ministre de l’Agriculture estime que le cheptel a diminué de 38% depuis 2016, conséquence directe des sécheresses successives et de la hausse des coûts d’alimentation du bétail.Célébrer l’Aïd cette année aurait été un suicide pour le secteurDans ce contexte, les professionnels du secteur alertent sur un scénario catastrophique si l’Aïd était célébré comme à l’accoutumée. Interrogés par Médias24, plusieurs acteurs du secteur sont unanimes : "Célébrer l’Aïd cette année serait un suicide pour le secteur". Une telle fête fragiliserait davantage un cheptel déjà éprouvé, poussant les éleveurs dans un cercle vicieux et provoquant une nouvelle flambée des prix.
L’impact sur les prix : une explosion évitée
L’épargne de 5 millions d’ovins cette année pourrait contribuer à stabiliser un marché déjà fragilisé par la flambée des prix. Le prix du kilogramme de viande ovine, qui oscillait entre 80 et 100 DH, avoisine déjà 120 DH sur le marché de gros de Casablanca et a atteint 150 DH dans certaines régions.
Sans cette mesure, la baisse du cheptel aurait accentué la pénurie, poussant les prix de la viande à un seuil critique de 200 DH le kilogramme, un niveau jamais atteint. Une telle flambée aurait eu des répercussions majeures sur le pouvoir d’achat des ménages et aurait aggravé la situation des petits éleveurs, déjà confrontés à des coûts d’alimentation du bétail en forte augmentation.
Les experts s’accordent sur un fait indéniable : "Si plusieurs millions de têtes de bétail sont sacrifiées, le prix de la viande continuera d’augmenter et le cheptel ne sera, à ce rythme, jamais reconstitué".
L’appel royal permettrait donc une économie de 5 millions de têtes, donnant ainsi une marge de manœuvre aux éleveurs pour reconstituer progressivement leurs troupeaux et sortir de ce cycle de raréfaction.
Un soulagement social et une décision inspirée par l’intérêt général
Au-delà des considérations économiques, cette décision revêt une dimension hautement sociale et spirituelle. L’abstention au sacrifice de l’Aïd, recommandée par Sa Majesté le Roi, Amir Al-Mouminine, est une application directe du principe de l’intérêt général. Dans des circonstances exceptionnelles comme celles que traverse le Maroc, il est permis de suspendre un rite lorsque cela sert le bien-être collectif.
D’ailleurs, la symbolique de ce geste royal dépasse largement la seule préservation du cheptel. Le Roi Mohammed VI accomplira lui-même le sacrifice en son nom et au nom du peuple marocain, une pratique bien ancrée dans la tradition islamique où l’imam ou le chef de la communauté peut effectuer le sacrifice pour l’ensemble de ses sujets. Ce geste soulage de nombreux citoyens qui, face aux difficultés financières, se trouvaient tiraillés entre la volonté de respecter la tradition et l’incapacité d’en assumer le coût.
Dans de nombreuses familles, l’achat du mouton de l’Aïd représente un poids financier important, voire insoutenable. L’année dernière, le prix moyen d’un mouton oscillait entre 3.000 et 6.000 DH, une somme que beaucoup de ménages ne peuvent se permettre dans le contexte économique actuel.
L’appel royal procure ainsi un véritable soulagement, desserrant la pression sociale liée à l’achat du mouton, souvent perçu comme un impératif moral et communautaire. Cette mesure évite également la stigmatisation des familles qui, par contrainte financière, auraient renoncé au sacrifice. Ainsi, aucun foyer ne se sentira exclu ou en porte-à-faux avec la tradition.