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Maroc Telecom : un monde nouveau vous appelle-t-il ?

Ayant pris tout le monde de court, la non-reconduction de Abdeslam Ahizoune à son poste à la tête d’Itissalat Al-Maghrib vient après plusieurs signes avant-coureurs. Elle indique la volonté de l’actionnaire majoritaire de donner une nouvelle orientation au groupe.

Maroc Telecom : un monde nouveau vous appelle-t-il ?
Ghassan Waïl El Karmouni
Le 26 février 2025 à 20h10 | Modifié 27 février 2025 à 18h24

La non-reconduction de Abdeslam Ahizoune à son poste à la tête d’Itissalat Al-Maghrib (IAM) est sans aucun doute un évènement aussi bien au niveau national que sectoriel. Avec une culture d’entreprise nationale où les démissions ou les limogeages sont des faits relativement rares à ce niveau de responsabilité, le cas du PDG d’IAM est encore plus particulier. En effet, il s’agit ni plus ni moins d’une des figures centrales du secteur des télécoms au Maroc et une des chevilles ouvrières de sa libéralisation, de sa privatisation puis de son expansion à l’international.

Monsieur télécoms au Maroc

De cadre dans le ministère des PTT en 1977 à PDG d’Itissalat Al-Maghrib en 1998, en passant par le poste de directeur des télécommunications en 1983, puis ministre des Télécommunications en 1992, à 69 ans, le diplômé de Télécom Paris en 1972 aura occupé tous les postes clés du secteur, à part celui de régulateur…   

Discret, travailleur acharné, serviable, patriote… sont des qualificatifs qui reviennent le plus souvent pour le décrire, en plus de celui d’autoritaire. Jusqu’au bout, il aura tenu d’une main de fer le destin d’IAM lui valant des amitiés très haut placées, mais aussi des inimitiés tenaces, notamment au sein du management des multinationales qui prirent le contrôle de Maroc Telecom depuis sa privatisation en 2001.

"Il n’a jamais cessé de penser qu’IAM est une entreprise marocaine et qu’elle doit être gérée par des Marocains", affirme une connaissance de longue date. Le premier clash va se matérialiser dès la privatisation de Maroc Telecom, où le management de Vivendi Universal voudra imposer des cadres et un management français.

Faisant de la résistance à cette opinion hégémonique, il restera sur sa position jusqu’au départ de la plupart des cadres expatriés, moins de deux ans après leur nomination dans le management de Maroc Telecom. Il se rendra même indispensable à la multinationale française après l’ouverture de Maroc Telecom sur l’international et le changement stratégique au sein de Vivendi où il sera le premier Marocain, issu d’une filiale de multinationale, adoubé au sein du directoire d’une entreprise cotée au CAC 40.

De la résistance, il en fera aussi à l’élargissement des marges de la concurrence dans le secteur. Jouant dans les interstices de la loi sur les télécoms qu’il a mise en place en tant que ministre, il restera rétif à permettre au deuxième puis au troisième opérateur national de bénéficier du partage des infrastructures de l’opérateur historique.

Cette ténacité va se matérialiser dès les premiers jours de la libéralisation du secteur en fixant des tarifs jugés exorbitants entre IAM et Méditel, mettant en colère le management de l’entreprise maroco-ibérique qui, selon une de nos sources, se serait plainte en haut lieu, nécessitant l’intervention du régulateur de l’époque, un certain Mostafa Terrab, pour faire baisser les tarifs.

Bras de fer permanent

Ce bras de fer avec la concurrence et avec les régulateurs successifs va se poursuivre durant des années à la faveur de la position du Président, particulièrement apprécié dans les hautes sphères où il jouit d’un prestige qui pourrait être jaugé au nombre de sièges qu’il occupe au sein des fondations et instituts les plus select du pays.

Sa position est aussi confortée par les résultats des bénéfices insolents pour l’opérateur historique décrit par la presse hexagonale comme "l’un des opérateurs les plus rentables au monde". Ce succès économique a une contrepartie, les contestations de la concurrence. Celle-ci donnera lieu à de nombreuses plaintes aussi bien auprès de la régulation qu'au tribunal, qui finiront par coûter à IAM une ardoise de près d’un milliard d’euros entre astreintes, amendes et indemnités.

Une ardoise accueillie amèrement par l’opérateur historique qui n’hésitera pas, dans sa très officielle présentation des résultats financiers du 2ᵉ semestre 2024, à accuser l’ANRT, en des termes explicites de "maintien de la régulation asymétrique en faveur des concurrents sur les marchés de détail et de gros". Un signe avant-coureur de la fin de l’ère Ahizoune ?

"Cette position dominante est due à une privatisation qui n'a pas dissocié les actifs réseau et les activités opérationnelles. Si cela a été fait dès le départ, on ne serait pas arrivé à cette situation où l’accès aux réseaux de l’opérateur devient un enjeu", affirme, à la décharge du patron, une source qui était proche du dossier. Selon elle, l'État a préféré maximiser le prix de cession de Maroc Telecom au détriment d'une plus grande concurrence, notamment pour le développement des services qui aurait été permis par un investissement moins coûteux dans les infrastructures.

La stratégie de maximiser les profits de la rente de position d’opérateur historique qui a assuré la longévité d'Ahizoune à la tête d'IAM pendant 27 ans pourrait également expliquer son éviction. Grâce à ses profits mirobolants, du fait des distorsions concurrentielles documentées aussi bien par la Cour des comptes, l’ANRT, mais aussi la justice, la politique de distribution des bénéfices de la vieille dame de Rabat fait son succès aussi bien auprès des boursicoteurs que des investisseurs institutionnels et actionnaires.

Plus de 100 milliards de dirhams ont ainsi pu être distribués durant les années Ahizoune. Une politique plus que généreuse qui pourrait bien être le talon d’Achille du mastodonte marocain présent dans plus de dix pays africains. "Maroc Telecom distribuait durant des années une moyenne de 6 dirhams par action avec un minimum de 4 dirhams ; en 2024, le groupe a distribué 1 dirham", décrypte un analyste, avant d’ajouter : "Malgré les investissements importants dans les infrastructures (4G, fibre optique, un câble sous-marin de 9.400 km allant de Casablanca à l’Afrique de l’Ouest), Maroc Telecom reste assez pauvre en termes d’investissement dans les services d’avenir, notamment dans le cloud, la monétique, l’intelligence artificielle et bientôt la 5G".

On est loin des années qui ont construit la réputation de la star nationale des télécoms qu’était le patron de Maroc Telecom, étant à l’origine de plusieurs coups d’éclat, notamment en lien avec des événements internationaux accueillis par le Maroc ou par innovations en termes de connectivité, plaçant le Maroc parmi les leaders africains des télécoms.

Vers une refonte stratégique ?

La locomotive technologique qu’est IAM semble aujourd’hui ankylosée en ce qui concerne l’innovation et les métiers d’avenir et à valeur ajoutée. Une orientation stratégique critiquée et difficilement rattrapable avec une situation financière qui s’est dégradée avec une perte de parts de marché et aussi par la succession de litiges judiciaires.

Avec une dette consolidée de plus de 22 milliards de dirhams en 2024, essentiellement en lien avec le développement de l’infrastructure et les acquisitions africaines, le marché se pose des questions quant à la capacité du leader national à continuer à garder sa place de leader, notamment avec la proximité de l’annonce des nouvelles licences 5G, et aussi le lancement du chantier du cloud souverain et les nouveaux enjeux du secteur.

Alors que les réseaux sont de plus en plus utilisés par les GAFAM sans que ceux-ci contribuent à leur développement, mais aussi l’apparition d’une nouvelle concurrence à venir, notamment les réseaux à solution hybride comme Starlink et ses concurrents européens et chinois qui menacent de disrupter le secteur des télécoms, la faiblesse de la diversification de Maroc Telecom dans de nouveaux services à valeur ajoutée interroge les choix stratégiques des dernières années.

D’autant plus que ces choix se sont de plus en plus reflétés sur les résultats d’IAM qui voient s’éroder sa base clientèle, son image de marque décrépie auprès des consommateurs, et ses résultats au niveau national depuis quelques années déjà. Ceux-ci sont essentiellement soutenus par ses filiales africaines, tirés par une forte croissance notamment des offres monétiques.

La nomination de Mohamed Benchaâboun à la tête de Maroc Telecom vient étayer cette hypothèse. "Cette nomination jouera un rôle déterminant dans le développement stratégique global des activités de Maroc Telecom", indique le groupe dans son communiqué.

Cela laisse présager un virage stratégique qui serait facilité par une personnalité plus consensuelle et qui pourrait favoriser des changements dans le management du groupe détenu à plus de 52% par Etisalat. Une orientation qui peut aller vers de plus grandes synergies avec le géant émirati capitalisant, tout comme ses concurrents mondiaux, sur la taille et sur les choix stratégiques et capitalistiques du groupe.

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Ghassan Waïl El Karmouni
Le 26 février 2025 à 20h10

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