Infographie. Le trajet de la sardine, de la pêche à vos assiettes
Les prix pratiqués par un poissonnier de Marrakech ont déclenché une grande polémique au sujet des prix de la sardine qui oscillent entre 15 et 20 dirhams le kilo. Avec l’aide des professionnels du secteur, Médias24 a reconstitué le circuit de la sardine, du port jusqu’au vendeur final.
Le prix de la sardine ne cesse de faire débat parmi les professionnels et les citoyens. Tous tentent d’expliquer ou de comprendre ce qui se passe réellement, et se demandent s’il existe des pratiques de spéculation qui font grimper le prix de la sardine à des niveaux record, actuellement entre 15 et 20 DH le kilogramme au détail.
Avant le déclenchement de cette polémique, le Conseil de la concurrence avait décidé, en avril 2024, de se saisir d’office de la question des soupçons d’ententes concernant les prix de la sardine. Une procédure d’instruction qui visait à examiner le fonctionnement concurrentiel du marché de la sardine, ainsi que la conformité des pratiques en question avec les dispositions de la loi n° 104-12 relative à la liberté des prix et de la concurrence.
La polémique sur les prix de la sardine n'est pas nouvelle. En 2018, bien avant les multiples crises et l'inflation, le prix du kg de sardine avait atteint 30 DH au cours du Ramadan, dans l'incompréhension générale. Une polémique qui s'était soldée par une baisse des prix quelques jours plus tard.
Médias24 avait suivi l'affaire avec des articles et un reportage qui remontait la chaîne de distribution, avant de conclure que la désorganisation du circuit de vente au détail faisait flamber les prix.
En ce mois de février 2025 et à quelques jours du mois de Ramadan, où les prix frôlent les 20 DH, un jeune poissonnier a décidé de casser les prix, ravivant la polémique sur les prix de la sardine et braquant de nouveau les lumières sur l'incompréhensible formation des prix.
Dans un article publié 25 février, Médias24 a recueilli l'avis de professionnels pour expliquer la situation actuelle et l’effet polémique de la sardine à 5 dirhams. Il en ressort deux principaux constats :
→ Une offre abondante dans les ports du Nord (de Larache à El Jadida) : la semaine dernière, la caisse de sardines se vendait 120 dirhams (première vente) dans les halles de pêche.
→ Une offre moins abondante dans les ports du Sud (d'Agadir à Dakhla), où les prix sont fixes : à l'issue du repos biologique (janvier et février), la plupart des pêcheries du Sud ont connu une diminution des quantités de sardine pêchée, à l'exception de celle de Tan-Tan.
Nous avons retracé le parcours de la sardine, du bateau au consommateur, et tenté de documenter comment se forme le prix final. En simulant l'exemple d'une sardine arrivant au port d'Agadir, le prix unitaire de débarquement est fixé au long de l’année : 3,10 dirhams le kilogramme.
Après déduction des taxes et des frais, le grossiste autorisé sort du port avec un coût de 4 dirhams le kilogramme (sans marge). Le transport jusqu'au marché de gros de Lahraouyine à Casablanca ajoute en moyenne 1 dirham par kilogramme, bien que ce coût puisse varier.
À l'arrivée au marché de gros de Lahraouine à Casablanca, le mareyeur a donc dépensé 5 dirhams par kilogramme, toujours sans bénéfice.
Au marché de gros, le mareyeur vend sa marchandise aux enchères. Le prix des enchères est déterminé par l'offre et la demande. En cas de faible offre, les professionnels estiment que le prix ne peut excéder 10 dirhams le kilogramme, ce qui représente une marge brute de 4,3 dirhams par kilogramme pour le mareyeur (un maximum en cas de rareté de l’offre).
À la sortie du marché de gros, les intermédiaires vendent la sardine deux à trois fois son prix initial, voire plus, surtout en période de pénurie. Ainsi, les intermédiaires réalisent une marge bénéficiaire de 5 à 10 dirhams par kilogramme, malgré des risques moindres comparés à ceux des marins qui risquent leur vie, des armateurs qui ont des frais importants (prix du gasoil, pièces de rechange, pannes imprévues, naufrage…), et même des mareyeurs qui subissent nombre d'imprévus.
Face à cette situation, les professionnels que nous avons rencontrés ont unanimement exprimé la nécessité de renforcer le dispositif de contrôle à la sortie du marché de gros afin de rétablir les prix habituels.