UM6P Science Week : le thème “Convergences” au coeur de l’édition prochaine
Du 17 au 23 février, la 5ᵉ édition de l'UM6P Science Week s'est tenue au campus de Benguerir, sous le thème "Shaping the Future". À l’issue de cet évènement, un nouveau thème, "Convergences", a été annoncé, qui incarne la continuité logique des éditions précédentes et qui sera au cœur des débats l'année prochaine.
La 5ᵉ édition de la Semaine scientifique de l’Université Mohammed VI Polytechnique s’est achevée après une semaine riche en conférences et débats autour de sujets d’actualité majeurs, tels que l’intelligence artificielle, l’agriculture durable, la transition énergétique et la mine de demain. Placée sous le thème "Shaping the Future", cette édition s’inscrit dans une volonté de ne pas rester en retrait de l’évolution technologique qui se passe actuellement dans le monde et fait suite logique aux éditions précédentes axées sur "Transitions", "Le transhumanisme" et "La complexité".
Cette édition a rassemblé 4.500 participants, parmi lesquels figuraient des étudiants issus de diverses universités, ainsi que 90 experts internationaux provenant du monde académique et industriel. Ils ont animé 45 conférences et 30 ateliers abordant des défis majeurs actuels et à venir : l'intelligence artificielle dans les transitions industrielles, les enjeux énergétiques et miniers, le rôle de l'innovation dans les secteurs de l'agriculture et de la santé, l’entreprenariat, ainsi que la souveraineté scientifique en Afrique…
La science n’est pas une abstraction confinée aux laboratoires et aux publications. C’est une force en mouvement, un levier qui transforme nos sociétés, nos économies et nos manières d’appréhender le monde.
L’événement marquant de cette 5ᵉ édition est la première présentation publique du projet du Grand Stade Hassan II, futur deuxième plus grand stade au monde et projet emblématique du pays, par l’architecte Tarik Oualalou. Ce dernier a détaillé les choix architecturaux et la démarche qui ont mené à cette conception, tout en évoquant le design et l’esthétisme et la performance énergétique du projet.
"La science n’est pas une abstraction confinée aux laboratoires et aux publications. C’est une force en mouvement, un levier qui transforme nos sociétés, nos économies et nos manières d’appréhender le monde", a souligné Hicham El Habti, président de l’UM6P.
À la clôture de cet événement, une note importante a été évoquée concernant la prochaine édition, qui devrait, dans une approche proactive, aborder le thème des convergences. Ce thème s’explique par une convergence multiniveaux entre les disciplines scientifiques, de plus en plus recherchée, ainsi que par les synergies entre la recherche, l’industrie et les politiques publiques, qui deviennent de plus en plus nécessaires pour promouvoir le développement économique, environnemental et social (à l’image du NEXUS).
Fouad Laroui : Nous assistons à un rapprochement progressif des disciplines

En marge de l’événement, Médias24 a rencontré Fouad Laroui, écrivain, journaliste et chroniqueur. Professeur de philosophie des sciences à l’UM6P, il est également à l’origine de l’idée ayant conduit à l’organisation de la semaine des sciences au sein de l’université.
Créée en 2020, la Science Week visait initialement à sensibiliser les étudiants de l’UM6P à l’importance de la science face aux défis mondiaux. "L’idée était de rappeler que la science apporte des réponses essentielles", explique Fouad Laroui. Cinq ans plus tard, l’événement a dépassé les frontières de l’université. Une évolution qu’il juge extrêmement favorable.
"Ce que je constate, c’est une différence marquante par rapport à l’époque où j’étais étudiant. À l’époque, nous visions à intégrer de grandes structures, que ce soit une entreprise ou une institution publique. Aujourd’hui, la majorité des étudiants aspirent à développer leurs propres projets. C’est une évolution positive, mais elle impose de repenser les cadres institutionnels", a précisé Fouad Laroui.
Le problème, c’est que les étudiants ont du mal à distinguer un professeur d’université d’un charlatan avec un million d’abonnés.
Dans un contexte marqué par l'essor des réseaux sociaux et de l'intelligence artificielle, Fouad Laroui a insisté sur l'impérieuse nécessité de préserver et de promouvoir la science, tout en plaidant pour une adaptation des institutions aux aspirations des nouvelles générations.
"Aujourd’hui, n’importe qui peut se proclamer influenceur et diffuser des informations erronées. Le problème, c’est que les étudiants ont du mal à distinguer un professeur d’université d’un charlatan avec un million d’abonnés. Je vous donne un exemple : il y a vingt ans, l’idée que des adultes éduqués puissent croire que la Terre est plate aurait été ridicule. Aujourd’hui, je rencontre des personnes diplômées qui affirment cela sans sourciller. Pourquoi ? Parce qu’elles mettent sur le même plan un professeur de géophysique et un influenceur qui diffuse des montages photos », a expliqué Fouad Laroui.
Sous un autre angle, le changement climatique illustre, selon Fouad Laroui, la nécessité d’une approche interdisciplinaire pour résoudre un défi complexe qui menace l’humanité entière. "Le changement climatique est ce qu’on appelle, en anglais, un wicked problem : un problème si complexe qu’aucune discipline seule ne peut prétendre le résoudre. Chimistes, économistes, politiques… tous doivent unir leurs efforts", constate-t-il.
"Nous observons un rapprochement progressif entre les disciplines, C’est pourquoi on a choisi le thème des "convergences" pour l’édition 2026 de la Science Week. Prenons l'exemple de la médecine : un futur médecin doit désormais maîtriser des notions de science des données. Il n'est plus possible de se limiter à une expertise unique, une évolution qui aurait été impensable il y a vingt ans", a conclu Fouad Laroui.