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ECONOMIE

Jacques Pommeraud : “Le Maroc est un pays stratégique pour le groupe Inetum” 

Dans un entretien avec Médias24, Jacques Pommeraud, CEO du groupe Inetum, évoque les raisons derrière l'implantation du groupe au Maroc, les principaux défis rencontrés ainsi que ses projets futurs.

Jacques Pommeraud : “Le Maroc est un pays stratégique pour le groupe Inetum” 
Jacques Pommeraud, CEO du groupe Inetum.
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Le 21 février 2025 à 12h27 | Modifié 21 février 2025 à 15h16

Leader sur le marché européen, Inetum est une entreprise de services numériques présente au Maroc depuis 2003. Forte de son expertise en solutions numériques et technologies de l'information, le groupe propose une gamme complète de services aux entreprises et aux institutions publiques.

Dans cette interview accordée à Médias24 en marge de sa visite au Maroc, le PDG du groupe, Jacques Pommeraud, est revenu sur les projets d’Inetum au Maroc et sur leur état d'avancement.

Médias24 : En avril 2024, vous avez signé avec le gouvernement marocain un mémorandum d'entente qui porte sur un investissement de 50 millions de dirhams et la création de 1. 500 emplois. Où en est le groupe dans la réalisation de cet accord ?

Jacques Pommeraud : Le plan avance bien. À cette date, nous avons déjà réalisé 200 embauches dans des technologies et des compétences très pointues comme la data, les compétences Salesforce et l'intelligence artificielle.

De plus, nous avons embauché et formé plus de 230 alternants ou stagiaires. Le développement des jeunes est très important pour nous. Par ailleurs, 80% des effectifs d'Inetum au Maroc ont été formés et certifiés dans l'utilisation de l'intelligence artificielle dans leur quotidien.

Nous sommes donc très contents à ce stade. D'ailleurs, plusieurs gros contrats sont sur le point d'être gagnés, qui vont accélérer fortement le développement de l'équipe marocaine.

La modernisation de l'informatique, l'exploitation des données et la souveraineté, principaux défis dans le secteur de l'IA au Maroc

- Comme vous l'avez évoqué, l'intelligence artificielle est l'un des domaines dans lesquels Inetum joue un rôle clé. Pouvez-vous nous donner un aperçu des projets impliquant l'IA au Maroc dans lesquels vous intervenez, et de leur impact sur les différents secteurs du pays ?

- De manière macroéconomique, toutes les discussions que je peux avoir avec des dirigeants privés ou publics ont une composante sur l'intelligence artificielle. En revanche, nous prenons du retard sur nos concurrents américains ou asiatiques.

Aujourd'hui, les projets portent sur la réflexion stratégique, sur la modernisation, nécessaires comme prérequis pour l'intelligence artificielle, et sur l'organisation du travail d'adoption, et nous faisons beaucoup d'acculturation. C'est-à-dire que nous formons les employés et les collaborateurs à ces techniques-là.

En ce qui nous concerne chez Inetum, nous avons déployé l'intelligence artificielle dans nos métiers de l'informatique pour aller plus vite et développer du code de façon plus productive, mais aussi dans nos fonctions de support.

Par exemple, tous nos recruteurs au Maroc utilisent aujourd'hui de l'intelligence artificielle pour analyser les CV des candidats et préparer des questions pour les entretiens d'embauche, et c'est un gain de productivité assez clair et une qualité de service pour nos fonctions de support.

Le Maroc est un pays stratégique pour le groupe 

- Quels sont les défis que vous rencontrez actuellement sur le marché marocain en matière d'IA, et comment les avez-vous surmontés ?

- Il y a en effet des thématiques communes qui rendent ces projets un peu plus compliqués qu'on pourrait l'imaginer. Premièrement, il s’agit des sujets d'informatique à mettre à jour. Il y a encore des entreprises ou des administrations qui ne sont pas dans le cloud ou qui ont besoin de moderniser leur informatique comme prérequis.

La deuxième thématique est relative aux données. Beaucoup de données sont éparpillées et ne sont donc pas forcément prêtes à être consommées par l'intelligence artificielle. Il y a donc un travail préliminaire à faire sur ce volet.

Troisièmement, il y a des craintes liées à la souveraineté et à la nationalité des fournisseurs d'intelligence artificielle.

Le dernier point est pour sa part relatif à l’adoption des outils d'intelligence artificielle.

- Quelles sont donc, selon vous, les opportunités majeures à saisir par les entreprises technologiques au Maroc dans les années à venir en matière d'intelligence artificielle ?

- Les opportunités sont nombreuses, et vont même au-delà de l'intelligence artificielle. On a un formidable mouvement de développement économique dans le pays avec une première échéance en 2030, qui implique des investissements majeurs, des marchés publics et privés et donc du numérique pour accompagner tous ces investissements.

L'échéance est très proche et donc beaucoup de nos clients disent avoir besoin de l'intelligence artificielle dans leurs produits, et dans leur façon de développer leur informatique pour être prêts.

Le deuxième point qui est fascinant au Maroc est relatif à la rapidité d'adoption des technologies. On a, au Royaume, beaucoup de talents qui sont jeunes, modernes et qui sont avides de ces nouvelles technologies.

En revanche, quand il s’agit d’un projet d'intelligence artificielle ou d'informatique en général, il faut toujours se dire que cela va partir très vite. On a des clients bancaires pour qui une application de banque mobile a récupéré, en quelques mois, 10 millions d'utilisateurs. C'est donc cette capacité à passer rapidement à l'échelle supérieure qui est l’une des spécificités du marché marocain.

Moi-même, en tant que PDG du groupe, j'ai été imité par de l'IA

- Vous avez évoqué tout à l'heure le problème de cybersécurité qui est en effet l'une des principales préoccupations avec cette digitalisation. Quel défi particulier rencontre-t-on au Maroc en matière de cybersécurité et quelle est l'approche d'Inetum pour accompagner les entreprises et institutions marocaines dans ce sens ? 

- De mon point de vue, il n'y a pas de défi particulier au Maroc. C'est une menace globale, généralisée, qui s'intensifie ces dernières années. Le défi du jour c'est ce que l'intelligence artificielle introduit comme nouvelle menace.

Voici un exemple pour illustrer. Moi-même, en tant que PDG du groupe, j'ai été imité par de l'IA. J’ai des trésoriers dans certains pays qui ont été contactés sur WhatsApp ou d'autres messageries avec ma voix et mon mauvais accent anglais pour leur demander de faire des virements en cryptomonaie. Et le plus incroyable, c'est même arrivé en vidéo.

Les organisations doivent donc s’adapter à ces nouvelles menaces, et pour ce faire, on a des outils qui sont de plus en plus modernes, qu'on met à disposition de nos clients depuis nos centres de cybersécurité qui sont en Europe. Mais c'est une menace quotidienne, dont il faut vraiment tenir compte.

"Le Maroc est un vivier de talents formidables"

- J'aimerais à présent que nous revenions sur l'implantation du groupe au Maroc. Pourquoi avoir choisi ce pays et quelles étaient les raisons stratégiques derrière cette implantation ?

- A mon arrivée il y a un peu plus de deux ans, nous avons effectué une revue complète de nos implantations et nous avons décidé que certains pays n'étaient pas stratégiques pour le groupe, à l'inverse d'autres pays, dont le Maroc.

Le Maroc est avant tout un vivier de talents formidables. Et pour nous, Inetum au Maroc ce n'est pas simplement, comme pour certains de nos concurrents, une base offshore pour servir des clients européens. C'est avant tout une implantation pour s'adresser au marché local et aider toutes ces entreprises à se moderniser et se préparer pour 2030 et l'après.

La deuxième raison stratégique a trait au positionnement du pays. Le Maroc a l'ambition d'être la porte d'entrée et le hub pour toute l'Afrique d'un point de vue commercial, de développement économique, bancaire, et télécom. Nous souhaitons donc être là pour accompagner nos clients dans ce sens.

Par ailleurs, il est important pour moi qu'Inetum au Maroc soit vu comme une entreprise marocaine avec des dirigeants marocains et des compétences locales, et qu'elle fasse bénéficier nos clients ici et dans tous les pays de l'intégralité des expériences et des succès du groupe.

- Je suppose que tout cela nécessite une adaptation aux spécificités du marché. Quelles sont les adaptations que vous avez faites au niveau d'Inetum pour répondre aux spécificités du marché marocain ?

- Il est important de connaître les différences entre les pays et d'adapter les logiciels que l'on installe chez nos clients.

Dans la distribution par exemple, la mise en place d’un système de gestion comptable ou des stocks peut être très différente au Maroc par rapport à d'autres pays. Au Maroc, il faut que le système permette la vente au détail, à l'unité. Il faut également qu'il permette les paiements mobiles... Connaître les clients et leurs spécificités fait donc partie de notre métier.

Le deuxième point important c'est la rapidité d'adoption, comme je l'ai déjà mentionné. Quand on développe quelque chose pour un client, il faut tout de suite anticiper une adoption massive, et donc des systèmes informatiques assez solides pour permettre cette adoption exponentielle.

Des projets d'infrastructure numériques dans le pipe

- Nous avons évoqué jusqu'ici plusieurs projets du groupe, mais vous participez aussi à des chantiers en relation avec la Coupe du monde 2030. Est-ce que vous pouvez nous en parler davantage ?

- Le développement des infrastructures est l’un des gros moteurs liés à la Coupe du monde 2030. On parle d'infrastructures physiques, des routes, de la LGV et des stades, qui nécessitent une certaine modernité informatique pour gérer la complexité. Mais il y a aussi des infrastructures numériques, par exemple le développement de data centers ou de clouds souverains, ou encore la capacité des banques à répondre à une demande plus forte, etc. Tous ces projets nous impactent et nous sommes là pour nos clients.

L'un des exemples frappants que je pourrais mentionner est celui des entreprises de BTP, qui auparavant géraient avec des outils un peu traditionnels un ou deux projets en parallèle, doivent soudainement en gérer dix en même temps. Les outils traditionnels, tels que les tableaux Excel, ne suffisent plus. On a donc une demande qui émane de ce secteur-là et on trouve ça dans l'intégralité des secteurs du Maroc.

- Nous avons parlé de transformation numérique, mais comme vous l'avez mentionné tout à l'heure, cela inclut également un aspect humain.Comment Inetum aide-t-elle à la formation et au développement des compétences locales pour faire face aux défis numériques au Maroc ?

- C'est dans notre ADN en tant qu'entreprise de services de former et de développer des consultants de tous âges, de la sortie d'école à des consultants plus séniors qui doivent, au fil de leur carrière, être certifiés.

On travaille beaucoup avec nos partenaires comme Salesforce ou SAP pour certifier les consultants dans les évolutions de la technologie, à travers des modules d'intelligence artificielle de Salesforce par exemple. Ces derniers passent, tout au long de leur carrière, des examens et des certifications.

On travaille aussi avec l'écosystème, notamment Jobintech avec lequel nous avons un partenariat, ou avec YouCode School à Youssoufia, et l'université Mohammed VI Polytechnique, de manière à former des jeunes talents que l'on pourra ensuite embaucher à la fin de leurs études.

C'est un aspect extrêmement important pour nous et différenciant vis-à-vis de ces talents qui sont recherchés. Cela permet de leur offrir une qualité de projet et des sujets intéressants sur lesquels travailler localement ou à l'international.

On forme des jeunes talents que l'on pourra  embaucher à la fin de leurs études

- Passons maintenant au volet économique. Quel rôle joue le groupe dans le développement de l'économie numérique marocaine et comment l'entreprise contribue-t-elle à la compétitivité du pays dans ce domaine ?

- Notre rôle principal c'est d'amener les bénéfices de la modernité technologique dans le développement des entreprises. Je pense que parfois on se pose des questions trop compliquées et trop philosophiques sur la souveraineté et la nationalité des outils qu'on va utiliser. Mais ce qui compte avant tout, c'est l'adoption, par un maximum d'entreprises privées et administrations, de ce qui est possible désormais dans le domaine des données, de l'interface client et des applications mobiles notamment, pour être plus compétitifs dans un marché international.

Notre formation de talents est aussi importante. Beaucoup de nos clients ont du mal à trouver assez de talents pointus dans certains domaines comme l'IA, la data, et la cybersécurité, et on nous voit parfois comme une grande école de formation. Avec ce que je vous ai décrit tout à l'heure, à un certain moment, nos consultants décident d'aller travailler dans l'économie chez des clients et on en est très fiers. On crée cet écosystème de talents qui bénéficie à l'ensemble du pays.

Les télécoms, la banque et assurance, et l'industrie, top 3 dans le domaine du numérique au Maroc

- Selon vous, est-ce qu'on peut parler des secteurs les plus prometteurs pour le développement de la transformation numérique au Maroc dans les prochaines années ?

- Il y a un vrai volontarisme dans le secteur public que j'observe encore aujourd'hui auprès de tous mes interlocuteurs qui ont un désir de modernisation, d'offrir un gouvernement digital et donc un meilleur service aux usagers et aux citoyens.

Mais si vous regardez le secteur privé, les trois principaux secteurs qui ressortent sont les télécoms, la banque et assurance, et l'industrie qui se développe fortement et qui a besoin de technologies modernes pour gérer ses stocks, sa chaîne d'approvisionnement, et sa distribution, etc.

- Pour conclure cette interview, pouvez-vous nous parler de vos projets pour les années à venir ? Où voyez-vous Inetum dans trois à cinq ans au Maroc ? Et comment voyez-vous l'évolution de la collaboration entre le groupe et les entreprises et institutions publiques marocaines ?

- Dans cinq ans, on se retrouvera tous dans des stades à faire la fête avec une super ambiance. Inetum sera alors connue pour avoir contribué à cette préparation comme étant l'une des meilleures entreprises de technologie marocaines, mais je souhaite aussi qu'Inetum soit connue pour être une entreprise qui a un vrai but.

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Le 21 février 2025 à 12h27

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