De nouveaux chiffres du HCP montrent une classe moyenne menacée de déclassement
Les couches les plus pauvres et les plus riches ont vu globalement leur niveau de vie progresser, alors que la classe moyenne n’a pas pu autant bénéficier ni des fruits de la croissance ni des politiques de redistribution.
En 2022-2023, le niveau de vie a globalement progressé, mais les inégalités persistent et la classe moyenne se trouve de plus en plus exposée au risque de déclassement, menaçant son statut et son pouvoir d'achat. C'est ce qui ressort de la récente note du haut-commissariat au Plan (HCP) sur le niveau de vie des ménages 2022-2023. Menée sur un échantillon de 18.000 foyers, elle dresse un portrait contrasté de l’évolution des conditions de vie au Maroc.
Le HCP explique que, structurellement, le niveau de vie des ménages s’améliore, sans que cette dynamique ne s’accompagne d’une réduction des inégalités. "Les politiques de filets sociaux ont un impact tangible sur la réduction de la pauvreté, mais la vulnérabilité des couches sociales non ciblées par ces politiques augmente. Ainsi, la part des ménages avec un risque de déclassement vers la pauvreté s’élargit et, pour la première fois, concerne autant les milieux urbains que ruraux".
Un creusement des inégalités et une classe moyenne en difficulté
L’évolution du niveau de vie n’a pas été homogène :
- Les plus défavorisés ont vu leur niveau de vie progresser de 1,1% par an entre 2014 et 2022, mais avec une chute de 4,6% entre 2019 et 2022.
- Les plus aisés ont enregistré une augmentation annuelle de 1,4%, avec une baisse plus modérée de 1,7% sur la période 2019 et 2022.
- La classe moyenne, quant à elle, semble la plus fragilisée : sa progression n’a été que de 0,8% sur l’ensemble de la période, et sa chute a atteint 4,3% entre 2019 et 2022.
Les politiques de filets sociaux ont un impact tangible sur la réduction de la pauvreté, mais la vulnérabilité des couches sociales non ciblées par ces politiques augmente
Le HCP conclut que "la classe moyenne n’a pas pu autant bénéficier ni des fruits de la croissance ni des politiques de redistribution". Cette tendance traduit un risque accru de déclassement pour une frange importante de cette catégorie sociale intermédiaire, dont le pouvoir d'achat était jusqu'ici un moteur de la consommation et de la croissance économique.
L’indice de Gini, qui mesure les inégalités, est passé de 39,5% en 2014 à 40,5% en 2022, confirmant un creusement des disparités.
Une pauvreté absolue en recul, mais une vulnérabilité croissante en milieu urbain
Le taux de pauvreté absolue a diminué, passant de 4,8% en 2014 à 3,9% en 2022. Cependant, la tendance est à nuancer : la pauvreté urbaine a légèrement augmenté, atteignant 2,2% en 2022 contre 1,6% en 2014.
Au total, l’effectif de la population pauvre au niveau national est de 1,42 million en 2022, dont 512.000 en milieu urbain et 906.000 dans le rural.
Par ailleurs, la vulnérabilité économique s’accentue, notamment en milieu urbain, où la part des personnes à risque de basculer dans la pauvreté est passée de 7,9% à 9,5% entre 2014 et 2022.
Ce constat inquiète d'autant plus que cette fragilisation concerne une partie de la classe moyenne, qui peine à maintenir son niveau de vie.
Le nombre de personnes économiquement vulnérables est de 4,75 millions en 2022, dont 2,24 millions en milieu urbain et 2,51 millions en milieu rural.
Croissance du niveau de vie ralentie à cause du Covid
En 2022, le revenu annuel moyen des ménages s’établit à 89.170 DH. Près de 7 ménages sur 10 disposent d’un revenu inférieur à cette moyenne. avec des disparités entre le milieu urbain (65,9%) et le milieu rural (85,4%).
Par personne, le revenu annuel moyen est de 21.949 DH en 2022. Il est 2,1 fois plus élevé en milieu urbain (26.988 DH) qu’en milieu rural (12.862 DH).
Par ailleurs, le HCP précise que la dépense annuelle moyenne a progressé, aux prix constants, à un taux annuel moyen de 1,1% entre 2014 et 2022.
Cependant, cette progression cache une réalité contrastée. Entre 2014 et 2019, la croissance de la dépense moyenne était de 3,1% par an, mais elle s’est retournée à -3,1% entre 2019 et 2022, une période marquée par la crise du Covid-19.
Cette dynamique a particulièrement pénalisé la classe moyenne, qui subit une pression accrue sur son niveau de vie.
Voici les chiffres de la dépense annuelle avancés de par l'institution :
- Dépense annuelle moyenne des ménages : de 76.317 DH en 2014 à 83.713 DH en 2022.
- En 2022, la dépense annuelle moyenne des ménages :
- en milieu urbain : 95.386 DH
- en milieu rural : 56.769 DH
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La dépense annuelle moyenne par personne : de 15.876 DH en 2014 à 20.658 DH en 2022.
Plus de charges pour l’alimentation, moins de dépenses de loisirs
L'enquête analyse l’allocation budgétaire des ménages. Elle reflète l'impact de l'inflation sur les dépenses. La part des dépenses alimentaires a augmenté, passant de 37% en 2014 à 38,2% en 2022.
De même, le logement et l’énergie pèsent plus lourd dans les budgets (+2,4 points). En revanche, les dépenses de loisirs et de culture ont chuté de 1,9% à 0,5%, traduisant une réallocation des ressources vers les besoins essentiels.