Hydrogène, batteries et véhicules électriques : le Maroc pose les jalons de sa mobilité verte
Lors du Green Impact Expo & Summit 2025 à Casablanca, Ryad Mezzour a souligné l'importance stratégique de l’intégration de la chaîne de valeur des batteries électriques pour préserver l’industrie automobile du pays. De son côté, Chakib Alj a mis en avant les avancées du Royaume en matière d’énergies renouvelables, de transport propre et d’infrastructures stratégiques.
La 1re édition du Green Impact Expo & Summit (GIES 2025) s'est ouverte le mardi 11 février à Casablanca, réunissant acteurs publics et privés autour de solutions innovantes pour une mobilité durable. Lors de cet événement, le ministre de l'Industrie et du commerce a mis en avant la stratégie marocaine dans ce secteur, soulignant les opportunités économiques et les avancées industrielles du pays.
Selon Ryad Mezzour, le Maroc voit dans la mobilité durable une véritable opportunité économique. "C'est une opportunité où l'on est bons, on a des atouts, on a des choses à vendre". Le pays bénéficie en effet d’une industrie automobile compétitive qui doit impérativement s’adapter aux exigences du marché international, notamment avec la transition vers le tout-électrique prévue en Europe à partir de 2035.
Le ministre a insisté sur la nécessité pour le Maroc d’intégrer la chaîne de valeur des batteries électriques afin de préserver les 250.000 à 260.000 emplois du secteur, et de maintenir sa position de premier exportateur national, avec un chiffre d’affaires de 150 MMDH.
"Si l'on ne bascule pas, si on n'intègre pas cette chaîne de valeur, on risque de perdre notre premier secteur exportateur", a-t-il averti.
Premiers succès dans la production de batteries
Ryad Mezzour a également annoncé une avancée significative : "Depuis trois semaines, le premier élément de la batterie électrique – la pré-cathode – a été produit au Maroc". Ce développement marque une étape clé vers l’intégration complète de la production des batteries sur le territoire national.
Le Maroc ambitionne de devenir l’un des rares pays au monde à produire l’ensemble des composants d’une batterie électrique – cathode, anode, séparateur, électrolyte, cellule, module – ainsi que les véhicules électriques. "Ce ne sera pas pour dans dix ans ou vingt ans, c'est pour l'année prochaine, et cela a déjà commencé", a affirmé le ministre.
Le Maroc vise une transformation majeure de son industrie d’ici 2030-2032, avec une projection de triplement des exportations. "Si nous réussissons ce pari, nos exportations seront multipliées par trois, notre valeur ajoutée également, et nos emplois devront au moins doubler", a-il précisé.
Avec cette dynamique, le Maroc pourrait devenir le seul pays de la région euro-africaine capable de produire un véhicule électrique "de la mine à la voiture", exploitant ses ressources naturelles comme le phosphate et le cobalt pour alimenter son industrie automobile.
Ryad Mezzour a exhorté les chefs d’entreprises à s’engager dans cette transformation. "Ce que nous faisons est enthousiasmant et transformatif, mais nous avons besoin de vous".
Avec cette vision, le Maroc entend consolider son rôle dans l’industrie mondiale de la mobilité durable et renforcer son attractivité pour les investisseurs internationaux.
L'intervention du président de la CGEM a également marqué cet événement. Il a souligné l'importance des initiatives visant à sensibiliser les acteurs économiques aux enjeux et aux opportunités de la mobilité durable. Selon lui, sous le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc est devenu l'un des pays les plus avancés en matière de neutralité carbone. Il a rappelé que le pays figure régulièrement dans le top 10 mondial des indices de performance climatique et s'est doté d'une stratégie nationale bas carbone ambitieuse à l'horizon 2050.
Chakib Alj a mis en avant les investissements massifs du Maroc dans l’éolien et le solaire, permettant d’atteindre une part de 44% d’énergies renouvelables dans la capacité installée, avec un objectif de 52% bien avant 2030. Ces efforts ont conduit à une réduction d’environ 4,5 millions de tonnes de CO2 en 2022, soit l’équivalent des émissions annuelles de 1,5 million de voitures thermiques.
Il a également insisté sur la nécessité d’une transition vers une mobilité propre, rappelant que le transport représente 20% des émissions de gaz à effet de serre au Maroc. Il a salué le succès des tramways de Casablanca et de Rabat-Salé et évoqué les projets en cours, notamment le remplacement de 30% des véhicules de l’administration par des modèles électriques d’ici 2030 et l’expansion de la flotte de bus électriques.
Par ailleurs, le patron des patrons a souligné l’importance des incitations fiscales et du déploiement de bornes de recharge pour favoriser l’adoption des voitures électriques. Il a également soulevé le problème de la congestion du trafic, et l’importance de la digitalisation et des nouvelles technologies,comme l’intelligence artificielle appliquée à la gestion du trafic, pouvant réduire la congestion de 30%.
En matière de transport ferroviaire, Chakib Alj a salué la réussite de la ligne à grande vitesse Al Boraq et évoqué les projets d’extension vers Marrakech et Agadir, ainsi que le développement du réseau express régional entre Kénitra et le Grand Casablanca. Il a insisté sur le fait que ces infrastructures seront déterminantes pour la Coupe du monde 2030, qui générera des flux de déplacement exceptionnels.
Il a enfin mis en avant les opportunités économiques liées à la mobilité durable, notamment la position du Maroc parmi les six premiers pays promoteurs de l’hydrogène vert. Selon lui, le développement de l’hydrogène et des batteries pourrait transformer l’économie marocaine, renforcer ses exportations et accélérer la convertibilité du dirham. Il a conclu en appelant à une mobilisation collective pour faire du Maroc un leader mondial de la mobilité durable.