Immobilier. Le manque de main-d’œuvre et la hausse des coûts pèsent lourdement sur le secteur
Le secteur de l'immobilier traverse une période de tensions marquées par un manque de main-d’œuvre qualifiée et une hausse des coûts de location du matériel. Entre la concurrence des grands chantiers d’infrastructures, les difficultés de recrutement et l’impact des aides sociales, les professionnels éprouvent des difficultés à préserver leur dynamique.
Depuis un certain temps, le secteur de l'immobilier est en proie à des tensions croissantes marquées par une hausse des prix tout le long de sa chaîne de valeur. Cette hausse s’observe d’abord au niveau des rémunérations des ouvriers, accentuant une situation proche de la pénurie, notamment parmi les travailleurs qualifiés.
Les ferrailleurs, boiseurs, coffreurs, maçons spécialisés, conducteurs d’engins et électriciens du bâtiment sont particulièrement recherchés, rendant la main-d’œuvre difficile à mobiliser.
Dans le même élan, selon des opérateurs du secteur, les matériaux de construction subissent une pression similaire, à l’exemple des briques et d’autres matériaux essentiels, dont les prix ne cessent d’augmenter. De même, le parc matériel n’est pas épargné par cette inflation. Les tarifs de location des grues, des bétonnières, des nacelles et autres équipements spécialisés connaissent eux aussi une envolée, ajoutant une contrainte supplémentaire aux professionnels du secteur.
La forte demande en main-d’œuvre et en matériel est largement portée par les grands chantiers d’infrastructures initiés par l’État, qu’il s’agisse de routes, d’hôpitaux ou d’autres projets d’envergure. Cette dynamique mobilise une part importante des ressources, réduisant ainsi leur disponibilité pour les petits et moyens promoteurs immobiliers.
Contacté par nos soins, un promoteur immobilier nous confie que la majorité des entreprises du secteur souffrent d’un déficit de main-d’œuvre. "Sur nos chantiers, répartis en plusieurs lots de construction, nous disposons de seulement quinze maçons, alors qu'il en faudrait normalement quarante. Cette situation n’est pas isolée, elle concerne la majorité des entreprises du secteur".
"Cette pénurie de main-d’œuvre concerne particulièrement les travailleurs qualifiés, tels que les boiseurs, les ferrailleurs et d'autres spécialistes du BTP. Elle s’explique en grande partie par le lancement de grands projets d’infrastructures dans le cadre des préparatifs pour la Coupe du monde 2030, notamment la construction de stades, de CHU, d'hôpitaux et d'autres infrastructures stratégiques", souligne notre source.
Pour pallier le manque de main-d’œuvre qualifiée, les promoteurs n'ont d'autre choix que de recruter des manœuvres non spécialisés pour assumer des tâches habituellement dévolues aux boiseurs, ferrailleurs et autres ouvriers qualifiés. Face à une demande accrue, ces derniers profitent de la concurrence entre employeurs et privilégient les chantiers d’infrastructures portés par de grandes entreprises qui leur offrent de meilleures rémunérations et des contrats de longue durée, perçus comme une garantie de revenus stables et sécurisés.
Dans ce contexte, notre source explique à quel point la compétitivité salariale est devenue un défi majeur. "Par exemple, la rémunération quotidienne d’un boiseur était de 130 DH. Aujourd’hui, les grandes sociétés de construction et de promotion immobilière leur offrent l’équivalent de deux heures de travail supplémentaires payées, mais sans réellement les faire travailler. Cela fait grimper leur rémunération à environ 175 DH par jour. Ainsi, les promoteurs immobiliers peinent à attirer et retenir la main-d’œuvre qualifiée".
Dans le même sens, la location des grues et d'autres machines de chantier est devenue plus onéreuse et parfois difficilement accessible. "Les grues et les grands engins sont mobilisés sur les chantiers d’infrastructures et de stades. L’activité est soutenue, la demande est forte et cela fait naturellement grimper les prix de location", conclut notre source.
Même son de cloche pour un membre de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), contacté par Médias24. "Le secteur traverse actuellement une période de fortes turbulences, marquée par une baisse significative du nombre de logements construits en 2024 par rapport à l'année précédente. Cette contraction de l'activité reflète les difficultés structurelles et conjoncturelles auxquelles fait face le marché", indique-t-il.
"L'un des principaux défis réside dans la pression exercée sur la main-d'œuvre. En effet, le secteur se trouve en concurrence avec l’essor des grands travaux d’infrastructures qui mobilisent une part importante des ouvriers qualifiés. Cette situation crée une rareté de la main-d'œuvre disponible pour les chantiers immobiliers, ralentissant ainsi les projets et augmentant les coûts de construction", poursuit notre source.
Au sujet des prix sur le marché des matériaux, notre source souligne qu'une hausse notable des prix a été observée, soulevant des interrogations sur les causes réelles de cette flambée. "Si une forte demande peut en partie expliquer cette tendance à la hausse des prix, certains acteurs du marché estiment qu'elle pourrait également être le résultat d’une entente sur les prix. Une telle situation justifierait l’ouverture d’une enquête par le Conseil de la concurrence afin d’analyser les dynamiques tarifaires et d’identifier d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles", conclut-il.
Une source au sein de la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) estime que le problème est davantage structurel que conjoncturel. "Certes, la demande accrue générée par les grands chantiers d’infrastructures contribue à la tension sur la main-d’œuvre, mais les véritables causes sont profondément ancrées dans des problématiques structurelles. Le secteur de la construction immobilière repose sur un travail physique exigeant, souvent éprouvant. Historiquement, ce sont majoritairement des jeunes issus des zones rurales qui intégraient ces métiers. Aujourd’hui, la grande majorité des jeunes urbains n'acceptent pas de faire ce travail, ce qui entraîne une érosion progressive du vivier de main-d’œuvre", explique notre source.
Les aides sociales redéfinissent progressivement le marché du travail dans le BTP