Enquête. Évolution des liens sociaux des Marocains : la famille a toujours la cote, mais pas la politique (IRES)
Réalisée par l'Institut royal des études stratégiques, cette enquête met en avant la solidité du lien familial, l'évolution des relations de voisinage vers plus de distance, et un faible engagement politique des citoyens. Elle met également en lumière les défis liés à la condition féminine et l'attachement des Marocains du monde à leur pays.
L'Institut royal des études stratégiques (IRES) a publié les résultats de sa troisième enquête nationale sur le lien social au Maroc, réalisée entre décembre 2022 et février 2023. Cette étude vise à analyser l'évolution des liens sociaux et des valeurs au sein de la société marocaine, dans la continuité des enquêtes menées en 2011 et 2016.
Les résultats confirment une stabilité du modèle sociétal marocain, avec des transformations progressives portées par la mondialisation et les nouvelles technologies.
Parmi les différents types de liens sociaux étudiés (familial, amical, de voisinage, professionnel et politique), selon l'enquête, le lien familial demeure le plus fort. Il constitue un socle central dans la société marocaine, non seulement en termes de soutien moral, mais aussi comme refuge économique et matériel. Malgré la modernisation et l’urbanisation, la famille reste le pilier de la solidarité intergénérationnelle et du vivre-ensemble.
Des mutations dans les relations sociales
L’enquête relève une amélioration de l’intensité des liens sociaux depuis 2011, bien que certains évoluent différemment :
- Le lien d’amitié : la famille reste le premier cercle amical, mais son importance diminue. En 2023, 57% des Marocains citent leur famille comme principal réseau amical, contre 88% en 2011.
- Le lien de voisinage : la tendance à un voisinage plus distant se confirme. 45% des Marocains préfèrent une relation de simple courtoisie avec leurs voisins plutôt qu’un échange fréquent de visites et de services.
- Le lien professionnel : 76% des Marocains jugent leurs relations avec leurs collègues comme "bonnes" ou "excellentes", malgré une légère baisse par rapport à 2016.
- Le lien politique : il reste le plus fragile des liens sociaux, avec un faible intérêt des citoyens pour la politique et les élections.
L’impact durable de la pandémie de Covid-19
La crise sanitaire a eu des effets ambivalents sur les relations sociales. D’un côté, elle a renforcé la solidarité nationale et le lien civique avec les institutions publiques. De l’autre, elle a exacerbé certaines tensions familiales, contribuant à une hausse des divorces (54% des Marocains estiment que la pandémie a été un facteur aggravant) et à une augmentation des violences intrafamiliales.
Condition de la femme : vers de nouvelles réformes ?
L’enquête met en lumière plusieurs défis liés à la condition féminine :
- Les causes de la violence contre les femmes sont majoritairement d’ordre culturel, notamment l’éducation du conjoint (39%) et l’environnement familial (36%).
- Les obstacles à la participation politique des femmes restent ancrés dans la culture traditionnelle (33%), le fonctionnement partisan (20%) et le manque d’intérêt des femmes pour les partis politiques (25%).
- 70% des Marocains estiment qu’une réforme du Code de la famille est nécessaire, notamment pour assurer l’égalité des époux en matière de partage des biens acquis pendant le mariage (32%) et améliorer les procédures de divorce (20%).
Les Marocains du monde : un attachement toujours fort au pays
Parmi les 53% de Marocains ayant des proches à l’étranger, 77% considèrent leurs relations comme bonnes ou excellentes et l’attachement à la patrie reste élevé (un score de 8/10 en moyenne). Malgré la distance, les liens familiaux demeurent solides grâce aux moyens de communication modernes.
L’enquête de l’IRES met en avant une société marocaine résiliente, attachée à ses valeurs familiales et identitaires, mais en mutation progressive sous l’effet de la mondialisation et des nouvelles technologies.