De magnitude 5,2, la secousse de Ouezzane est un événement rare dans une zone sismique active
DÉCRYPTAGE. Un séisme de magnitude 5,2 a secoué la région de Ouezzane, le lundi 10 février 2024 à 23 h 48, provoquant des vibrations ressenties dans de nombreuses autres villes comme Larache et même Rabat. Cet événement, bien que n'ayant pas entraîné de dégâts, soulève plusieurs questions quant à l'origine de cette secousse relativement forte.
Le lundi 10 février, à 23 h 48, un tremblement de terre de magnitude 5,2 sur l'échelle de Richter a été enregistré. Son épicentre était situé à 20 kilomètres de profondeur dans la commune de Brichka, à environ 33 kilomètres au nord de la ville de Ouezzane. Au moment de la rédaction de ces lignes, aucune réplique n'a été enregistrée.
D'une intensité modérée de 4 sur l'échelle de Mercalli (ressenti et sans dégâts), ce séisme a été fortement ressenti par la majorité des habitants autour de l’épicentre, particulièrement à Ouezzane, Larache et Ksar El Kébir, qui sont les plus grandes agglomérations à proximité.
D'autres villes, comme Rabat, Kénitra, Salé, Tanger et Tétouan, l'ont également ressenti, mais de manière moins intense. Les secousses ont été ressenties jusqu'à Casablanca, où elles ont été plus faibles.
Dans de récentes déclarations, Nacer Jabour, directeur de l'Institut national de géophysique (ING), a expliqué que l'analyse des anciennes données sismiques révèle que des tremblements de terre de cette magnitude ont déjà frappé la région. Ce nouvel événement, bien que fortement ressenti, ne serait donc pas exceptionnel et devrait être considéré, pour le moment, comme un phénomène isolé.



Ouezzane-Chefchaouen-Sidi Kacem, une zone sismique active
En plus du risque sismique élevé au niveau de la province d’Al Hoceima, l’axe de Ouezzane-Chefchaouen-Sidi Kacem se caractérise par une activité modérée, mais récurrente. Une dizaine de secousses sismiques sont recensées annuellement, dont la majorité est inférieure à 2,5 degrés sur l’échelle de Richter (faiblement ressenti). Les événements qui dépassent 3 degrés sont moindres.
La carte ci-dessous présente l'historique des séismes dans la région, particulièrement la zone de Ouezzane, Sidi Kacem et Larache (carré rouge). On relève la dominance des séismes à faibles magnitudes (inférieurs à 2,5 sur l'échelle de Richter) et la récurrence des séismes à magnitude modérée (entre 3 et 5 degrés) et la rareté des séismes violents (supérieurs à 5 degrés sur l'échelle de Richter), à l'exception de deux séismes anciens, dont un datant de 1930 qui a atteint une magnitude de 5 sur l'échelle de Richter.

Dans cette zone, les principaux événements sismiques supérieurs à 4 degrés sur l'échelle de Richter ont été enregistrés au large des côtes de Larache (4 degrés le 9 septembre 2008, 4,8 degrés le 22 avril 2010, 4,8 degrés le 16 décembre 2013) et aux alentours de Ouezzane (4,5 degrés le 21 janvier 2010).
Selon la plateforme de sismologie de l'IPMA-Portugal, le séisme du 11 février 2025 a été précédé d'une série de faibles secousses sismiques, de magnitude inférieure à 2,5 :
- Le 13 janvier 2025 à 9 h 37, une secousse de magnitude 2 sur l’échelle de Richter a été enregistrée au niveau de la commune de Khenichet (province de Sidi Kacem).
- Le 18 janvier 2025 à 17 h, une secousse de magnitude 1,9 sur l’échelle de Richter a été enregistrée aux alentours du barrage Al Wahda (province de Ouezzane).
- Le 23 janvier 2025 à 3 h 12, une secousse de magnitude 2 sur l’échelle de Richter a été enregistrée aux alentours de la commune de Zaâroura (province de Larache).
- Le 30 janvier 2025 à 7 h 31, une secousse de magnitude 2,3 sur l’échelle de Richter a été enregistrée dans les environs de la ville de Ouezzane.
- Le 10 février 2025 à 21 h 25, une secousse de magnitude 1,6 sur l’échelle de Richter a été enregistrée au large de l’océan Atlantique, quelques heures avant le séisme de Ouezzane.
Qu’est-ce qui fait de cet axe une zone sismique active ?
L’épicentre du séisme du 10 février 2025 se situe au nord du prolongement de l’accident Jebha-Chrafate qui s’étend à l’ouest jusqu’à Arbaoua (environs de Souk Larbaâ) avant de rejoindre l’océan Atlantique. L'activité sismique dans cette zone est modérée et active en raison de la proximité de failles actives.

Cette zone du séisme, qui se situe dans le pré-Rif entre les plaines du Gharb et la chaîne rifaine, est traversée par deux alignements. Le premier, orienté NE-SO, s’étend entre Jebha et Ouezzane et se prolonge au sud jusqu’à Sidi Kacem. Le deuxième, de direction NO-SE, s’étend entre le golfe de Cadix et Ourtzhar en passant par Larache (Cherkaoui et Asebriy, 2003). L’activité sismique de ce dernier alignement est probablement liée, selon l’étude de Cherkaoui, à l’accident majeur qui se prolonge jusqu’à la zone coulissante des Açores.
Les données historiques montrent que des événements similaires se sont déjà produits, notamment le 9 août 1930, lorsqu'un puissant séisme d’une magnitude de 5 degrés sur l’échelle de Richter a frappé la région de Aïn Defali (province de Sidi Kacem).
En 2010, la région a connu une série de séismes dont la magnitude n'a pas dépassé 5 degrés. La répétition de ces événements reste inexpliquée. Cette séquence sismique a été caractérisée par les secousses suivantes :
- Le 21 janvier 2010, un séisme d’une magnitude de 4,5 degrés sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre est situé aux alentours de Ouezzane.
- Le 14 février 2010, un séisme d’une magnitude de 4,2 degrés sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre est situé dans la province de Ouezzane (environs de Aïn Beida).
- Le 14 avril 2010, un séisme d’une magnitude de 4,1 degrés sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre est situé au sud de la ville de Ouezzane.
- Le 22 avril 2010, un séisme d’une magnitude de 4,8 degrés sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre est situé sur les côtes de Larache.
Au-delà des frontières marocaines et précisément à l'est de la Méditerranée, un événement énigmatique est toujours en activité et coïncide avec le séisme de Ouezzane. Il s'agit d'une séquence sismique composée de plusieurs séismes répétés d'intensité variable. Le plus fort a atteint une magnitude de 5,3 degrés, et l'activité sismique se poursuit toujours autour du volcan sous-marin de Kolumbo, près de l'île de Santorin, à l'est de la Grèce.
Les rapports médiatiques ont signalé plus de 12.000 secousses sismiques entre le 26 janvier 2025 et le 8 février 2025, ainsi que 102 secousses enregistrées le 9 février 2025. Pour l'instant, les experts pensent qu'il ne s'agit pas d'une éruption imminente du volcan Kolumbo. Bien que la nature exacte de l'événement ne soit pas encore déterminée, des milliers de personnes ont dû quitter l'île grecque.