Le Maroc candidat à la vice-présidence de la Commission de l’UA : voici tout ce qu’il faut savoir
Pour la première fois, le Maroc ambitionne d’obtenir un poste électif au sein de la Commission de l’Union africaine. Il mise sur la candidature de Latifa Akharbach à la vice-présidence de cette instance, face à des concurrentes d’Algérie, d’Égypte et de Libye. Si le Royaume joue un rôle clé au sein de l’organisation, il n’a encore jamais été élu à une telle responsabilité.
Le 15 février prochain, l’Union africaine élira un nouveau président et un vice-président de la Commission. Le Maroc se porte candidat à la vice-présidence avec Latifa Akharbach, dont le profil apparaît comme le plus solide sur le papier, en comparaison avec les candidatures présentées par l’Algérie, l’Égypte et la Libye.
Si le Maroc n’a encore jamais occupé de poste de premier plan au sein de la Commission de l’UA (deuxième organe de l’organisation après le Sommet des chefs d'Etat), son poids économique et diplomatique en fait un acteur clé de l’UA.

L’élection espérée de Latifa Akharbach, présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA), constituerait donc une première historique et marquerait une avancée majeure dans l’ancrage du Maroc au sein de l’Union africaine. Mais qui est-elle ? Quels sont ses projets pour ce mandat ? Et comment se dessinent les rapports de force à l’approche du scrutin ?
Vice-présidence féminine et nord-africaine
Bien que le vote semble incertain et disputé, deux facteurs constituent des certitudes.
Il convient de préciser que cette élection s’inscrit dans le cadre des réformes de gouvernance initiées en 2016 sous l’impulsion de Paul Kagame, qui instaurent deux principes majeurs : la rotation régionale et la parité.
En effet, cinq régions africaines se relaient à ces deux postes. Cette année, le président sera issu de l’Afrique de l’Est, tandis que la vice-présidence reviendra à une personnalité de l’Afrique du Nord.
Autre certitude : conformément à cette réforme de gouvernance, lorsqu’un homme est élu à la présidence, le poste de vice-président ne peut être destiné qu’à une femme. Et vice versa. Aujourd’hui, seules des candidatures masculines restent en lice à la présidence, ce qui garantit que la vice-présidence sera occupée par une femme.
Anticipant ce scénario, le Maroc a fait le choix stratégique de ne présenter qu’une candidate à la vice-présidence. Une approche différente de l’Algérie, de l’Égypte qui ont chacune soumis une candidature masculine et une féminine. Mais au final, c’est bien le profil qui fera la différence, et celui de la candidate marocaine la place en position de favorite.
Un profil taillé sur mesure
Le vice-président de la Commission de l’Union africaine joue un rôle clé en assurant l’efficacité de l’organisation et en renforçant son influence sur la scène internationale. Ce poste requiert donc un profil de haut niveau, capable de conjuguer leadership, expérience et vision stratégique.
Le Maroc a choisi de présenter Latifa Akharbach, une candidate au parcours riche et varié. Ancienne secrétaire d’État aux Affaires étrangères (2007-2012), elle a occupé des postes de responsabilité à la tête d’institutions nationales et continentales, lui conférant une expertise solide en matière de coopération africaine et de diplomatie multilatérale.
Elle a obtenu une licence en journalisme en 1983, un DEA (équivalent d’un master) en sciences de l’information et de la communication en 1985, et un doctorat avec mention très honorable en 1988. Tout cela avant de se lancer dans un parcours professionnel allant de l’enseignement (de 1988 à 2007 à l'ISIC qu'elle avait dirigé par ailleurs) à la direction d’institutions nationales (avec le rang de ministre à la HACA), en passant par des missions diplomatiques (ambassadrice du Maroc en Bulgarie, puis en Tunisie). Actuellement, Latifa Akharbach dirige la HACA, où elle a été nommée le 3 décembre 2018.
Son expérience l’a dotée d’une grande capacité à collaborer et à s’engager avec les différents dirigeants africains en vue de promouvoir l’Afrique en tant qu’acteur fort, résilient et influent sur la scène internationale.
Avec vingt ans d’expérience dans des fonctions de direction, dont treize à un niveau ministériel, Latifa Akharbach s’est imposée comme une voix engagée pour les grandes causes africaines. Son parcours, qui l’a menée à intervenir en tant qu’universitaire, directrice, ambassadrice et présidente d’institutions, témoigne de sa capacité à porter des projets ambitieux et à œuvrer pour l’intérêt collectif.
Elle est également co-auteure de deux ouvrages sur la condition de la femme au Maroc et a été décorée à plusieurs reprises, dont la plus récente date de mars 2023, lorsqu’elle a obtenu l’insigne de Commandeur de l'ordre du Mérite de la communication de la Côte d'Ivoire au nom du président Alassane Ouattara.
Sa vision pour l’Union africaine repose sur quatre priorités majeures : accélérer la finalisation de la réforme institutionnelle ; renforcer l’autonomie financière de l’organisation ; améliorer l’efficacité décisionnelle et exécutive de la Commission ; et rapprocher l’UA des jeunes et des femmes sur l’ensemble du continent.
Il convient de souligner que la collaboration étroite entre le vice-président et le président est essentielle, notamment pour relever les défis internes liés à la gestion des ressources humaines et à l’efficacité structurelle. À ce titre, le constat d’observateurs, selon lequel la majorité écrasante des décisions ne sont pas mises en œuvre, souligne l’urgence d’une réforme en profondeur.
À travers la candidature de Latifa Akharbach, le Maroc entend contribuer activement à l’amélioration du fonctionnement de l’Union africaine en proposant une vice-présidente engagée, déterminée à faire évoluer l’organisation vers plus de performance et d’impact. Et ayant les épaules suffisamment larges pour ce faire.
Des rapports de force en balance
D’après les informations recueillies par Médias24, la campagne de proximité menée par la candidate marocaine se déroule positivement. Toutefois, l’issue du vote reste incertaine et s’annonce disputée.
Conformément aux statuts de l’Union africaine, l’élection du vice-président de la Commission requiert une majorité des deux tiers. L’organisation compte officiellement 54 États membres (55 avec la pseudo-rasd). Cependant, six pays – dont le Niger, le Mali et le Gabon – sont privés de leur droit de vote en raison de changements inconstitutionnels à la tête de l’État. Cela ramène le nombre d’électeurs à 49 et impose à la candidate victorieuse de recueillir au moins 33 voix.
Face à cela, il semble que l’Algérie mise sur une stratégie d’obstruction en cherchant à réunir un bloc de 17 voix, suffisant pour empêcher l’élection d’un candidat adverse. Le scrutin s’annonce donc serré, avec des rapports de force encore en mouvement.
Il est important de rappeler que le Maroc n’a jamais été élu au sein de la Commission de l’Union africaine, ni à la présidence ni à la vice-présidence. Il apparaît donc légitime que le Royaume estime que son tour est venu, d’autant plus que l’Algérie et l’Égypte ont occupé plusieurs postes stratégiques au sein de l’organisation, parfois pendant des décennies.
L’Algérie a ainsi dirigé la Commission de l’éducation (Mohamed Belhocine), ainsi que celle de la paix et de la sécurité pendant près de dix ans (Smaïl Chergui). L’Égypte, quant à elle, a pris la tête de huit commissions, dont celle des infrastructures en 2017.
Pourtant, c’est le Maroc qui est souvent accusé d’ambitions hégémoniques, alors qu’il n’a, jusqu’à présent, vu qu’un seul de ses ressortissants désigné et aucun élu à un poste clé. Il s’agit de Fathallah Sijilmassi, directeur général de la Commission de l’UA, qui a été sélectionné par l'UA parmi un large panel de candidats.
Par ailleurs, en plus de la vice-présidence, le Maroc se porte également candidat à la présidence de la Commission de la paix et de la sécurité, dont l’élection se tiendra les 12 et 13 février, en même temps que celles des cinq autres commissaires.
Ces scrutins s’inscrivent dans une dynamique plus large pour le Royaume, qui joue cette année un rôle actif sur la scène africaine à travers trois élections majeures. En plus de sa candidature à la vice-présidence à la Commission de l’Union africaine, le Maroc cherche à renouveler son mandat au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, sachant qu’il a récemment été élu à la vice-présidence d’Interpol pour l’Afrique.