Le Maroc a atteint des niveaux record de baisse des nappes phréatiques (Baraka)
Le ministre de l'Équipement et de l'eau, Nizar Baraka, est revenu, lors d'une conférence organisée ce lundi 10 février à l'Université internationale de Rabat (UIR), sur les inflexions majeures de la politique de l'eau au Maroc face aux changements climatiques. Voici ce qu'il faut retenir de son intervention.
Le Maroc connaît aujourd'hui des ruptures et des changements inédits au niveau de son cycle de l'eau, expose le ministre de l'Équipement et de l'eau.
"Nous sommes en train de vivre la septième année consécutive de sécheresse. Historiquement, le Maroc n'a jamais dépassé quatre ans consécutifs de sécheresse. Nous avons enregistré, en 2023, 1,8 degré de plus que la norme, soit plus que le seuil fixé aux termes de l'Accord de Paris sur le climat qui est de +1,5 degré. Chaque jour, nous assistons à l'évaporation de 1,5 million de m³, due à l'augmentation de la température. En 2023, nous avons également dépassé la température record de 50 degrés, notamment à Agadir".
Les précipitations ont connu une amélioration par rapport à l'année dernière. Néanmoins, nous restons en deçà de 45% par rapport à la moyenne habituelle
"Ce mois de janvier, nous sommes à 3 degrés de moins comparé à la normale, à cause des épisodes neigeux. Nous avons cumulé environ 3.000 km² de neige, soit l'équivalent de 1,5 milliard de m³ qui entrent dans les nappes phréatiques et dont une partie va aux nappes souterraines. Les précipitations ont connu une amélioration par rapport à l'année dernière. Néanmoins, nous restons en deçà de 45% par rapport à la moyenne habituelle".
Une situation particulièrement délicate
"Entre 1940 et 2024, la moyenne des apports en eau était de 22 MMm³. De 2018 à aujourd'hui, cette moyenne se chiffrait à 3,7 MMm³. Nous sommes dans une situation particulièrement délicate. Pour garantir l'eau agricole et l'eau potable, nous sommes contraints de surexploiter les nappes souterraines. Nous consommons de 6 à 7 MMm³. Mais nous avons un déficit de 3 MMm³, ce qui se traduit par une baisse des nappes souterraines. Nous avons atteint des niveaux record de baisse des nappes souterraines. Nous avons atteint 7 mètres de baisse par an dans les régions de Zagora et d'Errachidia et 3,5 mètres de baisse par an dans la région de Berrechid. Nous risquons de nous retrouver demain sans capacité hydrique au niveau des nappes phréatiques".
À cause du réchauffement climatique, le Maroc perdra entre 30% et 50% de ses capacités hydriques en fonction des zones
"Selon les données actualisées du dernier recensement, nous sommes aujourd'hui autour de 600 m³ par habitant par an. Je tiens à rappeler que nous étions à environ 2.600 m³ par habitant par an en 1960. Nous nous acheminons vers la pénurie hydrique (seulement 500 m³ par habitant par an à l'horizon 2040). À cause du réchauffement climatique, le Maroc perdra entre 30% et 50% de ses capacités hydriques en fonction des zones".
"Les apports en eau dans les barrages ont par ailleurs connu une baisse importante. La situation est meilleure cette année. Le niveau de remplissage des barrages a connu une amélioration de 72% par rapport à l'année dernière, mais une baisse de 73% par rapport à la normale. Le taux de remplissage des barrages est aujourd'hui de 27,7% contre un taux de 23% en 2023. Il y a une légère amélioration qui a concerné essentiellement l'Oriental et le Sud-Est".
Aujourd'hui, seulement 55% des ressources en eau dans les barrages sont destinées à l'agriculture, ce qui est largement en deçà des besoins de l'agriculture
"Par le passé, 85% des ressources en eau dans les barrages allaient à l'agriculture. Le reste à l'eau potable. À cause de la baisse importante en apports en eau, et le fait que nous sommes descendus à 3,3 MMm³ en apports en eau en 2023 et 2024, nous avons dû privilégier l'eau potable (910 Mm³) au détriment de l'agriculture. Aujourd'hui, seulement 55% des ressources en eau dans les barrages sont destinées à l'agriculture, ce qui est largement en deçà des besoins de l'agriculture".
La politique des barrages a contribué largement au maintien de la garantie de l'alimentation en eau potable et de l'eau agricole, malgré les changements climatiques, note Nizar Baraka. "Sa Majesté a apporté une nouvelle impulsion en accélérant le rythme de réalisation des barrages, mais aussi en apportant d'autres formes de mobilisation d'eau à travers ce que nous appelons les eaux non conventionnelles. Aujourd'hui, nous avons 154 grands barrages, avec une capacité de 27 MMm³. Nous avons 150 petits et moyens barrages. Nous sommes en train d'en construire d'autres. Nous avons 16 stations de dessalement qui existent déjà, avec une capacité de 277 Mm³. Nous avons également 17 ouvrages de transfert d'eau entre les barrages".