Les solutions innovantes face au changement climatique au cœur du Forum Nexus WEFE de Tanger
Après une première organisée en 2022, la seconde édition du Forum Nexus WEFE s'est ouverte mercredi 5 février 2025 à Tanger. Cette rencontre réunit durant deux jours des experts, des décideurs et des acteurs politiques afin de discuter, penser et explorer des solutions innovantes pour faire face aux défis complexes auxquels nos territoires sont confrontés.
Autour du thème "Coopération multi-niveaux pour un développement résilient : mettre en action le Nexus eau-énergie-sécurité alimentaire-écosystèmes (WEFE)", la seconde édition du Forum Nexus Eau-Énergie-Sécurité alimentaire, organisée par la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, s’est ouverte le mercredi 5 février 2025, en présence du ministre de l'Équipement et de l’eau et de la ministre de la Transition énergétique et du développement durable.
Après une première édition qui visait à explorer les perspectives territoriales du Nexus eau-énergie-sécurité alimentaire-écosystèmes, cette édition vise à mobiliser les parties prenantes internationales, nationales et locales pour accélérer la mise en œuvre de projets intégrés, catalyseurs d’une action climatique efficace, à l’échelle territoriale du Maroc, et plus particulièrement dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
Pendant deux jours, plus de 400 participants, plus de 66 intervenants de 41 pays ont eu l’occasion de penser la durabilité et à la capacité de résilience face aux défis climatiques globaux.
Omar Moro, président du Conseil de la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, a souligné, dans son discours d’ouverture du Forum qu’il existe une conviction profonde de tous les membres du conseil de la région quant à la nécessité d'une contribution effective et concrète à la réussite des grands chantiers lancés, notamment ceux qui visent à assurer la durabilité, la sécurité et le confort des citoyens et des générations futures, en ce qui concerne les éléments essentiels de la vie, à savoir l'eau, l'alimentation et l'énergie.
De son côté, le wali de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Younes Tazi, a indiqué que, malgré les efforts déployés et les projets programmés, les défis restent importants pour atteindre les objectifs du développement durable. Il est donc essentiel de préparer des projets et des chantiers axés principalement sur :
- L'extension des projets de dessalement d'eau de mer comme solution stratégique pour renforcer la sécurité hydrique ;
- L'intégration des énergies renouvelables dans les systèmes d'irrigation et les infrastructures hydrauliques, afin de réduire l'empreinte carbone et d'assurer la durabilité des ressources ;
- La promotion de l'agriculture climato-intelligente par l'adoption de technologies modernes pour améliorer la gestion des terres et de l'eau ;
- La mise en place d'un système de suivi et de gestion des risques climatiques ;
- Le renforcement de la coopération internationale pour le financement de ce type de projets.
Nizar Baraka : la synergie eau-énergie-agriculture est l’adaptation optimale aux changements climatiques
Lors de son allocution, Nizar Baraka, ministre de l’Equipement et de l’eau, a précisé que le secteur de l’eau connait quatre transformations majeures :
(1) Le passage d'une politique de développement des ressources en eaux conventionnelles à une politique intégrée de développement des ressources en eau non conventionnelles ;
(2) Le passage du développement de l'offre en eau à la gestion de la demande en eau ;
(3) Le passage d'une gestion des ressources en eau à court terme à une gestion à long terme ;
(4) Le passage de la solidarité des zones rurales avec les villes pour l'approvisionnement en eau à la solidarité des villes avec les zones rurales pour une équité territoriale.
"La cohérence des politiques de l'eau, de l'énergie et de l'agriculture permettra sans aucun doute une adaptation optimale aux effets des changements climatiques que connaît notre pays, comme les autres pays du bassin méditerranéen, et évitera le gaspillage de l'eau, la surexploitation des eaux souterraines, tout en garantissant la sécurité alimentaire et en développant différentes sources d'énergie renouvelables pour répondre aux besoins énergétiques des projets de développement des ressources en eau conventionnelles et non conventionnelles, et en limitant les impacts environnementaux", a exposé le ministre de l'Equipement et de l'eau.
Le ministre a également souligné qu’en réponse à ces transformations, le Maroc s’est doté d’infrastructures hydrauliques de grande envergure : 150 grands barrages, représentant une capacité totale de 20,7 milliards de mètres cubes, auxquels s’ajouteront 16 grands barrages actuellement en construction et 150 petits barrages destinés à soutenir et accompagner le développement local. Le pays dispose également de 17 ouvrages de transfert d’eau, interconnectant les bassins hydrographiques. Par ailleurs, 16 usines de dessalement d’eau de mer ont été mises en service, offrant une capacité totale de 277 millions de mètres cubes, et 197 stations d’épuration des eaux usées sont opérationnelles.
Malgré les réalisations accomplies, le ministre de l'Equipement et de l'eau a rappelé la volonté royale d’atteindre une capacité de 1,7 milliard de mètres cubes d’ici 2030. Sur les 1,7 milliard de mètres cubes qui seront produits, 500 millions seront alloués au secteur agricole, permettant ainsi d'irriguer 100.000 hectares d'ici 2030. Cet objectif nécessitera le développement de nouvelles capacités de production d’énergies renouvelable, essentiel pour garantir la réussite de ces projets. Il a également souligné l’importance des énergies renouvelables dans la réduction du coût de production du mètre cube, un enjeu clé pour l’avenir (4,5 DH/m3 actuellement).
Il a également mis en avant l'importance de connecter les bassins versants pour optimiser la gestion des ressources en eau. Grâce aux projets d’interconnexion, 1,2 milliard de mètres cubes d'eau pourront être transférés annuellement vers le barrage Al Massira, ce qui bénéficiera principalement à l'agriculture (Doukkala, Tadla) et à l'approvisionnement en eau potable.
Au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, la connexion entre le barrage d’Oued El Makhazine et le barrage de Khroufa, en avancement, permettra de transférer 100 millions de mètres cubes d’eau afin de garantir l’approvisionnement en eau de la ville de Tanger. Celle-ci disposera également d’une usine de dessalement d’eau de mer d’une capacité de 150 millions de mètres cubes, qui sera construite en utilisant des énergies renouvelables, a indiqué le ministre.
Leila Benali : la région de TTAH est sur la bonne voie
Pour sa part, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique, a indiqué que l’analyse de la vulnérabilité de l’économie de notre pays a mis en lumière deux points stratégiques susceptibles d’affecter sa durabilité, sa compétitivité et sa résilience : la sécurité hydrique et la sécurité énergétique.
"Nous soutenons toutes les initiatives intégrées et globales au niveau territorial qui mettent en avant l’importance de l’adoption des énergies nouvelles et renouvelables pour la gestion de l’eau, dans le cadre de notre politique de transition énergétique. Mais au-delà de cela, nous encourageons particulièrement les projets structurants et innovants, qui renforcent l’efficacité des ressources et la cohérence des politiques publiques, tout en dépassant les approches traditionnelles limitées à un seul secteur", a précisé la ministre de la Transition énergétique.
Au niveau de la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Leila Benali a reconfirmé que le défi actuel consiste à trouver les opportunités nécessaires pour répondre aux besoins de la région en ressources en eau, essentielles pour un développement économique et social inclusif. Mais ce défi ne doit pas faire oublier les opportunités extraordinaires offertes par les nouvelles technologies. Sur le plan des nouvelles technologies énergétiques, le meilleur exemple dans la région est le projet d'énergie solaire photovoltaïque flottante du barrage de Tanger Med, d'une capacité de 34 mégawatts, développé aujourd'hui par des entreprises marocaines privées, a mentionné Leila Benali.
Selon la ministre de la Transition énergétique, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima constitue un bon exemple en matière de transition énergétique. Elle dispose actuellement de plus de 440 mégawatts de capacité installée d’énergie éolienne et occupe une position stratégique dans le corridor énergétique, grâce aux interconnexions électriques et gazières avec l’Europe. De plus, la région présente un potentiel très favorable pour la réalisation de projets structurants dans les domaines des énergies nouvelles, de l’hydrogène vert, du stockage d’énergie et des énergies renouvelables. Cela nécessite toutefois de dépasser les méthodes traditionnelles de mobilisation du foncier et d’adopter de nouvelles approches pour valoriser son patrimoine naturel.
Mbarka Bouaida : la dynamique Nexus est ressentie au niveau territorial
En tant que présidente de l’Association des régions du Maroc, Mbarka Bouaida a souligné que, dans un contexte mondial et régional de plus en plus complexe, où les crises environnementales, économiques et sociales s’entremêlent, il n’est plus possible d’aborder ces questions sous un angle uniquement sectoriel.
"La réalisation de cette vision ne peut se faire sans un renforcement de la coopération multi-niveaux. Les collectivités territoriales, à tous les niveaux, en tant qu'espace le plus proche des citoyens, sont les premières à faire face aux impacts des changements climatiques et à l'épuisement des ressources, mais elles sont aussi les plus à même d'innover et de mettre en œuvre des projets qui traduisent les politiques en réalité tangible. Ces dernières années, nous avons assisté à une dynamique croissante au niveau des régions du Maroc pour consacrer cette approche dans la planification territoriale", a noté, Mbarka Bouaida, présidente de l’association des régions du Maroc et présidente du conseil de la Région de Guelmim-Oued Noun.
Sur le plan territorial, Mbarka Bouaida pense que le succès de ces initiatives nécessite des partenariats plus forts et une coordination plus approfondie entre les différents acteurs, qu'ils soient au niveau de l'État, des collectivités territoriales, du secteur privé, de la société civile ou des universités, afin que ces efforts ne soient pas dispersés et incapables d'atteindre l'impact souhaité.
La présidente de l’Association des régions du Maroc a souligné la nécessité d’un changement qui va au-delà d’une simple amélioration des méthodes de gestion. Elle a insisté sur l’importance d’une transformation fondamentale, passant d’une approche sectorielle à une logique de construction commune et de financement intégré. Cela implique de développer un cadre de gouvernance plus flexible et efficace, ainsi que d’ancrer une culture de dialogue et de consultation continue.
Une convention-cadre pour formaliser le Nexus dans la région de TTAH
La cérémonie inaugurale a été conclu par la signature d’une convention-cadre multi-niveaux pour formaliser les partenariats et les efforts de collaboration dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Cette collaboration intégrée vise à renforcer les partenariats et la coopération dans les domaines de l'eau, de l'énergie, de la sécurité alimentaire et des systèmes environnementaux à travers une gestion plus durable et résiliente, bénéficiant ainsi tant aux communautés locales qu'à l'environnement.
Cette convention-cadre a été signée par Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’eau, Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Redouane Arrach, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Mbarka Bouaida, présidente de l’Association des régions du Maroc, Younes Tazi, wali de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Omar Moro, président du Conseil de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.