L’or s’envole au-dessus de 750 DH le gramme au Maroc
L’or n’a jamais autant brillé. La combinaison de prix inédits et de volumes massifs a conduit à un chiffre d’affaires de 382 milliards de dollars pour l’année 2024, du jamais vu. Au Maroc, la tendance ne fait pas exception : le gramme d’or s’envole à des niveaux historiques, dépassant les 750 DH.
L'or rebondit à nouveau, atteignant un sommet historique en dépassant les 2.860 dollars l’once le 5 février. Un record absolu. Cette flambée est alimentée par les tarifs douaniers que les États-Unis ont d’ores et déjà imposés à la Chine, ainsi que par la possibilité de leur entrée en vigueur dans un mois pour le Canada et le Mexique. L’Union européenne est également concernée par ces mesures, bien que le calendrier d’application la concernant reste incertain.
Dans ce climat d’incertitude économique et commerciale, le métal précieux enregistre une cinquième séance consécutive de hausse, renforçant son statut de valeur refuge.
Qu'en est-il de la situation au Maroc ?
Sur les marchés internationaux, le prix de 2.860 dollars l’once correspond à l’or pur (24 carats, soit 100% d’or fin). Au Maroc, le type le plus répandu dans l’industrie bijoutière est principalement l'or 18 carats, soit un alliage contenant 75% d’or pur.Au Maroc, le prix de l’or brut 18 carats dépasse les 750 DH le grammeLe prix de l’or 18 carats au Maroc a dépassé 21.560 DH l’once le 5 février, soit 693 DH le gramme. Toutefois, le prix réel sur le marché excède 750 DH le gramme. Ce tarif correspond à celui de l’or brut et ne tient pas compte des pertes liées au façonnage, des marges des bijoutiers, ni des autres surcoûts.
Il est à noter que l'écart entre les prix internationaux et ceux pratiqués au Maroc devrait être marginal, de l'ordre de 20 à 30 DH. Or, aujourd'hui, on observe un écart de 60 DH.
Ainsi, afin d’évaluer l’impact de cette flambée sur le marché marocain, nous avons interrogé Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers.
Selon notre source, le prix de l'or brut 18 carats atteint actuellement des niveaux inédits, dépassant 750 DH le gramme, impactant ainsi le coût des bijoux qui varie selon leur complexité et la finesse du travail requis.
"Les frais de fabrication englobent le façonnage, qui dépend étroitement de la nature de l'article. Par exemple, les articles nécessitant des détails plus fins ou des designs complexes peuvent entraîner des chutes plus importantes durant la fabrication", explique-t-il.Le coût du façonnage peut dépasser 150 DH le gramme. En y ajoutant les autres coûts, le prix du gramme grimpe à plus de 900 DH, du jamais vu"Le coût du façonnage varie considérablement, allant de 30 à 35 DH par gramme pour des pièces plus simples et à 150 DH pour des pièces élaborées, selon la technique et le temps investis. La structure tarifaire des bijoux de grande taille ou des pièces complexes, comme les ceintures ornées, avoisine en moyenne 100 DH par gramme, avec des variations selon les finitions et le design. Pour les bijoux incrustés de pierres ou les petites pièces de 1 à 5 grammes, le coût du façonnage peut atteindre jusqu'à 150 DH dans certains cas", ajoute Driss El Hazzaz.
"Au-delà du façonnage, s’ajoutent les pertes de matière (chutes), les droits de garantie – garantissant conformité et qualité – ainsi que la marge bénéficiaire du bijoutier, qui reflète la valeur ajoutée, couvre les coûts indirects et assure la rentabilité du commerce", souligne notre interlocuteur.
En intégrant l’ensemble de ces facteurs – façonnage, pertes de matière, droits de garantie et marge bénéficiaire –, les coûts fluctuent entre 100 et 250 DH par gramme, portant ainsi le prix au-delà de 900 DH le gramme. "L’addition de ces charges peut aisément faire grimper le prix du gramme à 900 DH, voire davantage", conclut notre source.
Les perspectives pour 2025
Pour 2025, les banques centrales devraient continuer à soutenir la demande, alors que les incertitudes économiques renforceront l’attrait de l’or en tant que valeur refuge. En revanche, la pression sur le marché de la joaillerie pourrait persister, freinée par des prix toujours plus élevés.
L’or a prouvé en 2024 qu’il restait un actif incontournable, tant pour les états que pour les investisseurs. L’année 2025 dira si cette dynamique exceptionnelle se poursuit ou si le marché connaît un retour à l’équilibre.