Trading. En 2024, les flux en cryptomonnaies atteignent 12,7 Mds $ au Maroc
Porté par l’essor des cryptomonnaies et l’accessibilité croissante aux plateformes internationales, le trading indépendant attire un nombre croissant de Marocains. Pourtant, derrière cet engouement, la réalité est plus contrastée : absence de réglementation, forte dépendance aux plateformes étrangères, absence de réseaux structurés et taux d’échec élevé parmi les traders débutants. Si certains parviennent à générer des revenus, la majorité se heurte aux risques de pertes et aux défis liés à une formation insuffisante. Détails.
Le trading indépendant connaît une popularité grandissante au Maroc, porté par l’accessibilité grandissante aux plateformes internationales et par l’essor des cryptomonnaies. Ce phénomène, bien que difficile à quantifier avec précision, est mis en lumière par des études comme celle de Chainalysis qui estime à 12,7 milliards de dollars les flux liés aux cryptomonnaies dans le pays.
"Bien que le marché soit plus restreint par rapport à d'autres régions, la région MENA comprend deux pays classés parmi les 30 premiers de l'indice mondial d'adoption des cryptomonnaies : la Turquie (11ᵉ) et le Maroc (27ᵉ), recevant respectivement une valeur de 137 milliards et 12,7 milliards de dollars", révèle le rapport de Chainalysis.
Cependant, malgré son essor, le trading demeure une activité controversée, oscillant entre promesses de rentabilité et risques de pertes considérables.
Interrogé par Médias24, un trader professionnel souligne que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le trading demeure largement une pratique individuelle au Maroc. "À ma connaissance, il n’existe pas de véritable réseau organisé de traders indépendants dans le pays. Il y a certes des communautés sur Telegram et Facebook, mais elles restent réduites en taille et fonctionnent comme des cercles fermés où les traders échangent principalement des informations et des analyses", précise notre source.
"De mon côté, je connais un grand nombre de traders qui se sont convertis au trading de cryptomonnaies ou qui détiennent au moins une partie de leur capital sous forme de crypto-actifs".
Les plateformes privilégiées par les traders marocains
En l’absence d’alternatives locales compétitives, les traders marocains se tournent massivement vers des plateformes étrangères pour accéder aux marchés financiers.
Mostafa Belkhayate, trader professionnel, dresse un état des lieux des intermédiaires les plus utilisés : "Parmi ces brokers, on retrouve les leaders mondiaux comme Binance, MetaTrader 4 et 5, OKX, Interactive Brokers, ainsi que d'autres acteurs majeurs du marché des cryptomonnaies. Ce sont les références du secteur, et la plupart des traders marocains les utilisent", explique-t-il.
"En parallèle, des plateformes comme TradingView sont largement exploitées pour l’analyse technique, tandis que les traders les plus aguerris explorent des solutions professionnelles comme NinjaTrader, qui intègre des fonctionnalités avancées d’intelligence artificielle pour optimiser les stratégies de trading".
Source de revenus stable ou illusion spéculative ?
L’une des interrogations majeures autour du trading concerne sa viabilité à long terme. Le rêve de nombreux aspirants traders est de transformer cette activité en une source de revenus durable, voire en une carrière. Mais la réalité est plus contrastée.
"Cela dépend totalement de la maîtrise du marché et du capital de départ. Pour les traders professionnels, c'est un business très lucratif. Mais pour les petits traders, c'est beaucoup moins viable, car leur manque d’expérience les conduit souvent à accumuler des pertes", explique l'autre trader.
Mostafa Belkhayate partage le même constat. Il rappelle que les statistiques globales montrent que la majorité des traders particuliers finissent par perdre de l’argent. "L’absence de formation sérieuse, une mauvaise gestion du risque et une surutilisation de l’effet de levier sont souvent à l’origine de ces échecs".
Le trading peut être une source de revenus stables, mais seulement pour une minorité
Il précise toutefois que certains traders marocains, tant au niveau national qu’international, parviennent à générer des gains réguliers. "Le trading peut être une source de revenus stables, mais seulement pour une minorité. Beaucoup de débutants s’imaginent qu’ils vont générer des profits constants et rapidement, alors que la réalité est bien plus complexe. La plupart abandonnent après quelques pertes, faute de formation et de discipline. Pourtant, plusieurs réussissent à réaliser des payouts, c’est-à-dire qu’ils perçoivent des commissions sur les profits générés par leur trading à distance".
Par ailleurs, selon les experts interrogés, il n’existe pas de profil type pour les traders marocains. L’univers du trading attire une diversité de profils, allant des jeunes passionnés de finance aux amateurs cherchant un complément de revenu, en passant par des investisseurs aguerris.
Ce qui les réunit, c’est leur goût prononcé pour le risque et leur volonté de maximiser leurs gains, parfois au détriment de la prudence.
Les formations payantes sont-elles plus rentables que le trading lui-même ?
L’un des aspects les plus controversés de l’essor du trading au Maroc est la multiplication des formations payantes et des groupes VIP. De nombreux traders proposent désormais des cours en ligne ou des abonnements permettant d’accéder à leurs stratégies et analyses. Mais ces formations sont-elles réellement utiles ?
"En général, ce sont des arnaques ! Elles n’apportent rien de plus que ce qui est déjà disponible gratuitement sur Internet, surtout en anglais", dénonce l'autre trader.
Mostafa Belkhayate nuance cependant en précisant que certaines formations, dispensées par de véritables experts et proposant une assistance personnalisée, peuvent être utiles. Bien que, selon lui, la majorité de ces programmes ne sont que des promesses illusoires, vendant l’idée de gains rapides et sans effort.
"La qualité de ces formations est très médiocre, en particulier celles proposées par des individus qui prétendent avoir fait fortune grâce au trading, alors qu’en réalité, ils gagnent davantage en vendant des formations qu’en tradant eux-mêmes".
Ce constat souligne une tendance inquiétante : plutôt que de véritablement transmettre des compétences solides, ces pseudo-formateurs exploitent l’enthousiasme et la naïveté des aspirants traders. En conséquence, le marché de la formation est devenu pour certains une industrie plus lucrative que le trading lui-même.