Registre national, contrôle par drones et relogement : la nouvelle recette pour éradiquer les bidonvilles (F.E. El Mansouri)
L'ambition, c'est un Maroc sans bidonvilles à l’horizon 2028. Comment y arriver ? C'est ce que nous explique Fatima Ezzahra El Mansouri. Une politique qui s'appuie sur le relogement et le contrôle de la prolifération des bidonvilles, et qui devra s’achever dans un délai de trois années.
Depuis plusieurs décennies, la prolifération croissante de l’habitat insalubre constitue un point noir dans l’aménagement du territoire, entachant l’image du Maroc.
C'est la raison pour laquelle les autorités concernées ont élaboré, en juillet 2024, une nouvelle feuille de route qui devrait y mettre un terme à l’horizon 2028, soit deux ans avant le Mondial 2030.
Changement d’approche sociale
Sollicitée par notre rédaction pour en savoir plus sur son plan d’action, la ministre de l’Habitat explique avoir effectué un changement d’approche pour résoudre le problème des villes abritant des bidonvilles.
"En effet, par le passé, nous démolissions ces bidonvilles en maintenant les populations sur place, mais la tâche était compliquée par le fait que nous ne trouvions pas de foncier public aux alentours, et que la plupart des personnes étaient relogées très loin de leur travail et des lieux de scolarisation de leurs enfants", expose Fatima Ezzahra El Mansouri en ajoutant que cette politique a créé des problèmes sociaux majeurs, outre le fait de consommer beaucoup de foncier public.
Depuis octobre 2021, son ministère a privilégié une approche intégrée avec le lancement d’appels à manifestation d'intérêt destinés aux promoteurs immobiliers qui proposent leurs propres parcelles pour réaliser, pour le compte de l'État, des logements sociaux à 250.000 dirhams ou bénéficiant d’une aide directe de l’État, dans lesquels seront relogés les anciens habitants des bidonvilles. Ces derniers ne devront débourser que 100.000 dirhams pour devenir propriétaires.
La proximité, un critère majeur de sélection des promoteurs immobiliers
Dans le cadre de ces appels à manifestation d'intérêt lancés, notre interlocutrice précise que l'un des critères essentiels de sélection est que le foncier soit proche du lieu d'habitation de ces populations.
Sachant que le foncier public à la disposition des autorités pour reloger ces populations n'est pas très important et est souvent en périphérie des zones concernées, tout l'intérêt de cette opération réside en effet dans la proximité.
Ce choix permet d’accélérer le programme de relogement avec des promoteurs encouragés à construire du fait de la solvabilité de l’acquéreur final étatique, et des populations satisfaites d’être relogées à proximité de leur ancien lieu d'habitation.
"De gros progrès de relogement ont eu lieu à Skhirat, Témara et à Casablanca"
"Ce programme, qui a commencé dans la région de Skhirat et Témara, avec près de 70% de la population relogée dans des logements décents, s’est poursuivi en juillet dernier, avec un appel à manifestation d'intérêt pour réaliser 62.000 logements dans la capitale économique qui a déjà permis de reloger 7.000 ménages", révèle la ministre, qui rappelle que Casablanca compte 50% de bidonvilles sur un total de 120.000.
À la question de savoir si cet objectif était réalisable en trois années, la ministre se dit très optimiste en citant la ville de Smara qui sera déclarée dans moins de deux mois "ville sans bidonvilles".
Cette ville en abritait plusieurs, dont les célèbres bidonvilles de Rbieb et Lagouiz.
Un registre national des bidonvilles et un système de contrôle par drones
Son département et celui de l'Intérieur, qui pilotent l'opération, seraient ainsi mieux outillés pour faire face à la prolifération des bidonvilles, grâce à la création d'un registre national qui permet de lutter contre l'économie clandestine. En effet, certaines personnes en quête de profit cherchaient à bénéficier de deux ou trois logements sociaux dans plusieurs villes du Maroc.
Mis en place depuis 2023 par le ministère de l'Habitat, ce nouveau registre aurait permis de démontrer qu'il existait 14.000 doublons, avec des personnes enregistrées deux fois, et parfois plus.
Tout en reconnaissant que le système d'attribution de logements aux habitants des bidonvilles a longtemps été un business lucratif, la ministre souligne qu'il n'est plus possible de postuler à plusieurs reprises et qu'il n'y aura plus aucun doublon à l’avenir.
De 6.200 relogements annuels à une moyenne de 18.500
Toujours en vue de réduire le phénomène de prolifération, un système de drones, mis en place en 2022 par le ministère pour maîtriser les territoires avec un système d’informations géographiques (SIG), a permis de passer d’une moyenne de relogement des populations de 6.200 par an à 18.500.
"Le recensement, qui se faisait manuellement par les autorités, avait pour effet d’encourager la prolifération des bidonvilles, alors que le nouveau système qui parvient à contrôler en temps réel leur nombre d’habitants et leur éventuelle extension permet aux autorités d’intervenir le cas échéant", conclut Fatima Ezzahra El Mansouri, pour qui les efforts consentis permettront de régler le problème du relogement des habitants des 120.000 bidonvilles du Maroc dans moins de trois ans.