Services : officiels et professionnels analysent les maux du secteur et proposent des pistes de développement
Il s'agit notamment de la convention-cadre pour l’accompagnement du secteur du commerce et des services en matière de formation, d’emploi et d’employabilité et du MoU visant la création du Groupe Maroc Services, signés ce mercredi 18 décembre, à l'occasion des premières Assises des services. Difficultés liées à la segmentation, prédominance de l'informel et répartition régionale déséquilibrée...autant de défis qui empêchent de tirer parti du potentiel du secteur des services, pourvoyeur majeur d'emplois au Maroc.
La 1ère édition des Assises des services s'est tenue ce mercredi 18 décembre, à Casablanca. Se penchant sur la place à accorder aux services dans la nouvelle stratégie d'emploi, cette première édition a été l'occasion d'étudier ce secteur en profondeur.
"Que voulons nous dire par 'services' ? Aujourd’hui, il est crucial de définir clairement les contours de ce secteur qui regroupe une diversité d’activités allant des services financiers et logistiques à la distribution, en passant par les technologies de l’information, le conseil, ou encore les services liés à l’éducation, à la santé ou au tourisme. Cette diversité, bien qu’elle constitue une force, rend complexe la mise en place de politiques adaptées et cohérentes", a précisé le président de la CGEM, Chakib Alj, lors de la session d'ouverture.
"Nous devons développer une cartographie complète des métiers des services pour tout le reste. Cela permettra d'identifier les secteurs qui ne bénéficient pas encore de stratégies spécifiques et de comprendre les besoins des acteurs du marché. C’est là tout l’objet de ces assises dans leur première édition", a souligné de son côté, le président de la Fédération du commerce et des services (FCS).
Concrètement, et malgré les difficultés liés à la nomenclature et à la segmentation, la valeur ajoutée apportée par les services se concentre aujourd'hui dans le commerce (23%), suivie par les activités relatives à l'hébergement et à la restauration (9,2%) et le transport et entreposage (7,2%), note le secrétaire général du HCP, Ayach Khallaf.
Prédominance de l'informel
"Au défi de la structuration s'ajoute celui de la concurrence déloyale exercée par le secteur informel. À cet égard, la CGEM milite activement pour une intégration progressive de l’informel dans l’économie formelle. Cela nécessite une approche équilibrée et innovante. Une collaboration étroite entre le secteur privé et les pouvoirs publics est indispensable", souligne Chakib Alj.
"C'est un secteur dont la voix n'arrive pas toujours aux décideurs. Cet effort d'organisation et de réorganisation sera très bénéfique parce qu'il va permettre de mieux écouter le secteur et de mieux formuler ses besoins et surtout de mieux canaliser ses efforts... De plus près, c'est difficile de parler d'un seul secteur des services au Maroc. Il y a beaucoup de différences à l'intérieur du pool et beaucoup de strates. Il y a un secteur formel qui se bat pour survivre et pour être en avance et en contact avec ce qui se passe dans le monde, notamment sur la partie export, et un autre qui se retrouve dans l'informel et dans les difficultés surtout quand nous conjuguons ce positionnement avec la topologie du secteur et la présence des TPME. Les trois quart des acteurs du secteur sont des TPE, 28% sont des PME et seuls 2% sont des grandes entreprises", affirme dans la même lignée le ministre de l'Inclusion économique, Younes Sekkouri.
La formation, l'autre défi
"En matière de pratiques à l'international, les réussites du secteur ne sont plus à démontrer. Maintenant, l'analyse pour notre pays fera intervenir deux horizons : un horizon court terme et un horizon moyen terme, notamment l'horizon 2030 avec l'organisation de la Coupe du monde. 2030 est une échéance exceptionnelle pour notre pays. Je pense, en revisitant l'histoire de la Coupe du monde, que nous sommes le seul pays au monde à avoir placé, au cours de ces dernières décennies, cet événement au cœur de la transformation de son modèle. Nous faisons partie des rares nations qui profitent de cette occasion pour remobiliser le pays sur tous les plans. Forcément, le secteur le plus visé par cette redistribution des rôles, cette mise à niveau voire cette ambition, c'est le secteur des services", poursuit le responsable gouvernemental.
"Le challenge est donc de taille. Il ne s'agit pas seulement de réunir des acteurs pour écrire un livre blanc, mais il s'agit d'examiner les potentialités et d'identifier des voies dans un délai relativement court. Ces voies sont multiples. L'une des voie qui nous intéressent, en tant que gouvernement, c'est celle de l'inclusion économique et sociale. Cette voie passe naturellement par un partenariat qui doit être rénové. Nous recevons, demain, au niveau du gouvernement, la CGEM pour parler effectivement de la stratégie d'emploi que le gouvernement a préparé et qui consacre un budget important aux TPME par le biais de l'aide à l'investissement et de l'aide à l'emploi. On sait que l'investissement pour les TMPE ne ressemble pas à celui des grandes entreprises. Les besoins en matière de fonds de roulement sont particulièrement importants quand vous descendez dans le chiffre d'affaires", ajoute le ministre.
"On aura l'occasion d'identifier les programmes conjoints parce que la stratégie va se matérialiser par des programmes précis avec un délivré précis sur un délai précis, notamment pour le court terme, à savoir 2025 et 2026. Il faut qu'on s'intéresse à l'emploi, mais il faut aussi qu'on s'intéresse à ceux qui sont employés. Beaucoup de ceux qui sont employés n'ont pas forcément des diplômes. Je parle de ce pont du secteur des services. Nous sommes appelés dans le cadre de la stratégie de la formation professionnelle, prévue elle aussi pour la fin de ce mois, d'aborder trois sujets de fond : la formation continue, la validation des acquis et des expériences professionnelles, et la compétence plus globalement", conclut-t-il.
Deux initiatives phares pour maximiser le plein potentiel du secteur des services
C'est à ce titre que deux initiatives phares ont été annoncées lors de ces premières assises, notamment pour maximiser le plein potentiel du secteur des services. D'abord, la signature d'une convention-cadre entre le ministère de l'Inclusion économique et de l'emploi, la CGEM et la FCS pour l’accompagnement du secteur du commerce et des services en matière de formation, d’emploi et d’employabilité.
Cette convention porte sur trois principaux axes : une étude de faisabilité pour la mise en place d'un institut à gestion déléguée pour la formation, le recensement des besoins en compétences et d'accompagnement des entreprises par des formations adaptées et la promotion de l'entreprenariat et le soutien à la création et au développement des entreprises.
Le ministère, de son côté, va assurer le pilotage et le suivi de la mise en œuvre de la convention, mobilisera les partenaires nationaux pour promouvoir l'entrepreneuriat et accompagner les jeunes du secteur, ainsi que les organismes sous tutelle pour concrétiser les axes du partenariat.
Quand à la CGEM et FCS, elles vont mobiliser les entreprises du secteur pour contribuer à la réussite du déploiement des axes de partenariat.
Un Mémorandum d'entente a été aussi signé lors de cette première édition par la CGEM, la FCS, la Fédération marocaine de l'externalisation des services (FMES) et la Fédération marocaine des Technologies de l'Information, des Télécommunications et de l'Offshoring (APEBI).
Le mémorandum vise à créer le "Groupe Maroc Services", une initiative de la CGEM pour fédérer les fédérations sectorielles des services afin de promouvoir ce secteur comme pilier stratégique de l’économie marocaine. Les parties signataires collaboreront dans les domaines suivants :
- Coordination sectorielle : faciliter la synergie et mutualiser les ressources.
- Promotion des services marocains : valoriser les compétences locales et développer l'internationalisation.
- Plaidoyer : représenter les membres auprès des autorités pour des réformes favorables au secteur.
Les recommandations de Ryad Mezzour
Pour le ministre de l'Industrie, Ryad Mezzour, qui est également intervenu lors de cet événement : "Il faut qu'on essaie de faire sortir ensemble les émergences par rapport à une prestation humaine et technologique qui est de nature à renforcer notre capacité à créer de la richesse, c'est cela l'enjeu, et non pas définir les services puisque c'est trop large, ou essayer à trouver des points en commun, c'est compliqué, ou segmenter parce que cela nous prendra des années".
"Pour y arriver, il faut se fixer ces trois objectifs. D'abord, créer deux fois plus d'emplois par an. Ce n'est pas compliqué. C'est même une question de survie. Vous avez des talents. Nous sommes aussi en train de mettre en place tout un système d'accompagnement, d'aide et de soutien.... Deuxième objectif: aujourd'hui, il faut sortir et aller conquérir le monde. Notre marché est trop petit. Nous sommes ouverts à un marché mondial de 2,4 milliards de consommateurs. Il faut aller les chercher et leur vendre vos services. Nous avons 150.000 emplois à l'export dans les services sur 6 millions. Il serait temps que les services contribuent un peu plus à nos exportations et à la conquête de marchés internationaux. Troisième objectif: la valorisation du réservoir de jeunes talents. C'est de la matière brute qui est prête à donner", conclut le ministre.