Mondial 2030, MRE, créances en souffrance... L'essentiel des déclarations de Abdellatif Jouahri
Le gouverneur de la Banque centrale s'est prêté à l'exercice des questions-réponses avec les journalistes, lors du traditionnel point de presse organisé à l'issue du Conseil de Bank Al-Maghrib, ce mardi 17 décembre 2024. Verbatim.
Au cours du dernier point de presse de l'année 2024, Abdellatif Jouahri s'est exprimé sur de nombreux sujets.
Mondial 2030, chômage, créances en souffrance et marché secondaire, MRE et activité relais des banques marocaines, sortie à l'international... Voici ce qu'il faut retenir de ses réponses à la presse.
L'activité relais des banques marocaines en Europe
"Nous continuons de travailler sur la fameuse directive de l'Union européenne en ce qui concerne l'activité des banques marocaines en Europe. C'est un vrai problème", confie le gouverneur.
"Nous repartons, nous allons continuer à discuter avec les banques centrales à la fois. Nous avons commencé par la France et l'Espagne, nous continuons avec l'Union européenne, de façon à ce que les intérêts, les mouvements de relais et les mouvements des MRE ne soient pas touchés par la directive ou l'interprétation de la directive".
Organisation du Mondial 2030
"Il y aura un impact. Je vous ai dit, par exemple, que les crédits bancaires augmentent, c'est en partie une conséquence des opportunités qui sont créées", avance le wali.
Comment financer tout cela et surtout, est-ce qu'il y aura des répercussions ? "Je pense qu'une partie du budget de l'État y sera consacré, certainement. Mais il y aura aussi des recettes. Quand on dit une hausse de la croissance, cela génère des recettes. [...] C'est difficile de se prononcer aujourd'hui sur certains aspects, comme de dire que cela provoquera une hausse de l'inflation. Tout cela n'est qu'hypothèses. Une hausse de l'inflation, dans ce contexte, signifie qu'on a un déficit du budget financé par la création monétaire... Par contre, s'il y a des recettes face aux dépenses, ...".
Sortie à l'international en 2025
"D'après les discussions que nous avons régulièrement avec le ministère des Finances, en principe, la sortie est prévue pour le premier trimestre 2025", avance Abdellatif Jouahri.
Et d'ajouter : "Mais là aussi, il faut que les conditions soient réunies... Il leur appartient de juger du moment le plus opportun".
Ce qui est certain, selon le gouverneur, c'est que "le principe est acquis, car cela devait se faire en fin d'année et ça a été reporté au début de l'année prochaine".
Marché secondaire des créances en souffrance
Concernant le texte réglementaire régissant le marché secondaire des créances en souffrance, le wali de Bank Al-Maghrib rappelle que la Banque centrale "a tenu parole".
"Le texte est clôturé avec toutes les parties prenantes (banques, sociétés de financement, ministère des Finances, ministère du Commerce, le pouvoir judiciaire...). Il a été transmis au Secrétariat général du gouvernement pour la mise sur le circuit d'adoption".
De l'intérêt manifesté pour ce marché secondaire ? "oui", répond sans hésiter Abdellatif Jouahri. "Un première opération de titrisation a été réalisée par une banque marocaine, pas parmi les grandes, portant sur 400 MDH au titre de créances non performantes et qui a eu du succès", révèle-t-il.
"Si on se base sur cet exemple, c'est qu'il y a de l'appétit. Evidemment, tout le problème est dans le prix que allez devoir négocier". Selon le gouverneur, "il y a de l'appétit, et il y aura un marché qui peut se développer dans ce cadre".
Réglementation des cryptoactifs, contenu de la loi finalisé, les textes d'application en cours de préparation
"Là aussi, nous avons tenu notre promesse", explique Abdellatif Jouahri.
"Nous avons travaillé avec, il faut le dire, l’assistance combinée du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Sur le plan méthodologique, nous avons également associé les différentes parties prenantes à l’élaboration de ce texte, qui est maintenant finalisé".
"Nous l’avons en notre possession. [...] Je ne peux pas dévoiler les grandes lignes du texte pour l’instant, car il a été transmis pour analyse. Ce que je peux dire, c’est que nous avons réalisé ce texte en prenant en compte des objectifs qui intègrent toutes les considérations internationales, y compris les dernières recommandations du G20. Nous avons également laissé une certaine flexibilité en ce qui concerne les crypto-actifs, sans pour autant freiner l’innovation", explique le gouverneur.
Et d'ajouter : L’objectif était de permettre un équilibre, tout en évitant les excès liés à ces actifs. Pour le moment, je ne peux pas en dire davantage. Le texte doit encore être analysé et discuté, mais l’essentiel est qu’il est prêt. [...] Nous sommes parmi les premiers pays à avoir mis en place un cadre clair et précis pour encadrer les crypto-actifs. Ce cadre s’adresse à la fois aux utilisateurs et aux investisseurs, permettant à chacun de comprendre son rôle et ses responsabilités dans le respect des considérations nécessaires, notamment les risques majeurs comme le blanchiment d’argent".
"À présent, nous travaillons sur les textes d’application, car il ne s’agit pas seulement de la loi principale. Ces textes complémentaires sont essentiels. Là encore, l’assistance technique continue à nous accompagner. Nous l’avons sollicitée, et elle a répondu présent pour nous aider dans la mise en œuvre des textes d’application. Je pense que ce cadre pourrait servir de modèle et être généralisé à travers les pays émergents et en développement".
La création de l'emploi passe par la croissance
"On ne pourra avoir une réponse positive à la problématique de l'emploi qu'à travers la croissance, cela veut dire que la richesse du pays augmente et qu'elle est distribuée", avance Abdellatif Jouahri. "Pour ce qui est des autres solutions proposées par les autres pays, ou celles que nous avons mises en place par le passé, qui relèvent de tout ce qui est administratif, ça ne marche pas. Tout le travail doit s'orienter vers la croissance et le développement", poursuit-il.
Pour le gouverneur, il faut que les secteurs non agricoles renouent avec une croissance comprise entre 4% et 5%.