Football. La gestion mentale des gardiens de but, tout un programme (exemples)
Plus que tout autre joueur, le gardien de but doit posséder un mental de fer et une force de caractère à toute épreuve. Le rôle du staff technique dans sa préparation mentale est donc crucial, surtout s’il a été l'auteur d’erreurs fatales à l'aube de sa carrière.
Le poste de gardien de but est particulier à plus d’un titre. À lui seul, un portier peut, par un arrêt, aider ses coéquipiers à conserver un résultat, leur faire gagner des points en les transcendant ou, au contraire, les plomber par une bourde. Le cas échéant, la gestion mentale de l’après-erreur s’avère capitale, en particulier dans le cas d’un jeune portier.
Afin de le remettre d’aplomb, les directives de la FIFA prônent le positivisme et une préparation mentale reposant sur la visualisation et l’imagerie mentale. Une attitude et un programme qui ont fait leurs preuves au plus haut niveau, permettant aux sportifs de renforcer leur confiance, d'améliorer leur concentration et de surmonter les moments de doute.
Rayan Azouagh est le dernier exemple en date. Lancé dans le grand bain cette saison dans les cages de l’Ittihad de Tanger (IRT), il a battu un record de précocité en devenant le plus jeune gardien de l'histoire du championnat national. Du haut de ses 17 ans, il n’a pas seulement fait de la figuration.
Son entraîneur, Hilal Et-Tair, a fait appel à lui pour pallier la blessure du titulaire, Badereddine Benaâchour. C’était le 29 septembre face au FUS de Rabat, pour le compte de la 4e journée de la Botola. Premier match en pro et premier clean sheet (match sans encaisser de buts) pour Azouagh.
Même s’il a enchaîné quelques rencontres sur le banc avant de retrouver sa place dans les cages, ses prestations ont été bluffantes pour son âge. Au point de lui ouvrir les portes de l’équipe nationale des U18. Une récompense méritée au vu de son assurance et de ses qualités techniques sur sa ligne. Mais le jeune portier est rapidement tombé de son petit nuage.
Des gardiens de but sans filet en cas d'erreur
Le samedi 23 novembre 2024, son équipe rendait visite au Moghreb de Tétouan, à l’occasion d’un derby du Nord très attendu. Mais au bout d’un quart d’heure de jeu, le dernier rempart de l’IRT a précipité la défaite des siens en commettant deux erreurs techniques à quelques minutes d’intervalle.
Gêné par le rebond sur un ballon en profondeur, Rayan Azouagh a d’abord relâché le cuir dans les pieds d’un adversaire, alors que l’intervention semblait largement dans ses cordes. En un sens, la séquence souligne la faculté d’anticipation du portier marocain sur une situation de jeu où ses défenseurs ont été pris dans leur dos.
Mais, d’un autre côté, le geste technique du portier marocain n’était pas maîtrisé. Perturbé par sa première boulette, Azouagh en commet une deuxième moins de trois minutes plus tard. Même si la passe en retrait de son défenseur n’était pas un cadeau, le jeune gardien a manqué son contrôle orienté, avant de faucher son vis-à-vis et de concéder un penalty.
À l’évidence, le portier de l’IRT n’était pas dans un grand jour. Sur le banc, Hilal Et-Tair faisait face à un dilemme : laisser son joueur sur le terrain et prendre le risque de l’enfoncer au même titre que toute l’équipe, ou bien arrêter l'hémorragie et le remplacer. Hilal Et-Tair a fini par trancher en demandant le changement.
De concert, les supporters et les joueurs ont accompagné sa sortie d’applaudissements et d’encouragements. Mais ces marques d’attention n’ont pas suffi à sécher ses larmes. La décision du technicien marocain n’a pas été comprise par tout le monde. Certains se sont même demandé si elle n’était pas aussi grave que les erreurs que le gardien avait commises.
Préserver la force mentale du gardien
Contacté par Médias24, Zouhair Afifi, spécialiste des gardiens et membre du staff de l’Equipe nationale U17, souligne que "l’entraîneur et le staff côtoient leur joueur au quotidien. Ils sont les mieux placés pour cerner sa personnalité. La décision qu’ils ont prise est certainement pour son bien", poursuit-il.
Et il ne croit pas si bien dire. En conférence de presse d’après-match, son entraîneur n’a pas voulu l’accabler : "Les erreurs font partie du football. C’est un joueur qui n’a pas encore fini sa formation. Je le réitère, c’est l'avenir du football marocain au poste de gardien de but. Mais, aujourd’hui, il a appris plusieurs leçons. Et si je l’ai remplacé, c’est uniquement pour protéger sa force mentale".
Un discours empreint de sagesse et de compassion, dans la lignée des directives de la plus haute instance du football mondial. "Lorsqu'un jeune gardien de but commet une erreur, il est crucial de réagir de manière constructive pour favoriser sa gestion mentale et son développement", précise la FIFA sur sa plateforme FIFA Training, dédiée aux ressources éducatives et aux programmes d’entraînement.
Ainsi, la FIFA met clairement en avant l’importance de la résilience mentale chez les gardiens. "La première étape consiste à maintenir une attitude positive. Il est essentiel de souligner les aspects positifs de sa performance, même après une erreur, afin de renforcer sa confiance. Par exemple, il est utile de rappeler au gardien que tout joueur, quel que soit son niveau, fait des erreurs, et que c'est une opportunité d'apprendre et de progresser", ajoute la Fédération internationale.
"À seulement 17 ans, vivre une telle mésaventure peut marquer un tournant dans une carrière. Cela pourrait le rendre plus fort en forgeant une personnalité résiliente. Avec un bon encadrement, Azouagh pourra tirer des leçons précieuses de cette expérience", souligne Zouhair Afifi. "Pour exemple, Khalid El Askri, qui a su surmonter des épreuves difficiles pour briller lors d’une grande Coupe du monde des clubs avec le Raja de Casablanca", poursuit notre interlocuteur.
Gestion de l’attention et visualisation positive
À l’époque, la vidéo de la mésaventure de Khalid El Askri avait fait le tour du monde, cumulant des millions de vues sur les réseaux sociaux. Ironiquement, tout est parti d’un exploit puisque le gardien avait arrêté un penalty d’une main ferme. Cependant, un surprenant effet rétro a donné une tournure inattendue à l’action. Alors qu’il célébrait déjà son arrêt avec les supporters, le ballon a franchi la ligne de but derrière son dos. Même le tireur semblait incrédule devant cette scène improbable.
Une mésaventure mémorable qui restera à jamais gravée dans les mémoires. Questionné à ce sujet à la fin de sa carrière, El Askri a admis qu’il en avait effectivement souffert. Néanmoins, grâce à l’accompagnement de ses entraîneurs, qui ont su le soutenir et le remettre sur pied, il a pu surmonter cette épreuve et poursuivre sa carrière, prouvant ainsi sa résilience et sa capacité à se relever après les moments difficiles.
"Rayan Azouagh possède de grandes qualités. Il est calme et fait preuve d’une forte personnalité. Il a déjà livré de grandes performances et, avec l’expérience, il pourra encore progresser", assure Zouhair Afifi. Une évolution qui passera par l’activation de plusieurs leviers de la préparation mentale.
"Un bon entraînement mental, incluant la gestion de l’attention et la visualisation positive, peut être intégré au programme d’entraînement pour aider les gardiens à mieux gérer les erreurs et les moments de pression sur le terrain", affirme la FIFA. "Les préparations varient entre un gardien de but jeune et un gardien plus expérimenté. Cela dépend aussi des compétitions à venir. J’essaye toujours de m’appuyer sur mon expérience pour aider mon gardien à ne pas refaire les mêmes erreurs", ajoute Zouhair Afifi.
"Il existe la méthode de l’imagerie mentale, où nous aidons le gardien à jouer le match avant de le vivre réellement. À l’entraînement, le travail mental consiste aussi à simuler des situations de match, à étudier le plan de jeu de l’équipe adverse. Il est essentiel d’éviter toute surprise".
Toutefois, dans la vie d’un gardien, l’inattendu reste inévitable. Ce qui importe, c’est sa capacité à rebondir face aux imprévus. Pour l’instant, Rayan Azouagh n’a toujours pas repris sa place dans les buts de son équipe. La gestion prudente de son temps de jeu par son entraîneur sera sans doute bénéfique à son évolution.