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ECONOMIE

Chaînes de valeur en Afrique : une intégration encore faible face à un potentiel inexploité (étude)

L’Afrique, riche en ressources naturelles et en capital humain, se heurte encore à un obstacle majeur : le manque d’intégration de ses chaînes de valeur. Cette faiblesse limite sa capacité à transformer ses matières premières et à capturer localement la valeur ajoutée. Lors de l’Africa SME Forum, Abdou Diop, président de la Commission Afrique de la CGEM, a mis en lumière les opportunités uniques du continent pour surmonter ces défis grâce à une stratégie de co-industrialisation et d’innovation. Détails.

Chaînes de valeur en Afrique : une intégration encore faible face à un potentiel inexploité (étude)
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Le 3 décembre 2024 à 11h51 | Modifié 3 décembre 2024 à 12h08

"L'Afrique est souvent associée à ses abondantes ressources naturelles, mais le manque d'intégration des chaînes de valeur freine sa capacité à capturer la valeur ajoutée localement", tel est le principal constat de l'étude sur les complémentarités entre les chaînes de valeur africaines.

Les résultats de cette analyse ont été présentés par Abdou Diop, président de la Commission Afrique de la CGEM, lors du "Africa SME Forum", tenu le 3 décembre 2024 à Rabat. Placé sous le thème "Innovation et co-industrialisation : bâtir des chaînes de valeur complémentaires".

Voici les principaux constats de l’étude :

L’Afrique possède un potentiel et des opportunités significatifs pour transformer son narratif économique. Ce potentiel repose sur des atouts considérables : un capital humain abondant et diversifié, des ressources naturelles riches et variées, une volonté politique affirmée, une vision stratégique claire, ainsi que des exemples de réussites notables dans plusieurs pays africains. De plus, plusieurs secteurs du continent, tels que l’industrie automobile, sont déjà connectés aux chaînes de valeur mondiales, offrant un fort potentiel d’intégration et de développement.

Cependant, depuis des décennies, l’Afrique joue un rôle limité dans les chaînes de valeur mondiales, souvent cantonnée à l’exportation de matières premières brutes.

Les conséquences sont claires : l'Afrique dépend fortement des importations pour répondre à ses besoins en produits finis, et les bénéfices économiques de ses richesses naturelles profitent principalement à d'autres régions.

Un potentiel immense dans des secteurs clés

→Textile

L’Afrique est l’un des principaux producteurs de coton au monde, mais ce secteur vital souffre d’un paradoxe alarmant. Bien que le continent possède une abondance de matières premières, 90% du coton africain est exporté brut, sans transformation locale. Le rendement reste faible, et les infrastructures nécessaires à la filature et au tissage sont insuffisantes. En effet, l’Afrique ne représente qu’à peine 1% des capacités mondiales de tissage, ce qui limite son rôle dans la chaîne de valeur textile mondiale.

Cependant, le potentiel est considérable. La demande internationale pour le coton africain reste forte, et des capacités avancées dans l’assemblage offrent des bases solides pour développer une industrie intégrée. Le développement des filatures, la promotion du design local et l’amélioration des rendements pourraient transformer ce secteur en moteur économique pour le continent, tout en augmentant les exportations intra-africaines, aujourd’hui limitées à seulement 30%.

→Agroalimentaire 

Avec 13 millions de km² de zones de pêche et 7% de la production mondiale, l’Afrique dispose d’atouts exceptionnels dans le secteur agroalimentaire. Pourtant, la transformation locale des produits alimentaires reste minimaliste. Environ 80% des produits halieutiques transformés sont destinés à l’exportation, privant le continent d’une ressource précieuse pour répondre à ses propres besoins croissants en sécurité alimentaire.

Le potentiel de développement est immense. L’industrie agroalimentaire pourrait être renforcée en misant sur la transformation locale des ressources, notamment le poisson, le cacao et la canne à sucre. À titre d’exemple, bien que l’Afrique produise 20% du cacao mondial, seulement 6% des revenus de l’industrie du chocolat, évaluée à 100 milliards de dollars, reviennent au continent. Le développement d’industries locales pour le raffinage et la transformation pourrait non seulement réduire la dépendance aux importations, mais également augmenter la valeur ajoutée et stimuler l’emploi.

→Électronique 

L’industrie électronique africaine repose sur des ressources stratégiques telles que le cuivre, dont le continent détient d’importantes réserves, notamment en RDC, Zambie, et Maroc. Cependant, bien que l’Afrique dispose des capacités d’extraction et de raffinage, la production de fils de cuivre demeure faible, tout comme l’intégration dans les chaînes de valeur régionales.

Le secteur bénéficie néanmoins d’une forte croissance dans la fabrication de câbles électriques, mais cette activité est largement tournée vers l’extérieur. En renforçant les capacités locales pour produire des composants électroniques, l’Afrique pourrait répondre à la demande croissante en électrification tout en réduisant sa dépendance aux importations.

→Automobile : une opportunité pour une mobilité durable

L’Afrique possède des réserves abondantes de minerais stratégiques (critical minerals) tels que la bauxite, le cobalt, et le lithium, indispensables à la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Pourtant, l’industrie automobile reste sous-développée sur le continent, avec des capacités limitées pour transformer ces ressources en produits finis.

Les perspectives sont cependant prometteuses. Le Maroc, par exemple, travaille activement à établir des unités de production pour les batteries, tandis que d’autres pays africains cherchent à renforcer leurs capacités dans la production d’aluminium pour les carrosseries. Avec une vision intégrée et des investissements ciblés, l’Afrique pourrait devenir un acteur majeur dans la transition mondiale vers une mobilité durable.

Freins structurels et feuille de route

Tous ces secteurs partagent des défis communs qui freinent leur développement :

Parmi ces défis en trouve la faible disponibilité des infrastructures électriques et logistiques, des coûts élevés de production dus à des réseaux énergétiques peu fiables, un commerce intra-africain limité, représentant une faible part des échanges totaux et une dépendance accrue aux importations pour les intrants nécessaires à la transformation.

Pour répondre à ces enjeux, la coopération entre les secteurs public et privé est essentielle. La création d’un label "Made in Africa" de haute qualité, soutenu par des normes harmonisées et une meilleure connectivité régionale, pourrait changer la donne. La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf) offre un cadre idéal pour favoriser le commerce intra-africain et attirer des investissements dans ces secteurs.

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Le 3 décembre 2024 à 11h51

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