Casablanca : tarifs, animaux, financement, gestion, échéancier... Voici tout ce qu'il faut savoir sur le zoo de Aïn Sebaâ
Après plusieurs mois d'allers-retours entre le bureau et les commissions du conseil de la ville de Casablanca et le gestionnaire délégué retenu, ainsi que de multiples reports, le projet de contrat de gestion du zoo de Aïn Sebaâ et son cahier des charges ont enfin été votés ce 28 novembre. Cette étape devrait accélérer l'opérationnalisation de ce projet, dont la transformation a été initiée en 2015.
Cette convention a été adoptée à la majorité (80 voix pour et une voix contre) lors de la session extraordinaire du conseil de la ville de Casablanca, tenue ce 28 novembre. Notons toutefois que deux partis de l'opposition, le PJD et le PSU, se sont retirés de la session pour protester contre le manque de documents accompagnant certaines conventions soumises à discussion et au vote en commission. Le PPS, bien qu'il partage cet avis, a décidé de maintenir sa participation à cette session.
Cette convention a suscité diverses polémiques, d'abord en raison du retard dans son aboutissement et du report de son vote par le conseil de la ville, malgré son examen à maintes reprises en commission. Elle a ensuite été critiquée au vu des prix fixés pour l'accès au zoo, jugés trop élevés par les élus et les citoyens de la métropole.
Ce deuxième point a d'ailleurs largement dominé les discussions lors de la session de ce jeudi. Plusieurs élus ont demandé, au cours de leurs interventions, une révision à la baisse des prix, une proposition qui a été rejetée par la maire Nabila Rmili pour des raisons d'équilibre financier. Les arguments des deux parties seront détaillés plus loin dans cet article.
Un contrat de gestion déléguée sur 20 ans
Médias24 a consulté ladite convention de gestion déléguée, ainsi que le cahier des charges du parc zoologique de Aïn Sebaâ (PZAS), qui seront signés par la commune et le gestionnaire délégué, et qui devront par la suite être validés par le wali de la région et visés par le ministère de l'Intérieur, ministère de tutelle des collectivités territoriales.
La convention définit les principales obligations contractuelles de la commune de Casablanca et du délégataire, Dream Village, pour la gestion de ce parc. Ces parties s'obligent, chacune en ce qui la concerne, à exécuter les termes de ce contrat dans le respect de l'équilibre économique et financier de la gestion et de l'exploitation de ce parc, et dans le respect des principes fondamentaux de continuité et d'adaptabilité du service.
En contrepartie du droit de percevoir les rémunérations autorisées par cette convention, destinées à couvrir notamment les charges d'investissement et d'exploitation qu'il supporte ainsi que sa rémunération, Dream Village doit, pendant toute la durée du contrat, qui s'élève à 20 ans, offrir une qualité de service conforme aux obligations fixées par cette convention.
Ce contrat ne peut toutefois entrer en vigueur qu'après accomplissement des conditions suivantes :
- visa du ministère de l'Intérieur ;
- notification par la commune de Casablanca à Dream Village de l'ordre de service pour le commencement de la gestion.
La gestion déléguée de ce parc oblige par ailleurs le délégataire à informer en temps réel la commune de tout incident de dysfonctionnement, problème social ou évènement en relation avec la gestion déléguée. En cas d'incendie, d'explosion ou d'accident grave..., chaque partie désignera au moins trois personnes en mesure de prendre en charge le problème en question.
Les engagements de Dream Village
Ce contrat exige au délégataire la création, avant la signature du présent contrat, d'une société exclusivement dédiée à son exécution, sous la forme d'une société de droit privé marocain. Celle-ci devra respecter l'ensemble des exigences suivantes :
- Son bilan d'ouverture devra être vierge ou apuré de tout engagement financier antérieur au contrat.
- Son siège social sera situé sur le territoire de la commune de Casablanca.
- Sa comptabilité retracera uniquement les opérations afférentes au contrat.
Dans le cadre de cette convention, Dream Village s'engage aussi à :
- assurer le bon fonctionnement de ce parc ;
- exploiter à ses frais et risques l'ensemble des équipements et ouvrages du parc ;
- assurer le service conformément aux prescriptions contractuelles et, dans tous les cas, dans le respect des lois et règlements en vigueur ;
- adapter le service délégué aux exigences nouvelles de l'intérêt général, chaque fois que nécessaire et dans des délais raisonnables.
319 animaux de 75 espèces rejoindront ce parc
En tant que délégataire, Dream Village est également tenu de livrer les animaux au zoo de Aïn Sebaâ, conformément aux spécifications prévues. Il pourra éventuellement procéder à des changements, en effectifs, et/ou en espèces dans le cas de non-disponibilité d'animaux aux niveaux national et international, dans la limite du budget d'acquisition des animaux qui lui est accordé par la commune.
L'acquisition de ces animaux, leur transport et leur acheminement vers le parc zoologique doit s'effectuer dans un délai de 6 mois à compter de la date de réception, par Dream Village, de la totalité des fonds destinés à leur acquisition.
Le délégataire est par ailleurs autorisé à détenir au parc d'autres espèces non prévues par ce contrat, notamment dans les cas de dépôt, d'échange, de dons, de surplus, de confiscation et de participation à la conservation... ; et ce, dans la limite des charges d'exploitation arrêtées initialement dans le business plan.
Dream Village est aussi tenu d'acquérir et d'installer tout le matériel nécessaire à l'équipement du parc zoologique dans un délai de 12 mois, à compter de la date de réception de la totalité des fonds.
70 MDH pour l'acquisition des animaux et des équipements
Alors que le délégataire se chargera des aspects relatifs à la logistique et au transport notamment, la commune, elle, devra débloquer les financements.
Celle-ci est ainsi tenue, dans le cadre du présent contrat, de verser à Dream Village :
- un montant de 50 millions de DH (MDH) pour l'acquisition des animaux, incluant leur transport et leur acheminement au parc dans un délai maximal d'un mois ;
- un montant de 20 MDH pour le financement des équipements, lequel doit également être versé au délégataire dans un délai d'un mois.
Jugée élevée, la tarification fait polémique
La tarification de la billetterie prévue est le point qui fâche dans cette convention. Elle fait polémique depuis quelques jours, étant jugée trop élevée par les élus du conseil et les citoyens.
En effet, selon la convention de gestion déléguée, le prix d'accès à ce parc zoologique est fixé à 80 DH pour un adulte seul, contre 50 DH pour un enfant seul. Ces prix sont amenés à augmenter à partir de 2029, pour passer à 100 DH pour un adulte et à 60 DH pour un enfant, puis à 120 DH pour un adulte et à 75 DH pour un enfant à partir de 2033.
Le contrat prévoit par ailleurs des tarifs de famille, d'écoles, pour les étudiants et pour les personnes à mobilité réduite :
- Le tarif familial est le suivant : 60 DH pour les adultes contre 40 DH pour les enfants entre 2025 et 2029. À partir de 2029, ces tarifs passeront respectivement à 80 DH et 50 DH, puis à 100 DH et 60 DH à partir de 2033.
- Les tarifs pour les écoles : 40 DH par personne entre 2025 et 2029. À partir de 2029, ce prix passera à 75 DH, puis à 100 DH à partir de 2033.
- Les tarifs étudiants : 50 DH par personne entre 2025 et 2029. À partir de 2029, ce prix passera à 60DH, puis à 75 DH à partir de 2033.
- Les tarifs pour personnes à mobilité réduite : 30 DH par personne entre 2025 et 2029. À partir de 2029, ce prix passera à 40 DH, puis à 50 DH à partir de 2033.
- La tarification des parkings est de 15 DH.
Les explications de Nabila Rmili
Plusieurs élus, ayant pris la parole lors de la session extraordinaire de ce 28 novembre, ont proposé à la maire de la ville de revoir ces prix à la baisse, notamment les tarifs individuels, et de les fixer à 50 DH. Une proposition refusée par Nabila Rmili qui a expliqué ce qui suit :
"Le zoo est un parc public, dont la réhabilitation a été lancée par le précédent bureau du conseil communal. Il doit répondre aux normes internationales. Son duplicata se trouve à Valence en Espagne. Lors de sa réhabilitation, nous avons d'ailleurs été aidés par des partenaires espagnols".
"Lorsqu'on est arrivés en 2021, on devait programmer son ouverture. Nous avons tardé pour bien ficeler tous les détails de ce projet. Par ailleurs, la gestion des zoos ne figure pas parmi nos prérogatives. C'est une spécialité d'un département gouvernemental. Mais puisque ce projet se situe sur le territoire de Casablanca, et les élus ont fait le choix de garder sa gestion, nous avons entamé les procédures dans ce sens, afin de lui préparer le budget nécessaire. Nous avons donc lancé le marché pour sa gestion, et retenu une société marocaine" [Dream Village, ndlr].
"Pour revenir aux prix des tickets qui font polémique, notamment sur les réseaux sociaux ces derniers jours, il faut savoir que nous avions à choisir entre ces trois scénarios :
- déléguer sa gestion à des spécialistes dans le domaine, à savoir le département des Eaux et forêts ;
- le louer et avoir des ressources. Dans ce cas de figure, le prix du billet aurait été fixé à au moins 500 DH, que vous avez d'ailleurs refusé ;
- recourir à une gestion déléguée et payer le déficit qu'il va engendrer, sachant que c'est un site qui doit rester en bon état sur les années à venir.
"En tant qu'élus, vous avez opté pour la troisième option. Un budget énorme sera ainsi mobilisé, soit plus de 70 MDH, dont 50 MDH servira à l'acquisition des animaux, et 20 MDH pour les équipements et pour garantir la sécurité de ce site. Il s'agit d'un zoo qui se trouve au centre de Aïn Sebaâ. Les mesures de sécurité doivent alors doubler, voire tripler. D'un autre côté, nous devons subvenir aux besoins des animaux pour qu'ils soient en bonne santé et qu'ils ne manquent de rien".
"Nous avons donc accepté de supporter ce déficit, qui s'ajoutera à celui du tramway et du bus, lequel atteint déjà 220 MDH. Si l'on commence à calculer le déficit engendré par les lignes T3 et T4, le déficit atteindra 300 MDH. Nous sommes également sur le point de lancer les travaux du centre d'enfouissement à Médiouna, dont les plis ont été ouverts".
"On aurait aimé laisser l'entrée gratuite, mais nous avons des responsabilités envers la ville de Casablanca, et il faut essayer de garder un certain équilibre pour gérer tous les projets en cours".
"Le prix du ticket individuel est, certes, de 80 DH pour un adulte et 50 DH pour un enfant, mais la tarification familiale est moins élevée. Il faut dire que rares sont les personnes qui viendront toutes seules au zoo. C'est généralement un programme familial. Nous avons également mis en place des tarifs spéciaux pour les écoles et d'autres catégories".
Notons que ces 70 MDH seront notamment financés grâce aux 64 MDH que la commune va récupérer sur la convention signée entre la commune et la CDG, relative au projet de développement de la Marina de Casablanca qui n'a pas abouti. Il s'agit notamment du projet du Grand Aquarium, qui devait être achevé en 2018, et dont les travaux n'ont à ce jour pas commencé.
Business plan et recettes prévues
Outre une rémunération fixée à 15% des recettes de la billetterie et du parking, les autres sources de rémunération du délégataire sont une subvention annuelle dont il bénéficiera, ainsi que les recettes des activités annexes (kiosques, restaurants, boutiques, magasin de souvenirs, parc d'attraction...).
Notons par ailleurs qu'en cas de dépassement des objectifs relatifs aux recettes de la billetterie et des parkings, les recettes additionnelles seront partagées entre le délégant et le délégataire, à raison de 50% chacun.
Le délégataire est par ailleurs autorisé à percevoir des recettes complémentaires afférentes aux activités de publicité dans les locaux du parc, aux actions de parrainage et de sponsoring, de tournages de films et de documentaires..., lesquelles seront également partagées à hauteur de 50% avec la commune.
Dans son business plan, le délégataire prévoit de réaliser des recettes de près de 7,4 MDH en 2025, grâce uniquement à la billetterie. Ce chiffre devrait doubler en 2026, puis tripler en 2030, pour atteindre près de 40 MDH en 2035, grâce notamment à l'augmentation du nombre de visiteurs payants, qui devrait passer de 151.162 personnes en 2025 à 502.598 en 2035.
Les recettes parking devraient atteindre 258.000 DH durant la première année d'exploitation, doubler en 2026, et augmenter tout au long des vingt années de gestion déléguée, pour atteindre plus de 850.000 DH en 2035.
Quand aux charges d'exploitation du zoo, elles devraient atteindre 30,7 MDH en 2025, soit un montant mensuel de près de 2,6 MDH, et augmenter jusqu'à 43,5 MDH en 2035 (3,6 MDH par mois). Le déficit prévu devrait, lui, baisser de 23 MDH en 2025, jusqu'à 8 MDH en 2030, puis près de 2,8 MDH en 2035.
En ce qui concerne la rémunération (15% du chiffre d'affaires) de Dream Village, elle devrait être de l'ordre de 1,15 MDH en 2025, pour atteindre les 6 MDH en 2035.