Stabilité financière. L’Afrique mise sur l’efficacité institutionnelle et la coopération régionale
Dans un contexte mondial instable, marqué par des incertitudes géopolitiques et des risques émergents, l’Afrique appelle à un renforcement de la coopération régionale et internationale pour préserver sa résilience économique et financière. Ainsi, les 26 et 27 novembre, Rabat accueille des décideurs économiques et financiers du continent à l’occasion de la 4ᵉ édition du Symposium régional de haut niveau sur la stabilité financière, organisée par Bank Al-Maghrib sur le thème "Stabilité financière en Afrique à l’épreuve des incertitudes géoéconomiques et des risques émergents". Détails.
Dès les premières allocutions, le ton a été donné : renforcer la coopération régionale et internationale face à des risques financiers croissants. Dans son discours d’ouverture, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a mis en exergue les défis complexes auxquels l’Afrique est confrontée depuis 2020. "Outre la pandémie et ses séquelles, nous avons assisté à une série de chocs liés à la multiplication des conflits, à la récurrence des phénomènes climatiques extrêmes et à la résurgence des pressions inflationnistes. En parallèle, de profondes mutations et des changements de paradigmes sont à l’œuvre, reconfigurant sans cesse l’échiquier économique, social et financier mondial".
"Bank Al-Maghrib a publié, en mars 2021, une directive invitant les banques marocaines à intégrer pleinement le risque climatique dans leurs dispositifs de gouvernance, de gestion des risques et dans leurs stratégies d'investissement et de financement", a-t-il ajouté, illustrant ainsi les efforts du Maroc en matière de gestion des risques climatiques.
La mondialisation : une interconnexion et des risques multiples
"Un agriculteur marocain, dans le rural, peut être étroitement lié à un trader à Wall Street". Cette métaphore de Martin Moloney, secrétaire général adjoint du Conseil de stabilité financière (FSB), rappelle le rôle critique de l’interconnexion du système financier mondial et reflète les implications croissantes de la mondialisation dans la transmission des risques économiques et financiers. "Ce qui se passe, par exemple, sur les marchés financiers américains peut impacter la prospérité des économies asiatiques. Ce qui se passe en Afrique peut affecter la prospérité des gens en Europe, et vice versa".
Même dans des économies émergentes bien gérées, une crise ou une difficulté localisée peut avoir des répercussions négatives à l'échelle mondiale. "Dans un monde interdépendant, la fragilité d'un segment de l'économie mondiale peut compromettre la stabilité globale ; d'une autre manière, les pertes subies par un acteur peuvent rapidement devenir les pertes de tous", précise-t-il.
Selon lui, pour faire face aux risques, il ne suffit plus de tirer des leçons des crises passées, telles que celle des subprimes de 2008, mais il est essentiel de bâtir des institutions solides, engagées et performantes. "Les institutions doivent être capables de jongler avec des risques multiples, dans un environnement mondial marqué par des transformations rapides et imprévisibles", ajoute Martin Moloney.
Par ailleurs, Romain Paserot, secrétaire général adjoint de l’Association internationale des contrôleurs d’assurance (IAIS), souligne que le risque systémique a augmenté de manière significative dans le secteur des assurances. "L’empreinte de risque systémique du secteur mondial des assurances a augmenté de 5,3% l’année dernière (2023), principalement en raison d’une augmentation des actifs complexes à évaluer et illiquides".
Romain Paserot a également mis en lumière les défis liés à la digitalisation et aux systèmes d’intelligence artificielle, soulignant que "la digitalisation et les systèmes d’IA offrent des avantages potentiels, mais posent aussi des risques de liquidité accrus et des défis liés à la cybersécurité".
Supervision bancaire et dette : des impératifs pour la stabilité financière
En ce qui concerne les implications de la dette souveraine en termes de stabilité financière, Richard Doffonsou, économiste à la Banque africaine de développement (BAD), indique que dans la majorité des pays africains le secteur financier et bancaire affiche des vulnérabilités, notamment après la récurrence des crises. "Dans la plupart des pays du continent, les systèmes bancaires présentent des risques systémiques significatifs. Ces faiblesses, aggravées par des cadres macroéconomiques instables, se traduisent par une prime de risque élevée, éloignant ainsi les investisseurs et minant la confiance dans la durabilité économique".
La gestion de la dette publique occupe également une place centrale dans ce débat. Pour Richard Doffonsou, une solution efficace exige une régulation renforcée et une supervision bancaire accrue, couplées à une gestion budgétaire rigoureuse. "Une collaboration plus étroite entre les institutions financières et une gestion budgétaire stricte sont nécessaires pour faire face aux risques potentiels. La montée des dettes, insoutenables dans plusieurs pays africains, compromet non seulement leur stabilité économique interne, mais aussi leur attractivité auprès des investisseurs internationaux", conclut-il.
Le message clé du symposium est clair : dans un monde interdépendant et incertain, l’engagement, la coopération et la performance des institutions économiques sont les piliers indispensables pour naviguer dans un environnement marqué par des défis globaux croissants.