Le Courlis à bec grêle, un oiseau migrateur qui se reproduisait autrefois en Sibérie occidentale et passait l’hiver autour de la Méditerranée, est désormais déclaré éteint par les scientifiques.
Selon le site de l'ONG BirdLife, des scientifiques ont récemment publié une analyse objective confirmant l’extinction du Courlis à bec grêle. Cette publication résulte d’une collaboration entre la RSPB (Royal Society for the Protection of Birds), BirdLife International, le Centre de biodiversité Naturalis et le Muséum d’histoire naturelle.
Nicola Crockford, responsable des politiques à la RSPB, a déclaré à BirdlLife : "C’est l’une des histoires les plus dévastatrices de la conservation de la nature au cours du siècle dernier. Cela touche profondément au cœur de notre mission : empêcher l’extinction des espèces. C’est la première extinction mondiale d’un oiseau en Europe continentale, en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest, et cela s’est produit de notre vivant. Comment espérer que des pays au-delà de l’Europe se mobilisent pour leurs espèces, alors que nos pays, pourtant plus riches, ont échoué ?"
Les causes du déclin du Courlis à bec grêle ne seront peut-être jamais complètement élucidées, mais plusieurs pressions probables incluent :
- le drainage intensif des tourbières surélevées, son habitat de reproduction, à des fins agricoles ;
- la perte des zones humides côtières utilisées pour se nourrir en hiver ;
- la chasse, en particulier dans les dernières années, alors que sa population était déjà réduite et fragmentée.
Par ailleurs, des facteurs comme la pollution, les maladies, la prédation et le changement climatique ont pu avoir un impact, bien que l’ampleur de ces effets reste inconnue.
Dr Alex Bond, conservateur principal des oiseaux au Muséum d’histoire naturelle, a participé à la recherche sur le sort de cette espèce. Il a déclaré : "Lorsque le Courlis à bec grêle a cessé de revenir à son principal site d’hivernage à Merja Zerga, au Maroc, d’importants efforts ont été déployés pour le retrouver sur ses lieux de reproduction. Plusieurs expéditions ont parcouru des centaines de milliers de kilomètres carrés, mais elles n’ont malheureusement rien donné".
Dr Bond poursuit : "Avec le changement climatique, ce type de situations deviendra la norme. Les choses ne s’améliorent pas pour les oiseaux. Lutter contre le changement climatique, la destruction des habitats et la pollution est notre meilleure chance de les protéger, chez nous comme à l’étranger".
Cette nouvelle survient peu après l’annonce de la montée dans les catégories de menace de l’UICN pour 16 autres espèces d’oiseaux limicoles migrateurs, en raison de leur déclin.
Alex Berryman, responsable de la liste rouge chez BirdLife International et co-auteur de l’étude, a souligné : "La perte dévastatrice du Courlis à bec grêle est un avertissement : aucun oiseau n’est à l’abri du risque d’extinction. Plus de 150 espèces d’oiseaux ont disparu dans le monde depuis 1500. Les espèces insulaires ont souvent été les plus touchées, 90% des extinctions d’oiseaux affectant ces espèces. Cependant, alors que la vague d’extinctions insulaires ralentit, le taux d’extinctions continentales augmente, en raison de la destruction et de la dégradation des habitats, de la surexploitation et d’autres menaces. Une action de conservation urgente est désespérément nécessaire ; sans cela, nous devons nous attendre à une vague d’extinctions encore plus importante sur les continents".
Nicola Crockford conclut : "Les oiseaux migrateurs relient les nations. Les efforts de certains pays pour préserver une espèce peuvent être anéantis par des actions nuisibles dans d’autres pays partageant les mêmes espèces migratrices. Tout comme le carbone atmosphérique mesure les efforts internationaux pour combattre le changement climatique, le statut des espèces migratrices reflète le succès des efforts internationaux pour préserver la biodiversité. L’extinction du Courlis à bec grêle est un appel à agir massivement en faveur de la nature, tout comme les inondations, incendies et sécheresses qui ravagent notre planète exigent des actions pour lutter contre le changement climatique".