L’or rebondit après une baisse jamais égalée depuis 2021
Après avoir franchi des sommets historiques en septembre 2024, culminant à 2.790 dollars l’once, l’or, sous l’effet d’une combinaison de facteurs politico-économiques, a subi une chute brutale, marquant sa plus forte baisse hebdomadaire en trois ans. Pourtant, porté par les tensions géopolitiques et son statut de valeur refuge, le métal précieux rebondit et continue d'attirer les investisseurs.
Après avoir atteint des sommets historiques à six reprises en 2024, l'or a culminé le 30 octobre à 2.790 dollars l'once, un niveau jamais égalé. Cependant, depuis cette date, une dynamique baissière s’est installée. Entre le 31 octobre et le 14 novembre, le cours de l’or a reculé à 2.536 dollars l’once, enregistrant une baisse de 254 dollars en seulement deux semaines. Il s’agit de sa plus forte baisse hebdomadaire en plus de trois ans, marquant un tournant significatif dans son élan haussier.
Pourtant, en tant que valeur refuge, l’or continue de bénéficier de la confiance des investisseurs. Cette résilience s’est traduite par une reprise notable durant la semaine du 18 novembre. À la date de la rédaction de cet article, l’or s’échange à 2.698 dollars l’once, avec des perspectives clairement orientées à la hausse. Les contrats à terme (futures) pour livraison en décembre dépassent déjà les 2.700 dollars l’once, reflétant des anticipations optimistes quant à une nouvelle progression des prix.
Le baromètre des décisions d’achat et de vente d’or sur Investing.com, qui analyse les dynamiques de marchés en fonction des variations de prix, affiche une nette prédominance d’opérations d'achat "strong buy". Cette tendance reflète une demande soutenue sur le marché, expliquant pourquoi les prix des contrats à terme dépassent les prix en "spot" (actuels). Ce différentiel illustre la confiance persistante des investisseurs dans le potentiel haussier de l’or.
Les moteurs de la baisse
Le marché de l’or, sensible à la vigueur du dollar américain et aux tensions géopolitiques, a été fortement influencé par les récents événements. La force retrouvée du dollar, notamment après les résultats de l’élection présidentielle américaine, a joué un rôle déterminant dans le recul observé.
L’un des éléments centraux de cette dynamique repose sur les anticipations des investisseurs. Bien que ces derniers continuent d’anticiper une baisse de 25 points de base du taux directeur par la Réserve fédérale en décembre, les projections pour 2025 se sont modérées.
L’arrivée de Donald Trump à la présidence semble avoir atténué les attentes quant à l’ampleur de l’assouplissement monétaire prévu en 2025. Cette révision des anticipations a pesé sur le cours de l’or, tout en soulignant l’incertitude qui entoure ses perspectives à moyen terme.
L'or, valeur refuge face aux tensions géopolitiques
Malgré cette incertitude, le métal jaune a bénéficié d’un rebond significatif ces derniers jours, principalement en raison de l’escalade des tensions géopolitiques. Le week-end dernier, l’administration américaine a autorisé l’Ukraine à utiliser des missiles longue portée contre des cibles en Russie, exacerbant ainsi les tensions régionales. Ce contexte a poussé les investisseurs à privilégier des actifs refuges, ce qui a contribué à la remontée des prix de l’or.
Selon les données du Conseil mondial de l’or, la demande pour le métal précieux au troisième trimestre 2024 a défié les lois classiques de l’offre et de la demande. En dépit d’un niveau de prix historiquement élevé, la demande a continué de progresser de manière significative.
Le graphique ci-dessous met en évidence cette tendance exceptionnelle, montrant une augmentation de la demande au T3 2024 par rapport au T2 2024, et ce, malgré une hausse notable des prix. Une performance qui souligne l’attractivité remarquable de l’or dans un contexte économique et géopolitique incertain.

La situation au Maroc
Au Maroc, après avoir atteint des sommets inédits en septembre, le prix de l’or a légèrement reculé, notamment en raison d’un boycott des bijoutiers. Au 21 novembre, le prix brut s’élève à 740 DH le gramme, marquant une divergence notable par rapport aux cours internationaux. Cette situation interpelle, car les fluctuations des prix internationaux devraient théoriquement se refléter rapidement sur le marché marocain.
Contacté par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération nationale des bijoutiers, souligne l’irrationalité du marché local : "Normalement, l’écart entre les prix internationaux et ceux pratiqués au Maroc devrait être marginal, de l’ordre de 20 à 30 DH. Or, aujourd’hui, alors que le prix devrait se situer autour de 640 DH le gramme, il atteint 740 DH, soit un écart de 100 DH. Ce surplus représente un gain de 100.000 DH par kilogramme, une aberration qui défie toute logique économique.", explique-t-il.
Cette situation a fortement ralenti l’activité des bijoutiers, principalement en raison d’une baisse significative de la demande. "L’activité est au point mort ces derniers jours. Les clients viennent pour acheter, mais lorsqu’ils réalisent le niveau des prix, la majorité se retire. C’est la loi de l’offre et de la demande. Malheureusement, nous perdons du terrain dans ce secteur en raison du monopole sur le marché et du contrôle des quantités en circulation.", conclut-il.
