5G, fibre optique et voix : le point avec le groupe Orange sur ses activités au Maroc
Déploiement de la 5G, évolution de la fibre optique et maintien de la voix... Lors d’une rencontre le mardi 12 novembre avec un groupe de journalistes, Christel Heydemann, directrice générale du groupe Orange, Jérôme Hénique, CEO d'Orange Afrique et Moyen-Orient (OMEA), et Hendrik Kasteel, CEO d'Orange Maroc, ont fait le point sur les activités du groupe, notamment au Maroc.
Lors de cette rencontre, le débat a principalement porté sur la 5G et son déploiement au Maroc. Sur ce volet, le groupe Orange a fait comprendre que les équipements sont là, dont certains doivent être upgradés, et qu’il ne reste à présent que les modalités de déploiement à fixer. Etant l’une des exigences du cahier des charges du Mondial 2030, que le Maroc organisera avec l'Espagne et le Portugal, l’opérateur prévoit que tout sera en place pour l'opérationnalisation de cette technologie d’ici là.
5G : "Les discussions avec le régulateur sont à un stade avancé"
Sur ce volet, l’opérateur dispose déjà du savoir-faire nécessaire et d’une expertise qu'il a notamment développée à l’échelle européenne. Le premier, selon Christel Heydemann, directrice générale du groupe Orange, "c’est qu’on sait designer, ingénierer et utiliser les bandes de fréquences dans certains pays. La première utilisation de la 5G, notamment au Maroc, nous permettra ainsi d’écouler encore plus de trafic pour nos clients, grâce à des bandes de fréquence 5G".
"Ce sera le premier résultat, et c’est d’ailleurs de cette façon que nous avons commencé en France et dans beaucoup d’autres pays d’Europe, parce que les réseaux sont actuellement saturés par le trafic data de nos clients qui consomment toujours plus. Et le premier enjeu pour nous, c’est d’utiliser le spectre au mieux, et de designer nos réseaux au mieux pour pouvoir écouler le maximum de trafic".
"Au Maroc, on est aujourd’hui à un stade avancé des discussions avec le régulateur", ajoute-t-elle. "J’aurais d'ailleurs tendance à être d’accord avec le fait que la 4G n’est pas entièrement optimisée au Maroc", et qu’il est donc encore un peu tôt pour passer à la 5G, "mais il faut savoir que les bandes de fréquence 5G sont aujourd’hui indispensables pour continuer à permettre aux Marocains de consommer le réseau et d’avoir un trafic dans une zone comme Casablanca, où il y a beaucoup d’habitants".
"Pour le déploiement de la 5G, on aura simplement à upgrader les sites mobiles 4G existants"
"Si elle n’existait pas, les citoyens de la métropole seraient vraiment limités. Et je peux vous dire aussi que, que ce soit en France ou en Espagne par exemple, on a tout d’abord déployé la 5G comme réservoir de trafic en plus de la 4G, parce qu’on peut utiliser les bandes de fréquence 5G pour les clients qui ont un téléphone 4G et qui utilisent la 4G. C’est une priorité, et je pense qu’il y a consensus là-dessus, en tous les cas entre tous les opérateurs du Royaume, et on devrait pouvoir convaincre le régulateur".
En ce qui concerne les préparatifs de la 5G, Christel Heydemann souligne qu'aujourd’hui, "au Maroc, on a de la 4G. On a des sites, et on n’a pas besoin d’un opérateur neutre. L’enjeu, c’est surtout d’avoir des terminaux abordables, parce que l’une des raisons pour lesquelles, en Europe et aux Etats-Unis, la 5G a mis beaucoup de temps à se déployer, c’est que les premiers terminaux coûtaient jusqu’à 1.300 euros, ce qui restreignait largement" le champ de déploiement.
"Cela a donc fait que la capacité à pénétrer le marché était très faible. Au Maroc, on est prêt. Il y a certes du travail qui reste à faire, mais il n’y a pas d’enjeu d’infrastructures, puisqu’on a déjà nos sites mobiles. Il s’agira simplement d’upgrader les sites mobiles 4G existants, ce qui demandera des investissements considérables. Pour nous, la 5G est donc vraiment un enjeu de continuer à améliorer la qualité du réseau pour nos clients", ajoute-t-elle, notant que "le Royaume est d'ailleurs le pays qui nous demande le plus d’investissements, parce que le trafic y est élevé".
"On fera tout ce qu’on peut pour proposer la 5G pour le Mondial 2030"
L’autre enjeu évoqué par la directrice générale du groupe est "la nécessité d’avoir des terminaux adaptés. On pourra ainsi utiliser la 5G pour faire ce que l’on appelle le fixed wireless access, qui est la fibre sans fil grâce à un modem 5G. C’est quelque chose que le groupe vient tout juste de lancer dans certains pays d’Europe, et que les Américains ont lancé depuis très longtemps. Ces dernier avaient d’ailleurs lancé, dès le début, la 5G pour faire de la fibre sans fil".
L’opérateur prévoit par ailleurs d'être prêt pour le Mondial, d'autant que la 5G est l'une des exigences du cahier des charges de la FIFA pour cet évènement mondial.
"La première étape sera d’avoir les fréquences", précise la responsable d'Orange. "C’est important pour les grands événements sportifs. Orange était d’ailleurs le premier partenaire des Jeux olympiques cet été. On a utilisé la 5G privée pour capter avec des caméras installées sur les bateaux, puisqu'on ne pouvait pas avoir du fil sur toutes les zones. On était également partenaire de la Coupe d’Afrique des nations à Abidjan en Côte d’Ivoire au mois de janvier. On a donc ce savoir-faire des grands événements sportifs et de leur connectivité, et donc bien sûr qu’on fera tout ce qu’on peut pour proposer la 5G pour le Mondial 2030", dont une partie aura lieu au Maroc.
S’agissant des modalités d’attribution, Christel Heydemann explique que cela s'effectue généralement par lots techniques. "À Paris par exemple, on était tout seul. Mais généralement, ce sont des lots techniques et des appels d’offres, et il se trouve qu’Orange est l’un des opérateurs qui dispose de la plus grande capacité pour y répondre".
"Pour ce qui est de la Coupe du monde 2030, elle aura lieu aussi bien au Maroc qu’en Espagne. Etant également présents en Espagne, nous discutons aussi avec les équipes espagnoles. C’est un projet d’ampleur, parce qu’il s’agit d’amener les meilleures images et de garantir la meilleure expérience notamment pour les spectateurs dans les stades mais, surtout, pour les téléspectateurs dans le monde. Il y a également tout ce qui a trait à la captation d’images et à l’arbitrage visuel, mais les organisateurs de Coupes du monde de football connaissent tous ces enjeux, et ont l’habitude de lancer des appels d’offres, et nous en tant qu’opérateur, nous avons l’habitude d’y répondre".
"La 5G nous apportera des capacité supplémentaires"
"Pour cet événement mondial, il y aura également l’accompagnement des spectateurs. Il faut que les visiteurs qui viendront au Maroc aient la meilleure connectivité, laquelle passe par les réseaux existants, sur lesquels il faudra renforcer la connectivité, comme cela a été le cas pour les JO 2024 à Paris. Pour s’y préparer, on a l’habitude dans notre métier d’anticiper. On connaît le trafic sur les réseaux, et il y a des équipes spécialisées dans ce volet. Si l'on a des manques de fréquences, cela représente pour nous le T0. C’est donc du refarming [réaffectation du spectre, ndlr] de fréquence auquel il faudra procéder, qui se compte en semaines ou en mois, mais pas en années, et on a encore du temps devant nous d’ici 2030".
"Une fois de plus", insiste Christel Heydemann, "c’est quelque chose que l’on a l’habitude de faire et qu’on a déjà fait pour la 4G. De ce point de vue, la 5G n’est pas très différente de la 4G". Et il se trouve que le groupe a déjà énormément investi dans la modernisation de son réseau, précise pour sa part Hendrik Kasteel, CEO d'Orange Maroc, qui souligne "la spécificité du Maroc quant au niveau de consommation de la data mobile par client qui est beaucoup plus élevé", en comparaison à d’autres pays.
"Cette consommation est plus élevée que sur la zone Afrique et Moyen-Orient, parce que les tarifs restent faibles, et que les usagers qui passent par l’IPTV sont nombreux. Cela fait que le niveau de croissance du trafic internet est exponentiel au Maroc. On a donc besoin de capacités supplémentaires, et c’est ce que la 5G va apporter en premier lieu".
"La fibre optique est la technologie la plus avancée et la plus pérenne en termes de débit"
Pour ce qui est de l’évolution du déploiement de la fibre optique, le groupe Orange précise qu’au "niveau mondial, il a été prouvé que c’est la technologie la plus avancée et la plus pérenne quand on parle de débit. Il y a encore des capacités pour l’upgrader si l'on fait les bons designs de réseau, ce qu’évidemment chez Orange on a maintenant l’habitude de faire, ayant fait le choix de commencer à déployer la fibre il y a plus de dix ans".
"Nous sommes aujourd’hui l’opérateur qui a déployé le plus de fibre en Europe. Orange a déployé plus de fibre que la somme de ce qui a été déployé par Deutsche Telecom, Telecom Italia, British Telecom et Vodafone", fait savoir Hendrik Kasteel.
"Toutefois, chaque pays a ses spécificités, d’où l’importance d’avoir du savoir-faire local. Ce sont des enjeux de génie civil, de permis, et des enjeux de ciblage géographique. Il faut également savoir réaliser les plans dans la bonne vitesse, puisqu’il y a des enjeux de régulation aussi, et de réglementation", souligne la directrice générale du groupe.
"En Afrique et au Moyen-Orient, la fibre a commencé à être déployée tôt. Il en est de même au Maroc, qui a commencé très tôt sur cette technologie. Orange Maroc a d’ailleurs contribué à ce déploiement, avec un niveau d’investissement important".
"Je crois que près de 2,8 millions d’équivalent de logements sont déjà raccordables", estime, quant à lui, Jérôme Hénique, CEO d’Orange OMEA. "Le Maroc reste le premier pays fibré dans la région, en nombre d’équivalent logements fibres et en nombre de lignes".
Le Royaume prévoit d’ailleurs, sur décision royale, d’atteindre 4,6 millions de foyers fibrés en 2026, et près de 5,8 millions de foyers en 2030.
La voix se maintient, près de 900.000 clients seulement chez Orange Maroc
La voix est l’autre activité du groupe Orange. Si l’on a tendance à croire qu’elle est en baisse, le groupe précise qu’elle continue à se maintenir, avec un trafic qui augmente de 25% par an sur ses réseaux depuis très longtemps. "On a encore 900.000 clients qui font de la voix au Maroc rien que chez l’opérateur Orange", précise le CEO d’Orange OMEA. "Il ne faut donc pas la sous-estimer".
Christel Heydemann se dit, quant à elle, "contente parfois d’avoir la voix en back-up aussi. D’ailleurs, dans certains pays, notamment d’Europe, on essaie de décommissionner la 2G, mais cela s’avère très compliqué, parce qu’on sous-estime toujours le trafic qui reste sur cette activité. Parfois ce sont des systèmes sensibles, des systèmes d’entreprises, des systèmes de résilience, des connectivités d’objets et d’ascenseurs…"
"C’est donc une course éternelle pour toujours anticiper, investir dans les réseaux et être toujours prêts avant que le trafic n’arrive. En Afrique, le chiffre d'affaires de la voix classique est encore en croissance parce qu'on a encore beaucoup d'extensions de déploiement vers des zones rurales ou ultra-rurales. Ce n'est évidemment pas le cas au Maroc, où notre réseau Orange couvre déjà la totalité de la population".
"Dans la prochaine phase, nous aurons de la voix sur de la data, et on arrivera par la suite à l'intelligence artificielle avec les chatbots vocaux. À ce moment-là, nous allons retrouver une autre forme de voix qui va recréer du trafic et sur lequel les attentes d'expérience client vont être similaires à ce qu'on a de la voix, avec des besoins de latence très faibles. C'est la prochaine vague technologique qu'on va voir arriver dans les réseaux. Certes, ce n’est pas pour 2025, mais ça viendra", conclut la directrice générale du groupe.