COP29 à Bakou : les promesses d’un financement climatique seront-elles tenues ?
La 29e Conférence des parties, qui s'est ouverte, ce lundi 11 novembre 2024, à Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, vise à adopter des décisions fortes et engagées pour réduire les effets du réchauffement climatique, et ce, malgré un contexte géopolitique tendu, marqué par l'absence de plusieurs dirigeants de grandes puissances, notamment les États-Unis, la France, l'Allemagne, la Russie et la Chine. Quels résultats peut-on espérer de cette COP29 à Bakou ?
Les travaux de la COP29 ont débuté à Bakou, avec la participation d'une délégation marocaine présidée par le chef du gouvernement.
Cette COP porte un espoir renouvelé et tant attendu pour parvenir à des solutions efficaces et unanimement acceptées pour faire face à l'aggravation des effets des changements climatiques, particulièrement marquante cette année.
Alors que 2024 est en passe de devenir l'une des années les plus chaudes, la fréquence et l'intensité des événements climatiques extrêmes ont atteint des niveaux sans précédent, touchant la quasi-totalité du globe.
De l'Amérique à l'Asie en passant par l’Afrique, les conséquences des changements climatiques se font sentir de manière de plus en plus visible. Les inondations meurtrières qui ont frappé dernièrement l'Espagne, faisant plus de 205 morts, illustrent de manière tragique l'intensification rapide des phénomènes météorologiques extrêmes, dont l'ampleur dépasse toutes les projections climatiques.
De même, le Maroc a été durement touché par les effets du réchauffement climatique cette année. En plus des sécheresses récurrentes qui s'aggravent, le pays a dû faire face à un hiver "très chaud", avec des températures ayant dépassé les 30°C dans la frange atlantique nordique, alors qu’elles culminent normalement à 20°C. Dans ce contexte de récurrence de phénomènes climatiques abrupts, les régions du Sud-Est marocain ont été frappées par des précipitations diluviennes qui ont engendré des inondations dévastatrices et des crues sans précédent, causant la mort d'au moins 20 personnes.
Que ce soit au Maroc ou dans d'autres régions du monde, aucun pays n'échappe aux conséquences du réchauffement climatique. Pour autant, le monde peine à parvenir à un consensus climatique solide pour faire face à cette crise.
COP29, une nouvelle vision ?
La COP28 de Dubaï a ouvert la voie à une nouvelle ère de solidarité climatique, avec la création d'un fonds en faveur des pays les plus vulnérables, durement touchés par les effets des changements climatiques. Cet accord a permis de verser 853 millions de dollars dans le fonds, destinés à compenser les pertes et dommages liés au climat, dont 100 millions proviennent des Émirats arabes unis.
Un an après la COP28, les attentes sont élevées pour la COP29 à Bakou, malgré un contexte géopolitique mondial qui pourrait obstruer la construction d'un consensus satisfaisant.
S’exprimant lors du Sommet des dirigeants à la COP29, tenu ce mardi 12 novembre 2024, António Guterres a souligné l’importance d'une action climatique accélérée pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Pour y arriver, les émissions mondiales doivent baisser de 9% chaque année pour atteindre une réduction de 43% d'ici 2030 par rapport à 2019. Or, elles sont toujours en hausse.
Climate finance is not charity, it’s an investment.#ClimateAction is not optional, it’s an imperative.
Both are indispensable to a liveable world for all humanity and a prosperous future for every nation on Earth.
My remarks at #COP29: https://t.co/CKmx0jtqwY pic.twitter.com/gQYSuCtaz0
— António Guterres (@antonioguterres) November 12, 2024
"Lors de la COP28, vous avez tous convenu de vous éloigner des combustibles fossiles […] d’accélérer les systèmes à énergie nette zéro, en fixant des étapes pour y parvenir […] de renforcer l’adaptation au changement climatique […] et d’aligner la prochaine série de plans climatiques nationaux à l’échelle de l’économie sur la limite de 1,5 degré […]. Il est temps de livrer", a proclamé António Guterres.
Face à cette urgence climatique, le Secrétaire général des Nations unies a appelé tous les pays à renforcer leurs ambitions, en insistant sur le rôle primordial du G20, regroupant les principaux émetteurs mondiaux, qui disposent des moyens et de la responsabilité d'agir en tête. D'ici la prochaine COP, le Secrétaire général de l'ONU a appelé tous les pays à :
(1) Mettre en œuvre de nouveaux plans d'action climat à l'échelle nationale, alignés sur l'objectif de 1,5°C ;
(2) Tripler la capacité des énergies renouvelables, doubler l’efficacité énergétique et mettre un terme à la déforestation d’ici 2030 ;
(3) Réduire de 30% la production et la consommation mondiales de combustibles fossiles d’ici la même date.
À la suite des nombreux ouragans qui ont fait rage cette année, António Guterres a également réaffirmé l'importance de garantir à tous les habitants de la planète une protection renforcée grâce à des systèmes d'alerte qui doivent être généralisée d'ici 2027, conformément à l’initiative "Alertes précoces pour tous".
Pour sa part, Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC ), a tenu à rappeler l’importance de la Conférence des parties pour réduire rapidement l’ampleur exponentielle de la crise.
"Ce processus est le seul endroit que nous avons pour limiter la crise climatique et pour véritablement nous mettre devant nos responsabilités mutuellement et pour AGIR […]. Ce processus porte ses fruits, car sans lui, l’humanité serait en route vers les 5 degrés de réchauffement climatique", a précisé Simon Stiell.
Le secrétaire exécutif de la CCNUCC a souligné que le financement climatique n'est pas une œuvre de charité, mais un investissement qui permet aux pays de disposer de l’espace budgétaire pour réduire rapidement leurs émissions et s'adapter aux changements climatiques. C'est une démarche bénéfique pour tous, car l'inaction climatique pénalisera chaque nation. L’idée est que si une grande partie des pays en développement ne parvient pas à réduire ses émissions rapidement, chaque nation en paiera le prix brutal.
Selon Simon Stiell, les investissements dans les énergies propres et les infrastructures ont atteint un niveau record de deux mille milliards de dollars en 2024, soit près du double de ceux consacrés aux combustibles fossiles. Il appelle à poursuivre sur cette lancée et à assurer une transition énergétique plus équitable pour en faire bénéficier tous les pays et toutes les populations.
Avant de clore son discours, le secrétaire exécutif de la CCNUCC a appelé les parties à faire preuve de détermination et d’ingéniosité à la COP29, soulignant l'urgence d'un accord dès le début, tout en rappelant l'importance de tenir les engagements pris. "Il est désormais temps de montrer que la coopération mondiale n’est pas en déclin", a conclu Simon Stiell.
Financement : la COP29 à l’épreuve
La COP29 a été surnommée la "COP des finances" en raison de l'échéance imminente de l'objectif de financement climatique de 100 milliards de dollars par an, fixé en 2009. Bien que cet objectif ait officiellement été atteint en 2022, de nombreux pays en développement estiment que les fonds mobilisés sont insuffisants et mal répartis.
Face à l'urgence climatique et aux besoins croissants des pays vulnérables, les États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques sont appelés, durant la COP29, à définir un nouvel objectif financier mondial, plus ambitieux et mieux adapté aux enjeux actuels. Selon les estimations de WorldClimate, un investissement annuel d'au moins un trillion de dollars serait nécessaire pour aider les pays en développement à renforcer leur résilience face aux impacts du changement climatique.
Dans son discours d'ouverture, António Guterres a défini le financement comme une priorité stratégique pour cette 29e COP et a identifié cinq axes clés pour élaborer un nouvel objectif financier global :
(1) Accroître considérablement les financements publics ;
(2) Indiquer, de manière claire, comment ces fonds publics permettront de mobiliser les milliers de milliards de dollars nécessaires aux pays en développement ;
(3) Créer un système garantissant une plus grande accessibilité, transparence et responsabilité des financements, afin d'assurer aux pays en développement que les fonds seront effectivement débloqués ;
(4) Mobiliser de nouvelles sources de financement, telles que des taxes sur le transport maritime, l'aviation et l'extraction de combustibles fossiles, en appliquant le principe du pollueur-payeur ;
(5) Renforcer les capacités de prêt des banques multilatérales de développement en les recapitalisant et en les incitant à adopter des modèles économiques plus innovants.
"Lors de cette COP, vous devez accepter des règles pour des marchés du carbone justes et efficaces qui soutiennent cette lutte", a précisé António Guterres.
Outre le financement, un tournant a été franchi lors de la COP29 avec l'adoption de nouvelles règles pour les crédits carbone, en application de l'article 6 de l'Accord de Paris. Les crédits carbones permettent une flexibilité géographique en autorisant les pays et les entreprises à investir dans des projets de réduction des émissions partout dans le monde pour compenser leurs émissions locales.
L'Accord de Paris a également instauré un mécanisme formel de révision régulière à la hausse des contributions déterminées au niveau national (CDN), dans le but de maintenir l'augmentation de la température mondiale sous les 2°C d’ici à 2100, par rapport aux niveaux préindustriels.
Pour rappel, l’objectif global du Maroc, actualisé en 2021, est de réduire de 45,5% ses émissions, dont un objectif inconditionnel de 18,3% que le Maroc s’engage à réduire sans aide financière internationale (cours normal des affaires).
Ces plans, couvrant initialement des périodes allant jusqu'en 2025 ou 2030, sont soutenus par des engagements financiers internationaux, indispensables pour permettre aux pays en développement de mettre en œuvre leurs actions climatiques.
Conformément à l'Accord de Paris, les pays développés, notamment les États de l'Union européenne, les États-Unis, l’Australie, le Canada, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suisse, la Turquie et le Royaume-Uni, sont les principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre. S'appuyant sur la Convention de Rio de 1992, la Chine insiste sur son statut de pays en développement et n'a pas formellement accepté de financer les pays les plus vulnérables, bien qu'elle apporte une aide volontaire selon ses propres modalités.
En tant que principaux contributeurs, les gouvernements de l’Union européenne et l’administration Biden, en fin de mandat, ont réitéré leur engagement de mobiliser leur part des 100 milliards de dollars par an pour soutenir les efforts d'adaptation et d'atténuation des pays en développement. Cependant, compte tenu du contexte actuel, cet objectif financier est-il à la hauteur des défis sans précédent auxquels ont été confrontés les pays au cours des dernières années ?
COP29, un démarrage poussif
Les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, couplées à l'absence de plusieurs dirigeants de grandes puissances, risquent de peser sur les discussions de la Conférence des parties à Bakou. Notamment, le président Biden, en fin de mandat, le président russe, malgré une importante délégation envoyée sur place, et le président français Emmanuel Macron, hôte de l'Accord de Paris, n'y participent pas. Ces absences s'expliquent en partie par des différends entre la France et l'Azerbaïdjan, ainsi que par les difficultés politiques en Allemagne, où le chancelier Scholz a dû faire face à l'effondrement de sa coalition gouvernementale. En outre, l'absence du président brésilien, futur hôte de la COP30, est notable, même si les raisons n'ont pas été précisées.
À cela s’ajoute la réélection du président Donald Trump qui fait craindre un retour en arrière en matière de politique climatique des Etats-Unis. En effet, il avait déjà retiré son pays de l'Accord de Paris lors de son premier mandat, une décision que le président démocrate Biden avait inversée en 2021. L’administration de Biden, qui participe à la COP29 avec une haute délégation dont John Podesta, émissaire du président pour la politique climatique, rassure que l’action climatique ne s’éteindra pas avec l’arrivée de Trump.
Au cours de la semaine, le président élu Donald Trump a annoncé qu’il désignerait Lee Zeldin comme directeur de l’Agence américaine de protection de l'environnement, un membre du congrès qui a souvent voté contre les projets de loi sur les questions environnementales. En revanche, Trump pense que Zeldin pourrait stimuler le potentiel des entreprises américaines, sans compromettre les normes environnementales rigoureuses en matière de qualité de l'air et de l'eau.
Sous un autre angle, sa nouvelle alliance avec Elon Musk, patron de Tesla, pourrait créer des synergies bénéfiques qui probablement ne nuiront pas aux engagements climatiques internationaux des Etats-Unis.
Mais la question qui demeure est la suivante : avons-nous encore le temps pour des règlements de comptes politiques ? N'accusons-nous pas déjà un retard considérable pour agir efficacement en faveur du climat ?