Comment encourager les MRE à investir au Maroc : les pistes d’un expert international
Comment transformer les Marocains résidant à l’étranger (MRE) en acteurs économiques actifs ? Pour Iñigo Moré, enseignant à Berkley et fondateur de remesas.org, il est nécessaire d’allier “politique proactive”, “environnement transparent” et “cadre institutionnel”.
Au Maroc, où le rôle des Marocains du monde est considéré comme très important, une réforme a été décidée dans le cadre d’une vision royale, tel qu’annoncé lors du discours du Roi Mohammed VI à l’occasion du 49e anniversaire de la Marche verte.
Cette réforme repose sur une nouvelle architecture institutionnelle, dont les piliers sont le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), et la Fondation Mohammedia des Marocains résidant à l’étranger. Et c’est bien un cadre institutionnel qui permettra de tout faire évoluer. C’est en tout cas ce que pense l’expert Iñigo Moré, contacté par Médias24.
Le Maroc, terre de confiance bancaire
Selon notre interlocuteur, "le cas classique des transferts financiers des Marocains résidant à l’étranger (MRE) suit un schéma établi : un travailleur migrant envoie régulièrement de l’argent à un membre de sa famille au Maroc, souvent sa mère ou son épouse. Cet argent est ensuite redistribué pour répondre aux besoins familiaux, sans se transformer en un investissement entrepreneurial".
Il est vrai que la communauté marocaine à l’étranger constitue un levier précieux de développement socio-économique au Maroc, comme en témoigne la hausse importante et régulière de leurs transferts. Selon le dernier bulletin de l'Office des changes, les recettes des MRE ont atteint 91,53 milliards de dirhams à fin septembre 2024, contre 86,9 MMDH à la même période en 2023, marquant une progression de +4,5 MMDH ; soit une hausse de 5,2%.
"Cet envoi crée des revenus passifs placés en banque, profitant d’une stabilité monétaire unique au Maroc dans la région. Contrairement à des pays comme l’Argentine ou le Venezuela, où les crises monétaires et bancaires sont récurrentes, le Maroc inspire confiance grâce à sa gestion monétaire solide, attirant ainsi les placements des MRE", souligne notre expert.
Une politique solide et des incitations claires sont essentielles
Cependant, Iñigo Moré estime qu’encourager la diaspora marocaine à "passer d’un investissement passif à un rôle de créateurs d’entreprises au Maroc requiert plus qu’une simple confiance dans le système bancaire. Les experts en migration estiment qu’une politique solide et des incitations claires sont essentielles".
Et d’ajouter : "Un cadre institutionnel pour accompagner les Marocains du monde dans des projets structurés, à l’instar de la politique de facilitation des investissements étrangers dans les années 1990, pourrait être la solution. La création d’une Direction des investissements des MRE, inspirée par l’ancienne Direction des investissements extérieurs, permettra de simplifier les procédures et de réduire les obstacles, tels que la corruption, souvent perçue comme un frein".
Lever les blocages administratifs
La mise en œuvre des directives royales a démarré dès le lendemain du discours du Roi, puisque le chef du gouvernement a tenu une première réunion avec les départements ministériels concernés.
Celle-ci a été consacrée à l’examen des moyens et mécanismes institutionnels et juridiques permettant de mettre en place un programme d’action pour la restructuration des instances concernées par les affaires de la communauté marocaine à l’étranger.
Le risque administratif est aussi important que le risque financier pour les MR
Une restructuration qui doit prendre en compte le "risque administratif" qui est, selon notre interlocuteur, "aussi important que le risque financier pour beaucoup de MRE".
"Les exemples de blocages bureaucratiques et de pratiques de corruption dissuadent les plus motivés. Les MRE n’ont souvent pas le temps ou les moyens de gérer ces obstacles et hésitent à déléguer de telles tâches à leurs proches au Maroc", poursuit Iñigo Moré qui estime par ailleurs que "cette situation souligne l’importance d’une politique proactive pour attirer les MRE en tant qu’entrepreneurs".
Selon lui, "la création d’un environnement transparent et favorable pourrait transformer les Marocains du monde en acteurs économiques actifs, faisant d’eux non seulement des employeurs potentiels, mais aussi des acteurs de la modernisation économique".