Les Marocains du monde, un potentiel d'investissement sous-exploité
Avec des profils de classe mondiale dans différentes filières, la communauté marocaine à l'étranger peut être un important levier pour le développement du pays. La hausse continue des transferts des MRE témoigne en outre de l'intérêt qu'ils portent à leur patrie. Il reste à dynamiser l'investissement de la diaspora à travers des politiques dédiées, lui facilitant la tâche. Le Roi Mohammed VI a annoncé des mesures en ce sens. Décryptage.
Dans son discours d'Anniversaire de la Marche verte, le Souverain a consacré une grande partie aux Marocains du monde et à la nécessité de réformer les instances qui leur sont dédiées.
Il a également appelé à "ouvrir de nouvelles perspectives aux membres de la Communauté qui sont désireux d’investir dans leur pays". Le Roi Mohammed VI rappelle ce constat qu'il juge "inconcevable" : "Leur contribution au volume des investissements nationaux privés se limite à 10%".
D'ailleurs, ce n'est pas la première fois que le Roi évoque l'importance de la communauté marocaine à l'étranger et la nécessité de l'impliquer dans le processus de développement du pays. En 2022, le Souverain disait, "s’agissant de l’implication de la communauté des MRE dans le processus de développement – un dessein auquel nous accordons un intérêt particulier –, force est de constater que le Maroc a besoin de tous ses enfants et de toutes les compétences établies à l’étranger".
Comme le souligne justement le Souverain, les MRE, qui comprennent des profils de classe mondiale dans différentes filières, constituent un levier précieux de développement social et économique du Maroc.
Des transferts monétaires en croissance soutenue
En témoigne un premier indicateur parlant, celui des transferts monétaires. Ces transferts ont dépassé la barre des 100 milliards de DH en 2022, et enregistrent une croissance soutenue et importante depuis 2021, l'année de la Covid.
En 2023, le volume des transferts a dépassé les 115 MMDH. Un record qui pourrait bien être dépassé en 2024 au regard de la tendance de croissance enregistrée à fin septembre.
Selon les données de l'Office des changes, les transferts ont atteint 91,5 MMDH sur les neuf premiers mois de l'année, en hausse de 5,2% par rapport à la même période de 2023.
Si l'on se base sur les données annuelles relatives à 2023, plus de 60% de ces transferts proviennent de quatre pays de résidence. Il s'agit de la France (35,5 MMDH), l'Espagne (14,5 MMDH), l'Arabie saoudite (12,3 MMDH) et l'Italie (10,5 MMDH).
>> Ci-dessous notre tableau de bord pour explorer toute la data relative aux transferts des MRE:
La hausse continue des transferts depuis le début des années 2000 a fait l'objet d'un rapport, publié par le haut-commissariat au Plan (HCP) fin 2022, sur "Les déterminants des transferts et des investissements des migrants marocains à l’étranger", où il apporte quelques explications à ce phénomène.
"D’abord par le nombre croissant de MRE au cours de la période et aussi par d’autres facteurs, dont le redéploiement des MRE vers des régions à hauts revenus comme l’Amérique du Nord ou le Golfe ; redéploiement qui s’accompagne d’un relèvement du niveau d’éducation et de qualification des MRE que les pays d’immigration demandent dans le cadre de politiques de migration choisie", explique le HCP.
"L’Enquête nationale migration internationale 2018-2019 – qui est la source principale de cette étude – révèle que quatre cinquièmes (83%) des MRE ont effectué des transferts d’argent au Maroc au cours de l’année qui a précédé l’enquête. En plus des transferts monétaires, 12% des MRE ont fait aussi des transferts sous forme de biens", poursuit la même source. "De même la valeur des transferts d’argent est relativement élevée ; le montant annuel moyen d’argent envoyé par les MRE ayant effectué des transferts au cours des douze mois précédant l’enquête s’élève à 47.500 DH. La valeur moyenne des biens envoyés au cours de la même période est plus modeste, 6.630 DH".
Cela dit, le rapport ne s'arrête par sur la hausse fulgurante des transferts enregistrée pendant la crise Covid, qui avait marqué un point d'inflexion, le volume étant passé de 68 MMDH en 2020 à 95,4 MMDH. Une envolée qui avait intrigué et surpris les autorités monétaires et financières qui pensaient que le phénomène finirait par s'essouffler.
Mais, contre toute attente, les transferts vont depuis lors de record en record.
Sans trop s'attarder sur les raisons derrière cette hausse, solidarité, fiscalité ou autres, il y a un point sur lequel tout le monde s'accorde, c'est que cette croissance soutenue témoigne de l'intérêt que portent les MRE à leur pays d’origine et à son développement.
Faciliter l'investissement à la diaspora marocaine
La faiblesse de leur participation à l'investissement, ne dépassant pas 10%, est donc un indicateur alarmant qui appelle à une révision des dispositifs actuels qui ne facilitent pas l'acte d'investir pour cette communauté.
Cette révision devrait être menée en coordination étroite avec les CRI et les fonds publics, et en partenariat avec les banques marocaines, afin d'ouvrir un nouvel horizon aux investissements des MRE au Maroc.
Qui investit ? À ce sujet, l'étude du HCP avance que 2,9% des MRE seulement investissent au Maroc. Sur ces 2,9%, il y a plus d’hommes que de femmes. L’investissement augmente avec l’âge et la durée migratoire. Il varie aussi en fonction du pays d’accueil.
Dans quels secteurs ? Concernant les secteurs d’investissement, l’immobilier au sens large (comprenant la construction et l’acquisition de terrains non agricoles) a, comme des enquêtes précédentes l’avaient montré, la préférence des MRE ; il atteint 60,4%. Viennent ensuite l'agriculture (19%), le commerce (5,5%), les restaurants et cafés (4,5%) et les autres services (6,0%).
La réforme des instances en charge des MRE, ordonnée par le Roi Mohammed VI, permettra donc de donner de la cohérence à l'architecture institutionnelle des instances dédiées à la diaspora marocaine, et permettra une plus grande efficacité des programmes qui leur seront adressés.
Cette réforme repose, pour rappel, sur deux piliers. D'un côté, le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) : institution constitutionnelle, à rôle délibératif et consultatif.
De l'autre, la Fondation Mohammédia des Marocains résidant à l’étranger. Il s'agit d'une nouvelle agence publique qui sera créée, avec la vocation d’être le "bras opérationnel" de la politique publique en direction des MRE.
La nouvelle agence a pour vocation de regrouper les attributions, aujourd’hui éparpillées entre une multitude d’acteurs. Elle aura aussi comme missions :
- préparer et assurer la coordination et la mise en œuvre de la Stratégie nationale des MRE ;
- la gestion du Mécanisme national de mobilisation des compétences MRE ;
- coordonner/animer les actions d’encadrement linguistique, culturel et cultuel, et porter la voix et les attentes des MRE auprès des différentes administrations et institutions nationales ;
- ouvrir un nouvel horizon aux investissements des MRE au Maroc.