img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Mohamed Hdid : “La lutte contre l'érosion fiscale et les normes internationales ne doivent pas nous faire oublier les priorités nationales”

En marge du 16ᵉ Colloque International de Finances Publiques, organisé à la Trésorerie Générale du Royaume (TGR), Mohamed Hdid, expert-comptable, auditeur et conseiller financier, président de la commission fiscale à la Chambre de commerce internationale (ICC-Maroc), a offert une perspective éclairée sur l’érosion fiscale internationale, un phénomène qui sape progressivement les ressources fiscales des États, en mettant en lumière les enjeux de cette problématique et les stratégies à adopter. Verbatim.

Mohamed Hdid : “La lutte contre l'érosion fiscale et les normes internationales ne doivent pas nous faire oublier les priorités nationales”
Ph. MEDIAS24
Par
Le 4 novembre 2024 à 18h03 | Modifié 4 novembre 2024 à 18h17

Pour Mohamed Hdid, l’érosion fiscale peut être comparée à une usure lente, similaire aux forces naturelles qui érodent progressivement les matières solides. Contrairement à l’évasion fiscale, qui s’apparente à une fuite soudaine, l’érosion des bases fiscales résulte d’une organisation légale mais stratégique, affaiblissant progressivement les ressources fiscales des États.

"Quand on revient au terme érosion, c'est éroder, c'est quoi ? C'est le fait de diminuer de manière progressive et lente. Donc, c'est une action lente, progressive, continue, qui diminue la substance à laquelle elle s'apparente. L’érosion n’est pas une infraction, mais un mode d’organisation qui peut être conforme aux lois tout en diminuant les bases fiscales nationales. Comme l’eau qui érode le lit d’une rivière, l’érosion fiscale grignote les ressources fiscales sans nécessairement violer les règles", explique M. Hdid.

Cette distinction est essentielle pour aborder le problème dans toute sa complexité. Bien que l’érosion fiscale n’entraîne pas de violations légales directes, elle constitue néanmoins un manque à gagner considérable pour les États.

Un défi économique mondial majeur

M. Hdid a souligné l’ampleur du problème en citant l’OCDE, qui estime que l’érosion et l’évasion fiscales coûtent aux États entre 4% et 10% des recettes mondiales de l’impôt sur les sociétés (IS). La globalisation, couplée à la complexité croissante des transactions et à la digitalisation de l’économie, a amplifié ce phénomène. "Bien que l’érosion des bases fiscales soit difficile à quantifier précisément, l’OCDE estime que ce phénomène coûte chaque année entre 100 et 240 milliards de dollars aux États. Cette somme est un manque à gagner considérable pour les finances publiques et fragilise les systèmes fiscaux, surtout dans les pays en développement", clarifie-t-il.

Ce phénomène dépasse désormais le cadre technique pour devenir un véritable défi politique, nécessitant une coopération accrue pour préserver la souveraineté fiscale des pays.

Le Maroc et l’érosion fiscale : une adaptation aux normes internationales

Conscient de l’impact de l’érosion fiscale, le Maroc s’est engagé activement dans la lutte contre ce phénomène en intégrant les recommandations de l’OCDE et en adaptant sa législation en conséquence. M. Hdid décrit les principales mesures mises en place, illustrant ainsi l'engagement du Royaume à s'aligner sur les standards internationaux tout en tenant compte des réalités économiques nationales.

"Le Maroc a adhéré au cadre inclusif de l'OCDE. Et depuis, on a mis en place un certain nombre de mesures qui nous permettent justement de nous conformer à ce qu'on a pris dans ce cadre-là et également à lutter contre l'érosion ou l'évasion : l'article 213 du Code général des impôts, la possibilité d'avoir un accord préalable sur les prix de transfert, la demande de consultation préalable, la lutte contre l'abus de droit, la déclaration pays par pays donc qui est entrée en vigueur, la documentation des prix de transfert qui est devenue une obligation même si les textes d'application ne sont pas encore publiés, et tous les dispositifs de droits de communication notamment et d'échanges d'informations", souligne Mohamed Hdid.

Ces dispositifs permettent à l’administration fiscale de suivre de près les transactions internationales et de détecter d’éventuelles stratégies d’érosion.

Vers une gouvernance fiscale durable et adaptée aux réalités nationales

Pour M. Hdid, la mise en place de mesures contre l’érosion fiscale doit être envisagée de manière pragmatique et adaptée aux besoins des pays en développement. Si le Maroc se conforme aux normes internationales, il doit néanmoins préserver une certaine flexibilité pour continuer d’attirer les investissements étrangers sans risquer de perdre des recettes fiscales. "La mise en place d’un taux d’imposition minimum global, par exemple, doit nous amener à réfléchir sur nos pratiques en matière d’exonérations fiscales. Accorder des incitations fiscales aux multinationales n’a plus de sens si elles finissent par payer un minimum de 15% dans leur pays d’origine. Il est essentiel d’adopter des politiques fiscales qui répondent aux intérêts nationaux et qui encouragent une véritable contribution des entreprises", ajoute-t-il.

En insistant sur l’importance d’une fiscalité pragmatique et équilibrée, M. Hdid appelle à une gouvernance fiscale qui évite la "sur-régulation" et qui permette aux contribuables de se conformer aux règles sans éprouver de "l’angoisse fiscale".

Pour une approche proactive et mesurée face aux défis fiscaux mondiaux

M. Hdid conclut son intervention en soulignant l’importance pour le Maroc de maintenir une approche mesurée face à la fiscalité internationale. Bien que l’adhésion aux normes de l’OCDE et de l’ONU soit indispensable, le Maroc doit adapter ces dispositifs aux particularités de son économie, afin de préserver sa souveraineté fiscale et de promouvoir un environnement attractif pour les investisseurs.

"La lutte contre l’érosion fiscale internationale est une nécessité pour préserver les ressources fiscales des États. Toutefois, cette lutte ne doit pas nous faire oublier les besoins de développement et les priorités nationales. Nous sommes dans un pays à revenu intermédiaire, un pays en développement. Il est crucial de maintenir un équilibre entre l’adaptation aux normes internationales et la protection de notre souveraineté économique", conclut l'expert-comptable.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 4 novembre 2024 à 18h03

à lire aussi

الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر
Arabic Content

Article : الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر

على الرغم من أن الجزائر حصلت على نائب رئاسة الاتحاد الأفريقي، إلا أن المغرب هو الذي يستفيد من الوضع، مؤكدًا نفسه كقوة لا يمكن تجاهلها. تحقيق حول تأثير متزايد.

BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque
Quoi de neuf

Article : BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque

BMCE Research redéfinit la prime de risque actions, révélant une baisse significative et un marché en pleine mutation, soutenu par des anticipations optimistes.

Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”
gitex 2025

Article : Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”

Lors du Gitex Africa 2024, l’interview avec Amir Rao, directeur de la gestion des produits Telco chez AWS, dans le M24 Live Studio a mis en lumière les ambitions et les initiatives de l'entreprise en collaboration avec Orange pour déployer des zones AWS WaveLAN au Maroc et au Sénégal. Cette collaboration vise à renforcer l'écosystème technologique africain, à favoriser l'innovation et à répondre aux exigences réglementaires locales.

Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie
NATION

Article : Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie

Bien que l'Algérie ait sécurisé la vice-présidence de l'UA, c'est le Maroc qui tire son épingle du jeu, s'affirmant comme une puissance incontournable. Enquête sur une influence croissante.

Les horaires de prière à Casablanca pour le vendredi 17 avril 2026
PRIÈRES MAROC

Article : Les horaires de prière à Casablanca pour le vendredi 17 avril 2026

Voici les horaires de prière à Casablanca, la capitale économique du Maroc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité