Sur le gril. Hamza Naciri Bennani, DG de Glovo Maroc
Glovo Maroc boucle sa sixième année de présence sur le marché marocain. Dans cette interview exclusive accordée à Médias24, Hamza Naciri Bennani, directeur général de Glovo Maroc, partage ses réflexions sur les réalisations de l'entreprise, ses projets et ses ambitions dans un marché de plus en plus concurrentiel. Glovo occupe la première place du marché des plateformes de livraison du Quick Commerce (moins de 30 mn).
L’inauguration du nouveau siège de Glovo à Casablanca Finance City marque un tournant pour l’entreprise qui boucle ses six ans au Maroc. "Ce nouveau siège témoigne de notre engagement à long terme au Maroc et de notre ambition de faire du pays un hub stratégique pour notre développement régional", nous déclare le DG de Glovo Maroc. "Je suis convaincu que ce nouvel espace nous permettra non seulement de mieux servir nos utilisateurs, partenaires et livreurs, mais aussi de continuer à croître en attirant des talents locaux", poursuit le jeune patron de la plateforme technologique de livraison.
Le Maroc est notre porte d'entrée sur le continent africain, servant de siège régional et de modèle de lancement pour d'autres pays.
Glovo Maroc envisage d'aborder les prochaines années avec "la même dynamique de croissance et d'innovation"afin de consolider sa position sur le marché marocain. "L'entreprise s'est progressivement imposée comme un acteur clé de la transformation digitale au Royaume, contribuant à l'accélération de la digitalisation du tissu économique local. Aujourd’hui, une grande majorité de nos partenaires intègrent le volet digital à travers notre plateforme, ce qui leur permet de gagner en visibilité et de renforcer leurs opérations", explique-t-il.
Des chiffres pour étayer ces affirmations ? Glovo affirme qu'avec ses partenaires, il a généré une "valeur économique de 2,64 milliards de DH, créant ainsi 8.622 emplois à travers le Royaume", selon un rapport préparé en collaboration avec l’institut d’études Statista, en 2023.
Toutefois, l'expansion et le développement de la plateforme de livraison n'est pas exempte d'enjeux majeurs et de critiques, notamment dans sa gestion des relations avec son écosystème à savoir les commerçants partenaires et les livreurs.
Plus de 5.500 coursiers auto-entrepreneurs utilisent notre plateforme pour générer des revenus à travers le Royaume.
- Médias24. Vous êtes présents au Maroc depuis six ans et vous dites vouloir investir davantage dans le Royaume. Quelles sont les raisons ayant conduit à cette décision d’investissement ?
Hamza Naciri Bennani. Le Maroc est un marché très important pour Glovo, c’est le premier marché que nous avons lancé en Afrique. Notre décision d'investir au Maroc faisait partie d’une stratégie plus large d'expansion sur le continent africain.
Le choix a été assez simple, car le Royaume offre une position géographique stratégique, un environnement favorable aux affaires, un excellent taux de pénétration mobile, des taux d'urbanisation élevés et des talents locaux de premier ordre - tous ces éléments nous ont conforté dans l'idée de nous établir au Maroc en 2018.
À ce jour, nous avons établi plusieurs partenariats stratégiques avec des entreprises locales pour proposer un contenu plus diversifié à nos utilisateurs. Des partenariats dans les secteurs des courses à domicile et de l'électronique nous ont notamment permis d’élargir notre base d’utilisateurs et de fidéliser davantage les utilisateurs actuels.
Nous sommes constamment à la recherche d'innovations et de nouveautés, et nous travaillons actuellement à l’intégration de nouveaux partenaires et de nouvelles technologies qui nous permettront de proposer un contenu plus diversifié et une expérience utilisateur plus fluide.
- Combien avez-vous investi à ce jour ?
Je n’ai pas les chiffres exacts , mais il est important de comprendre d'abord comment fonctionne un business de livraison. Au début, il est nécessaire d'investir massivement en marketing, car les gens ne vous connaissent pas encore. Il faut également investir dans l'opérationnel, car il est essentiel de garantir un revenu aux livreurs.
Car les premières commandes sont souvent insuffisantes, et l'équilibre entre l'offre et la demande n'est pas encore établi. Il est impossible de prévoir combien de commandes seront passées : 10 par heure ? 25 ? C'est pourquoi nous garantissons un revenu minimum aux livreurs.
Glovo investit aussi dans ses équipes, car développer un réseau demande un effort commercial très intense. On pourrait penser qu'il est anormal qu'un restaurateur ne travaille pas avec Glovo au Maroc. En réalité, nous estimons qu'il y a environ 40.000 restaurants au Maroc, et seuls 4.000 d'entre eux sont partenaires de Glovo, ce qui représente un taux de pénétration de 10 %.
- Le marché marocain compte déjà plusieurs acteurs dans le domaine de la livraison. Comment êtes-vous arrivés à vous faire votre place actuelle?
- Notre approche repose sur de nombreux piliers, notamment une interface technologique fluide et fiable, un service client performant à l’écoute des utilisateurs et une offre diversifiée.
La satisfaction des utilisateurs est importante et notre partenariat avec Intelcia au Maroc joue un rôle clé dans ce sens : aujourd’hui, nous avons plus de 250 agents à temps plein à Meknès qui traitent quotidiennement les requêtes des utilisateurs, avec un score de satisfaction de 4,4/5 à ce jour.
L'innovation continue est un autre pilier fondamental, nous introduisons régulièrement de nouvelles fonctionnalités et services pour répondre aux besoins changeants des consommateurs marocains. Ces services permettent également d'améliorer l'utilisation par nos partenaires et coursiers, assurant ainsi une expérience optimale pour tous les acteurs impliqués.
Je suis convaincu que notre engagement envers notre écosystème est également un élément clé qui nous permet de nous rapprocher encore davantage de nos utilisateurs et partenaires.
Actuellement, nous menons plusieurs initiatives visant à renforcer les compétences de nos partenaires et l’écosystème des coursiers, actions qui sont grandement appréciées et qui favorisent une plus grande proximité avec eux. Par exemple, en 2024, nous avons organisé 14 ateliers de formation à travers le Royaume, axés sur le marketing digital, entre autres sujets.
En moyenne, nos partenaires constatent une augmentation de 15-20 % de leur chiffre d'affaires grâce à notre plateforme.
- Quelle part de marché détenez-vous actuellement ?
- Il est très difficile d'évaluer précisément notre part de marché. Nous avons deux méthodes pour la calculer : soit en fonction des commandes, soit en fonction des téléchargements.
Si l'on se base sur les téléchargements, une donnée publiquement disponible, nous sommes sur environ 60 % des téléchargements parmi toutes les applications de livraison disponibles au Maroc.
- Qu’en est-il de votre chiffre d’affaires actuel et comment a-t-il évolué durant ces 6 ans ?
- Notre chiffre d'affaires consolidé en 2023 est de 505,4 millions de DH.
Depuis notre établissement au Maroc, Glovo a connu une croissance constante. Notre chiffre d'affaires (CA) a évolué d'environ 40% chaque année.
Cette croissance est cruciale pour nous, car nous avons investi de l'argent à perte pendant les cinq premières années. Il était donc essentiel d'atteindre un certain volume d'affaires pour commencer à dégager une rentabilité et renforcer la confiance des investisseurs dans le marché marocain.
- Et en matière de rentabilité ? Êtes-vous rentable après six ans d’activité ?
- Nous avons atteint un tournant significatif en 2023 en enregistrant notre premier résultat opérationnel positif, après plusieurs années de pertes et d’investissements. Pour nous, atteindre la rentabilité est crucial, car cela envoie un message fort à nos partenaires.
C’est une nouvelle particulièrement rassurante pour nos partenaires et investisseurs, car elle confirme la viabilité et la durabilité de notre modèle économique au Maroc.
Ce résultat positif nous permettra de continuer à investir dans le marché marocain et à améliorer les services que nous offrons à nos clients et partenaires.
- Et quel était votre résultat d’exploitation ?
- Nous ne pouvons pas partager le résultat précis, mais nous pouvons vous dire qu'il n'est pas aussi élevé que l’on pourrait le croire.
Prenons ce chiffre d'affaires et divisons-le par le volume d'affaires de Glovo, qui s'élève à 2,5 milliards de DH. Cela donne un taux de capture de valeur de 20 %, ce qui inclut les frais de livraison, les abonnements Prime, la visibilité, ainsi que les frais de commissions.
Qu'est-ce qui rend un business-model comme le nôtre, si challenging ? Pourquoi tant de sociétés ferment-elles ? Lorsque nous travaillons avec des acteurs de la grande distribution, leur marge brute est beaucoup plus faible en comparaison avec la restauration. Ainsi, les commissions que nous percevons restent relativement faibles, ce qui fait que, sur certaines courses, notre marge brute est quasiment nulle, voire négative si l'on ajoute les coûts salariaux.
Avec les grandes chaînes de restauration, la commission est moyenne, pas aussi faible, mais raisonnable. Ces grandes enseignes investissent également beaucoup en marketing, ce qui nous amène du trafic.
Pour le reste des restaurateurs qui n'investissent pas en marketing, nous prenons en charge cet investissement pour eux.
Lors de la définition du modèle de commission, il est crucial de créer un partenariat gagnant-gagnant. Et ce qui est sûr c’est qu’il faut rester humble et ne pas se reposer sur ses lauriers.
Au Maroc, nous pensons que la pénétration digitale est encore faible, et que Glovo représente un moyen d'inclusion financière, digitale, sociale et économique. Pour favoriser cette inclusion, il est essentiel que chaque partie prenante de l'écosystème y trouve son compte, y compris les livreurs qui doivent être satisfaits.
- Pour comprendre votre modèle de rémunération : vous affichez sur votre plateforme des tarifs de 30% pour les frais de livraison ou de 15% pour les frais de collecte. Ce pourcentage est payé par le commerçant sur le sous-total de la commande pour chaque commande traitée sur la plateforme. A cela s'ajoutent les frais de livraison payés par le client qui effectue la commande. Ne pensez-vous pas que ces tarifs sont élevés pour un marché comme le Maroc ?
- Actuellement, la commission maximale que nous appliquons au Maroc est de 28% pour le secteur de la restauration, ce qui reste inférieur à certains standards internationaux. Par exemple en France, le minimum est de 32 % hors taxes.
Cette commission est discutée avec le partenaire lors de son inscription et peut varier en fonction de plusieurs critères, notamment le secteur concerné. Nous nous ajustons évidemment aux marges des différents secteurs, car le profil de marge et le panier moyen diffèrent d'un secteur à un autre (électronique, courses, fleurs, etc.).
Notre métier ne se résume pas uniquement à la livraison, ces frais de commission couvrent plusieurs éléments : une plateforme en ligne complète pour gérer sa boutique virtuelle, un service client avec plus de 250 agents à temps plein, le marketing, un accompagnement commercial, la livraison, la gestion des risques opérationnels, les coûts de gestion des paiements et du cash, entre autres. Nous sommes confiants dans notre proposition de valeur, car nous donnons la possibilité aux commerçants de déléguer leurs départements marketing et logistique à Glovo.
En ce qui concerne les frais de livraison, ils permettent principalement de rémunérer les coursiers. Mais il faut savoir qu'aujourd'hui, plus de 30% des utilisateurs sont abonnés Glovo prime, un abonnement qui offre la livraison illimitée à un prix très abordable de 20 DH par mois. C'est un choix d’investissement que nous proposons pour attirer de nouveaux clients pour nos partenaires et les fidéliser.
- Ce n’est pas un exercice d'équilibriste que de préserver les marges des commerçants tout en maintenant la rentabilité de votre modèle ?
- Notre intérêt c’est que notre association réussisse, c’est intrinsèque ; si nos partenaires gagnent, nous gagnerons aussi. Aujourd’hui, notre plateforme permet aux partenaires de créer une boutique virtuelle qui leur permet d’atteindre de nouveaux clients et d’augmenter leur chiffre d’affaires. En moyenne, nos partenaires constatent une augmentation de 15-20 % de leur chiffre d'affaires grâce à notre plateforme.
Outre la logistique - qui couvre aussi l'assistance à la clientèle - les partenaires bénéficient également d’outils numériques, de ressources marketings et d'informations commerciales qui leur permettent de mieux saisir le marché et gagner en performance.
Les frais de commission sont adaptés à chaque partenaire, selon des fourchettes qui prennent en compte un ensemble de variables, notamment le secteur d’activité.
Au-delà, notre engagement à soutenir les partenaires marocains dans leur transformation numérique s’est aussi concrétisé par la création de la Glovo Partner Academy. Ce programme de formation en présentiel est conçu pour renforcer les compétences en gestion commerciale, financière et en marketing digital.
- N’y a-t-il pas une sorte de dépendance économique des restaurateurs à votre égard ?
- Nous pensons que ce n'est pas le cas. Glovo est un véritable apporteur de chiffre d'affaires pour les restaurateurs. Si ces derniers souhaitent eux-mêmes opérer un service de livraison en interne, avec des standards internationaux, le coût serait bien supérieur à ce qu'ils peuvent nous verser.
En effet, lorsqu'on prend en compte les investissements en marketing, la publicité sur les plateformes pour générer des commandes, le paiement des annulations, les frais de paiement, la rémunération des livreurs, ou encore la gestion de la fraude (comme lorsque le livreur récupère une commande mais ne trouve pas le client), le coût devient rapidement très élevé.
Le restaurateur doit supporter toutes ces charges s'il choisit d'assurer lui-même la livraison. Il y a donc deux marchés distincts : celui des clients qui préfèrent se rendre sur place et celui de la livraison à domicile.
Chaque restaurateur peut décider s'il souhaite se concentrer uniquement sur la clientèle sur place, ou s'il souhaite également augmenter son chiffre d'affaires en optimisant ses coûts fixes grâce à un service de livraison.
- Le prix proposé par un restaurateur est-il le même sur votre plateforme qu'au restaurant ?
-Cela dépend. En premier lieu, chaque restaurateur est responsable de sa politique de prix. C'est à lui de décider du tarif qu'il applique sur chaque canal de vente. Nous ne pouvons pas lui imposer un prix spécifique.
Certains restaurateurs choisissent d'afficher les mêmes prix que sur place, tandis que d'autres préfèrent répercuter une partie de la commission sur le prix payé par les utilisateurs. Glovo recommande toutefois de ne pas procéder de cette manière.
La logique que nous proposons aux restaurateurs repose sur un équilibre entre volume de ventes et prix. Bien entendu, si un restaurateur augmente ses prix, il bénéficiera d'une plus grande marge unitaire, mais son volume de ventes risque de diminuer.
À l'inverse, des prix compétitifs entraîneront une marge plus faible, mais attireront un plus grand nombre de clients.
- Par ailleurs, la situation sociale des livreurs, souvent des travailleurs indépendants, pose débat dans votre secteur. Combien reste un livreur chez Glovo et combien gagne-t-il en moyenne ?
- Aujourd’hui, plus de 5.500 de coursiers auto-entrepreneurs utilisent notre plateforme pour générer des revenus à travers le Royaume. Ces coursiers ont des profils et horizons différents, et la flexibilité qu’offre notre plateforme, c'est-à-dire la possibilité de choisir leurs horaires en autonomie, leur permet souvent de concilier études, projets personnels et travail.
Selon nos enquêtes, cette flexibilité est une des motivations principales pour les coursiers. Notre objectif est que cette flexibilité et la protection sociale doivent aller de pair, et c’est pour cela que nous leur offrons une panoplie d'avantages sociaux, indépendamment de la fréquence d’utilisation de notre application. Cela inclut une assurance individuelle en cas d’accidents et d’hospitalisation, une indemnité en cas de parenté, ainsi qu’une plateforme gratuite d’e-learning gratuite, parmi d’autres.
Pour répondre à votre question, sur 100 livreurs que nous intégrons, 40 quittent après six mois, tandis que 60 restent. Nous avons donc un taux de rétention de 60 % au bout de six mois.
En réalité, nous faisons mieux en termes de rétention que dans les marchés plus développés. Bien sûr, nous en sommes très satisfaits.
Le renouvellement de la flotte est également un aspect important pour nous. En Occident, le SMIC sur lequel les sociétés de livraison se positionnent est déjà élevé, ce qui réduit la proposition de valeur. Ici, au Maroc, la proposition de valeur est exceptionnelle.
Parmi les livreurs travaillant à plein temps, le revenu moyen mensuel est de 6.300 DH, hors pourboires, qui représentent en moyenne 20 % de ce montant.
En termes de dépenses, un livreur doit compter environ 1.500 DH pour les frais de carburant. Ainsi, un livreur à plein temps peut espérer un revenu net minimum de 5.000 DH.
- Il n'en demeure pas moins que ces coursiers ont intérêt à faire le maximum de courses pendant un certain laps de temps donné. C'est ce qui explique aussi les débordements que nous voyons sur nos routes…
- Nous sommes conscients de la problématique liée à la conduite de certains livreurs, C'est pourquoi nous avons mis en place des garde-fous et nous travaillons à les renforcer. Actuellement, nos livreurs ne peuvent pas travailler plus de 10 heures par jour, mais la plupart d'entre eux effectuent bien moins d'heures en moyenne.
Nous allons également introduire une nouvelle solution technologique qui analysera les données de conduite des livreurs et générera un "safety score" afin de les récompenser ou les sensibiliser selon leur conduite. Ce système sera capable de détecter les comportements risqués, tels que les slaloms, l'utilisation du téléphone en plein trajet, ou le dépassement de la limite de vitesse. Cependant, il ne pourra pas identifier le non-respect des feux rouges ou la circulation sur les voies de tramway.
Bien que nous ne puissions pas l'éradiquer complètement, notre objectif est de mettre en place des leviers technologiques et des mécanismes d'incitation pour réduire ce phénomène.
Nous travaillons actuellement sur la recherche et le développement pour adapter le système de télématique au Maroc. Il reste des défis techniques à relever, mais nous prévoyons de lancer ce système dans les prochains mois.
- Il y a aussi l’impact environnemental, notamment en matière d’utilisation des véhicules et de gestion des emballages ?
- Aujourd’hui, bien que nous ne puissions pas imposer aux coursiers des véhicules spécifiques, nous les encourageons activement à considérer des alternatives écologiques. À titre d'exemple, nous collaborons avec Vely Vélo, une startup marocaine spécialisée dans la location, le suivi et la maintenance des vélos électriques pour les professionnels de la livraison. Aujourd’hui, plusieurs coursiers bénéficient de prix préférentiels avec Vely Velo et utilisent leurs vélos à travers le Royaume.
En ce qui concerne les emballages, nous offrons des alternatives éco-responsables à nos partenaires via la sélection d'emballages durables disponibles sur notre site Glovo Store. Cela permet à nos partenaires de contribuer à la réduction des déchets plastiques et de soutenir des pratiques plus respectueuses de l’environnement.
La lutte contre le gaspillage alimentaire est aussi un sujet critique, et nous travaillons avec l’association Colibghiti, qui est spécialisée dans la redistribution des denrée alimentaires non consommées à différentes associations, initiative qui nous a permis, en 2023 seulement, d’éviter le gaspillage de plus de 1442 Kg de nourriture, distribuer 5784 repas et éviter l’émission de 2.8 tonnes de CO2.
- Est-ce que Glovo a des dark stores ?
- Oui, nous avons Glovo Market. Ce sont des supermarchés virtuels que nous avons lancés il y a deux ans. Nous avons identifié un besoin des consommateurs qui n'étaient pas entièrement satisfait par la proposition de valeur actuelle, qui se résume principalement aux courses physiques.
Ce besoin se manifeste de plusieurs manières. Premièrement, la couverture horaire : ces magasins sont ouverts de 7h du matin à 4h du matin, alors que la grande distribution traditionnelle fonctionne généralement de 9h à 21h ou 22h.
Deuxièmement, la fiabilité des stocks : nous n'étions pas maîtres de notre expérience client et ne pouvions garantir la disponibilité des produits. Cela entraînait des commandes annulées ou la réception de produits différents de ceux commandés.
Troisièmement, un besoin d'assortiment différencié : les consommateurs souhaitaient des produits plus innovants et variés. Chez Glovo, nous sommes fiers de promouvoir des marques marocaines, qu'il s'agisse de coopératives ou de jeunes entrepreneurs. En effet, les processus de référencement dans la grande distribution sont souvent très compliqués. Si un entrepreneur souhaite voir son produit en rayon, cela nécessite de remplacer un autre produit ou de réduire l'espace alloué à une marque déjà en contrat, ce qui est difficile en raison de l'espace limité des rayons.
Grâce au digital et à la flexibilité de nos dark stores, nous sommes en mesure de surmonter ces contraintes. Nous sommes fiers d'avoir accompagné plusieurs marques marocaines qui ont commencé chez nous, ont obtenu des résultats encourageants, puis ont pu utiliser ces résultats pour convaincre d'autres acteurs du marché de l'intérêt de leurs produits et de la demande des consommateurs marocains.
Nous avons aujourd'hui, sept Glovo Markets : Deux à Casablanca (Oasis et Bir Anzarane), puis un à Mohammedia, Tanger, Marrakech, Rabat, et on est en train de lancer un nouveau dans les prochains jours à Agadir.
- Et quel est le périmètre prévu pour chaque Glovo Market ?
- Le trajet ne doit pas dépasser 10 à 15 minutes.
- Est-ce que ces Glovo Markets sont rentables ?
- Les stores matures dans les villes matures sont rentables, mais pas encore pour les stores qu'on vient de lancer.
- Qu’en est-il de la rubrique "Boutique" disponible sur votre application ?
- C'est toute la logique retail. C'est une sorte de mall qui contient plusieurs magasins, commerces de proximités et marques partenaires.
- Est-ce que cette rubrique est dédiée aux marques qui n'ont pas la taille suffisante pour créer leur propre retail ?
- Non, pas nécessairement. Il s'agit d'une proposition de valeur complémentaire. Par exemple, nous avons Wlidaty, un site de e-commerce qui propose des produits pour bébés.
Avec ces partenaires, même si le besoin n'est pas toujours immédiat, nous nous efforçons de respecter le principe du Quick-commerce et de livrer en moins de 30 minutes.
- Vous restez donc dans votre segment en garantissant des délais de livraison très courts.
- Nous pensons que le monde est en pleine transformation. L'e-commerce classique, dans le style d'Amazon, où l'on commande sur un site web et reçoit le produit le lendemain, n'est pas encore développé au Maroc. C'est un fait.
Il y a eu trois générations de commerce : la première est le commerce traditionnel, avec des magasins physiques ; la deuxième est l'e-commerce, avec ou sans magasin physique, où la livraison prend généralement un jour ou plus ; et la troisième est le quick-commerce. Nous sommes conscients que le quick-commerce ne pourra jamais totalement remplacer l'e-commerce.
Pour nous, le service de quick-commerce est essentiel, notamment à Casablanca. Cependant, il est moins pertinent dans d'autres villes, comme Meknès, où l'offre de retail est plus limitée, ce qui réduit les opportunités pour le quick-commerce.
- Est-ce qu'il y a d'autres produits que vous allez lancer ?
- Nous avons lancé un produit appelé Logistics as a Service (LaaS). Ce service permet aux restaurateurs et aux e-commerçants d'attirer leurs clients via leurs propres canaux tout en faisant appel à nous pour la livraison.
- Mais est-ce qu'à terme, vous envisageriez un modèle consistant à regrouper plusieurs marques et à livrer des détaillants ou des épiciers ?
- Non, nous ne considérons pas cette option. Il est très important pour nous de rester fidèles à notre vision et à notre cœur de métier.
- Proposez-vous à des partenaires de vendre des abonnements ou d'effectuer des recharges téléphoniques via votre application ?
- Oui, les utilisateurs peuvent aujourd'hui recharger leur téléphone directement à partir de l'application Glovo. Nous avons mis en place cette fonctionnalité en partenariat avec une start-up marocaine appelée Wafr.
- Des clients avaient signalé des transactions non autorisées et des piratages de comptes bancaires après avoir utilisé l’application Glovo. Avez-vous identifié la source de ces incidents ?
- Nous sommes conscients des préoccupations exprimées et de la frustration générée, mais il est important de contextualiser ces incidents : toutes les données bancaires insérées sur notre application sont sécurisées, cryptées et stockées dans un serveur, conformément aux normes internationales de sécurité des transactions en ligne PCI DSS. Nous ne stockons donc aucune donnée bancaire de nos utilisateurs et aucune fuite de données n’a été notifiée.
Ces incidents, que nous prenons très au sérieux, sont pour la majorité liés au partage de cartes entre proches ou à l'utilisation de cartes préalablement piratées pour passer des achats sur notre plateforme.
Ces cas, que nous prenons toujours au sérieux, demeurent cependant marginaux grâce aux mécanismes de détection de risques et de sécurité que nous appliquons (3D-secure, etc.) et la masse des transactions traitées quotidiennement sur notre plateforme.
Ces incidents rappellent l'importance de l’éducation des utilisateurs en matière de protection de leurs données personnelles et nous travaillons à renforcer la sensibilisation sur les bonnes pratiques de sécurité numérique, tout en renforçant nos propres mécanismes de sécurité.
Actuellement, l'un de nos axes prioritaires est d'élargir notre gamme de services, notamment dans le domaine du Quick-Commerce
- Quelles sont les prochaines étapes pour Glovo au Maroc ?
- Glovo a investi pendant six ans au Maroc, un marché stratégique pour nous, nous y sommes fermement engagés à long terme. Le Maroc est notre porte d'entrée sur le continent africain, servant de siège régional et de modèle de lancement pour d'autres pays de la région.
De plus, nos résultats nous rendent totalement confiants en notre engagement ici et en la pérennité de notre activité au Maroc, malgré les complexités bien connues de notre modèle économique à l'échelle mondiale.
Glovo a encore de belles années devant lui au Maroc et notre vision demeure inchangée : nous souhaitons continuer à faciliter l'accès à tout ce qui se trouve dans la ville. Actuellement, l'un de nos axes prioritaires est d'élargir notre gamme de services, notamment dans le domaine du Quick-Commerce, afin de répondre aux besoins croissants des consommateurs pour des livraisons encore plus rapides et diversifiées.
Récemment, nous avons lancé "Glovo On Demand", un nouveau service spécialement conçu pour répondre aux besoins des professionnels du commerce et de la restauration. Ce service offre un accès à la demande à un réseau de coursiers à travers le Royaume, simplifiant ainsi les livraisons et facilitant la transition vers le e-commerce.
Le retail-media est aussi un pilier stratégique pour Glovo, que nous souhaitons développer davantage avec l’intégration de technologies avancées pour permettre aux marques de mieux engager leurs audiences via notre application. Nous prévoyons également d'intensifier nos efforts pour améliorer davantage l'expérience utilisateur en introduisant de nouvelles fonctionnalités et technologies sur notre application.