“60% des étudiants en médecine ont rejoint les amphithéâtres” (Miraoui)
Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation, Abdellatif Miraoui, a annoncé que le nombre d’étudiants en médecine boycottant les cours jusqu’à la session d’octobre ne dépasse pas 40%, tandis que 60% ont été convaincus de revenir aux amphithéâtres grâce au dialogue entamé depuis le mois de juin.
Abdellatif Miraoui, qui s’exprimait lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants, le lundi 21 octobre, a déclaré que "le gouvernement avait présenté, en juin, une offre globale répondant aux demandes des étudiants", ajoutant que "cette offre avait apporté un certain nombre de réponses claires aux questions soulevées par les étudiants et fourni des solutions réalistes aux contraintes identifiées, en précisant toutes les mesures nécessaires pour garantir la mise en œuvre des engagements du gouvernement à cet égard".
Il a également affirmé que "la question des années d'études n'est plus d'actualité, puisque nous avons adopté la 7e année à titre facultatif".
Le responsable gouvernemental a rappelé que "les groupes parlementaires étaient intervenus en juillet dernier, aussi bien ceux de l'opposition que ceux de la majorité, pour servir de médiateurs et tenter de convaincre les étudiants de retourner à la faculté et de sauver l'année universitaire". Il a précisé que "dans un esprit de réactivité positive vis-à-vis de cette médiation, des sessions exceptionnelles ont été programmées afin de permettre aux étudiants de compléter leurs examens et de poursuivre leurs études lors de la session du 5 septembre, pour le premier semestre, et celle du 7 octobre, pour le second semestre".
Le ministre a poursuivi que "l'institution du Médiateur du Royaume a elle aussi ouvert un dossier concernant les étudiants en médecine et en pharmacie au début du mois de septembre, et y travaille encore actuellement". Il a souligné que, "pour soutenir cette initiative, le ministère a fourni toutes les explications et les précisions concernant l'offre gouvernementale proposée en juin, et a informé le Médiateur de sa réactivité par rapport à tous les points contenus dans le cahier des revendications des étudiants, tout en précisant les procédures prises par l'administration pour mettre en œuvre la proposition gouvernementale".
D'autre part, le ministre a noté que "le dossier des étudiants en pharmacie a été réglé, ceux-ci ayant repris leurs études, tandis que le dossier de régularisation des étudiants en médecine reste ouvert". Il a ajouté que "quatre points demeurent en suspens : la durée de la formation, les sanctions disciplinaires, les bureaux des étudiants et la programmation des examens".
Face aux chiffres avancés par le ministre, Saïd Serrar, député du groupe haraki, a estimé que "le ministère a excellé dans la création des tensions", soulignant que "jusqu'à présent, 97 % des étudiants boycottent les examens". Il s’est interrogé : "Qu'est-ce qui empêche d'exempter les anciens étudiants de cette réforme et de ne l'appliquer qu'aux nouveaux étudiants ?".
Le même député a ajouté que "la décision devrait être définitive", précisant que "recourir à l'institution du Médiateur est un signe de l'échec du ministère dans la gestion de cette crise et du recours aux groupes parlementaires, sans que le ministère parvienne à mettre fin aux tensions et à résoudre le problème".
Il a demandé "l'intervention directe du chef du gouvernement pour résoudre cette crise", insistant sur le fait que "le dossier est désormais devenu problématique en raison de l'attachement du gouvernement à la durée de six ans, bien que les étudiants rejettent catégoriquement cette solution".
De son côté, Mustapha Ibrahimi, membre du groupe parlementaire de la justice et du développement (PJD), a qualifié les chiffres avancés par le ministre concernant les étudiants ayant rejoint les facultés de médecine de "surprenants", affirmant que "moins de 5% ont effectivement repris leurs études".
Le député a estimé qu'il s'agissait de "la plus longue crise qu'aient connue les facultés de médecine à ce jour, sans que le gouvernement ne soit capable d'intervenir pour la résoudre", critiquant "le retard dans la recherche d'une solution à cette crise qui touche environ 25.000 étudiants".
En réponse aux interventions des députés, Abdellatif Miraoui a affirmé qu'"en 2019, sous le gouvernement précédent [mandat du PJD, ndlr], il avait été convenu de fixer la durée de formation en médecine et en pharmacie à six ans". Cette déclaration a été démentie ce mardi 22 octobre par Khalid Samadi, ancien secrétaire chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Celui-ci a en effet précisé que "ce point n'a jamais été, à aucun moment, inscrit parmi les sujets de discussion avec les étudiants en 2019, et encore moins l'objet d'un accord".
Sur le même sujet, Abdellatif Miraoui a insisté sur le fait que "cette réduction de la durée de la formation n'affectera pas la qualité de l'enseignement", précisant que "tous les pays voisins, en particulier les pays européens, ont adopté une formation de six ans, voire de cinq ans au Royaume-Uni".
Le responsable gouvernemental a appelé à "éloigner les surenchères politiques de ce sujet", affirmant que "certains ont un intérêt dans cette crise". Il a souligné que "40% des étudiants doivent se voir offrir la possibilité de passer leurs examens".
Abdellatif Miraoui a également fait remarquer que "certains étudiants souhaitent reprendre leurs études, sans en avoir la possibilité", soulignant qu'"il faut coopérer avec eux pour résoudre cette problématique et les encourager à passer leurs examens".
En ce qui concerne les sanctions disciplinaires, le ministre a indiqué que "nous traiterons les étudiants en médecine de la même manière que les étudiants en pharmacie", précisant que "ce point (les sanctions disciplinaires) est désormais dépassé".
Concernant les bureaux des étudiants, le responsable gouvernemental a déclaré que "tous ces bureaux sont illégaux", précisant que "les bureaux ne doivent être dédiés qu'aux activités parallèles et culturelles, mais malgré cela, nous avons accordé un délai de six mois pour que ces conseils se conforment à la loi".
À propos de la programmation des examens, Abdellatif Miraoui a souligné que "la demande d'organiser deux sessions par semestre et de réduire les stages hospitaliers d'une année à trois mois n'est pas raisonnable", précisant que "les stages ne peuvent être réduits, même d'une journée".
"Nous avons proposé que la 7e année devienne facultative en la divisant en trois mois pour ceux qui souhaitent la compléter", a indiqué le ministre, ajoutant que "cette question n'est plus d'actualité",
Réponse des étudiants
La Commission nationale des étudiants en médecine, médecine dentaire et pharmacie a affirmé dans un communiqué que Abdellatif Miraoui a diffusé, sous la coupole du Parlement, un ensemble de contre-vérités, lesquelles ont été accueillies par un certain nombre de députés avec étonnement et scepticisme. Les étudiants en médecine ont insisté sur le fait qu'ils continueront de boycotter les cours et les examens jusqu'à ce que leurs revendications soient satisfaites et validées par un procès-verbal engageant toutes les parties concernées.
La Commission a mis en garde contre "toute intervention visant à anéantir les efforts conjoints et à ramener le dossier à son point de départ, quelle que soit la partie concernée". À cet égard, la Commission nationale des étudiants en médecine a estimé que toute tentative de reprogrammation des examens sans résoudre le problème et sans les inclure était vouée à l’échec, comme les précédentes, et ne ferait que déstabiliser l'unité estudiantine.
Elle a également exigé la levée immédiate, sans condition, de la décision de dissolution des conseils et des bureaux étudiants, ainsi que des sanctions infligées aux représentants des étudiants.
Par ailleurs, la Commission a salué les efforts de l'institution du Médiateur du Royaume, annonçant qu'elle maintient son attachement à cette médiation, la considérant comme sérieuse et responsable, susceptible de faire avancer un dossier longtemps marginalisé. Elle a également appelé cette institution à assumer ses responsabilités et à clarifier sa position vis-à-vis de l'opinion publique nationale concernant la manière dont le gouvernement et le ministère ont traité ce dossier.
Les étudiants ont souligné que leur mouvement de protestation a dépassé toutes les attentes, atteignant dix mois consécutifs de boycott de toutes les activités pédagogiques, y compris les cours théoriques, les examens et les stages hospitaliers, "résistant ainsi à toutes les tentatives de division des rangs des étudiants et de remise en cause de leur unité et de leur destin, malgré la diversité des points de vue et des opinions".
Enfin, la commission a annoncé son intention de tenir une conférence de presse la semaine prochaine afin de répondre aux déclarations faites par le ministre de tutelle.