Le séisme de Sidi El Makhfi à Ifrane n’a pas encore livré ses secrets
Un séisme de magnitude 4,5 a secoué la région de Sidi El Makhfi, le lundi 15 octobre 2024, provoquant des vibrations ressenties par de nombreux habitants de Timahdite et des environs. Bien qu'aucun dégât n'ait été signalé, son occurrence soulève des questions quant aux mécanismes à l'origine de cette sismicité.
Lundi 15 octobre à 10h01, un tremblement de terre de magnitude 4,5 sur l'échelle de Richter a été enregistré dans la commune de Sidi El Makhfi, à environ 35 kilomètres au sud d'Azrou. Ce séisme a été suivi, à 10h38, d'une réplique moins intense de magnitude 2,1, dont l'épicentre était situé dans la même zone.

Malgré l'absence de dégâts matériels ou humains, cette secousse a été fortement ressentie par la majorité des habitants aux alentours de l’épicentre, particulièrement à Timahdite où se trouve la plus proche grande agglomération aux alentours de l’épicentre. En dehors du cercle de Timahdite, le séisme a été à peine ou pas du tout ressenti, notamment par les habitants des étages supérieurs.
À noter que la région connaît une activité sismique "faible" depuis la semaine dernière matérialisée par deux secousses sismiques de faible magnitude n’ayant pas dépassé 2,5 sur l’échelle de Richter. L’épicentre de ces secousses a été localisé au nord de la ville d’Azrou et à 45 km par rapport à l’épicentre du séisme de 15 octobre 2024.

Les répercussions des séismes dans la région du Moyen Atlas
La région du Moyen Atlas n’est pas inactive sismiquement. Elle a connu par le passé des centaines de séismes à faible magnitude, une dizaine d’activités sismiques modérées (supérieures à 4,5) et trois séismes catastrophiques.
Dans les temps les plus reculés, la région a connu plusieurs séismes dévastateurs. Le plus meurtrier, survenu le 11 mai 1624, a eu pour épicentre la région de Fès, causant la destruction quasi totale de la ville et faisant des milliers de victimes. En 1755, un autre séisme d'une intensité estimée à IX sur l'échelle de Mercalli a ravagé Fès et Meknès, entraînant la mort de plus de 10.000 personnes (d’après Cherkaoui et El Hassani, 2012).
Dans nos temps modernes, l’activité sismique est périodiquement active mais dépassant rarement les 5 degrés à l’échelle de Richter. Bien qu’intermittentes, on peut dénombrer une dizaine de secousses d’intensité moyenne dans la région du Moyen Atlas.
Depuis le XXe siècle, seulement quatre séismes ont dépassé les cinq degrés (magnitude entre 5 et 5.3 à l’échelle de Richter), le plus intense étant le séisme de Kerrouchen en 1950. Durant les dernières années, un seul séisme d’intensité moyenne a été enregistré dans la région et précisément à l’est de Midelt le 17 novembre 2019.
| Date | Profondeur | Magnitude | Localité |
| 01 juillet 2020 | 10 | 4.5 | 34 km au sud-ouest de Taounate |
| 17 novembre 2019 | 10 | 5.0 | 46 km à l'Est de Midelt |
| 11 mars 2014 | 10 | 4.6 | 16 km au nord-est de Fes Bali |
| 11 aout 2007 | 10 | 4.7 | 15 km au Sud Est d'Ain Louh |
| 12 juin 2006 | 10 | 4.5 | 26 km au sud-est de Khenifra |
| 27 septembre 2000 | 10 | 4.6 | 37 km au nord-ouest de Fes Bali |
| 17 janvier 1979 | 33 | 4.6 | 11 km à l'Est d'El Hajeb |
| 29 avril 1973 | 19 | 4.6 | 39 km au Sud Est de Targuist |
| 31 mai 1934 | 15 | 5.2 | 39 km à l'est d'Ain Louh |
| 09 aout 1930 | 15 | 5.3 | 14 km à l'ouest de Meknes |
| 08 septembre 1927 | 15 | 5.5 | 21 km au nord-est de Taza |
| 09 juillet 1923 | 15 | 5.7 | 15 km à nord-ouest de Taounate |
Qu’est-ce qui fait du Moyen Atlas une zone sismique active ?
Dans les chaînes atlasiques, l’activité sismique est principalement localisée dans le Moyen Atlas et le Haut Atlas central. Les travaux scientifiques ont mis en évidence que cette activité est due principalement à un réseau de failles actives traversant ces zones et des structures plus complexes.

Pour sa part, le Moyen Atlas est délimité par un ensemble de failles pluri-kilométriques, dont les principales sont connues sous le nom de l’Accident Nord moyen atlasique et l’Accident Sud moyen atlasique. À l’image de la faille de Tizi N'Test qui était à l’origine du séisme d’Al Haouz, les failles actives du Moyen Atlas sont à l’origine d’une activité sismique permanente se manifestant par des secousses sismiques dont l’intensité est faible à moyenne durant les siècles actuel et dernier.
Le zone de passage de l’accident nord moyen atlasique correspond à un linéament majeur d’ordre régional matérialisé par les lignes de reliefs suivantes : Jbel Hayane, Foum Kheneg, Jbel Tisdadine, Jbel Ben Ij, gorge de l’oued Derdouran et Jbel Tajda.
Le segment du Moyen et du Haut Atlas est considéré comme les zones les plus actives sismiquement après Al Hoceima. Cette dernière qui connaît une activité sismique presque quotidienne qui avait cessé pendant la période du séisme d'Al Haouz du 8 septembre 2023 pour ne reprendre qu'en 2024, coïncidant ainsi avec la diminution de l'activité sismique dans la région d'Al Haouz.
Le séisme de Midelt 2019, un événement sismique énigmatique
Bien que l'activité sismique soit généralement modérée dans le Moyen Atlas, la région de Midelt a connu une période d'activité sismique accrue entre novembre 2019 et février 2020, marquée par de nombreuses secousses. Le premier séisme, survenu le 17 novembre à 8h39, a causé des dégâts mineurs à quelques habitations et a été ressenti avec une intensité VI sur l’échelle de Mercali dans la zone épicentrale.
Dans les heures qui ont suivi le séisme principal, sept répliques ont secoué la région, avec des intensités atteignant le niveau V près de Midelt. La réplique la plus puissante, d'une magnitude de 4,8 sur l'échelle de Richter, a été enregistrée à 14h39, à l'ouest de l'épicentre initial. Des mois plus tard, un nouveau séisme de magnitude 4,6 a marqué le début d'une nouvelle série sismique le 16 février 2020 à 21h57 dont l'épicentre était voisin de celui du séisme principal de novembre, suivi de deux répliques.
Les travaux de recherche menés sur cet événement sismique par les professeurs Fida Medina et Tajeddine Cherkaoui, publiés en 2021, ont mis en évidence un alignement des épicentres selon un axe est-ouest, parallèle à la faille nord atlasique. Cette région tectoniquement active est caractérisée par une diversité de régimes structuraux. Les auteurs expliquent que la cinématique des blocs du Moyen Atlas, du Haut Atlas et de Moulouya est principalement contrôlée par un raccourcissement général d'environ 5 mm par an, orienté nord-ouest-sud-est, entre les plaques africaine et eurasienne au niveau du Maroc.
Selon ces auteurs, l'occurrence de séismes de profondeur intermédiaire sous le Moyen Atlas ne trouve toujours pas d'explication géodynamique satisfaisante, ce qui nécessite la collecte de données supplémentaires à partir d'un réseau de stations plus denses dans la région.
Qu’en est-il du séisme du 15 octobre 2024 ?
Initialement, bien que de magnitude modérée, le séisme de Sidi El Makhfi du 15 octobre 2024 ne peut en aucun cas être comparé à celui de Midelt, marqué par une réactivation soudaine de l'activité sismique, avec une secousse principale suivie de répliques répétées sur une courte période.
L'événement de Sidi El Makhfi a été principalement ressenti dans la région de Timahdite. Cette différence d'intensité s'explique par l'accélération maximale du sol qui représente l'amplitude maximale du mouvement du sol lors d'un séisme: elle a atteint 11,38 %g aux alentours de l'épicentre, contre 3,5 %g à Timahdit et 0,75 %g à Azrou (données GFZ Potsdam). Ces valeurs indiquent une atténuation rapide des secousses en s'éloignant de l'épicentre ce qui explique que la secousse n'a pas été ressentie dans les villes avoisinant comme Azrou ou Meknès, ce qui est probablement due aux caractéristiques géologiques locales.
Contacté par nos soins, le professeur Fida Medina, président de l'Association marocaine des géosciences, nous a apporté des éclaircissements sur le sujet.
"Le séisme de magnitude 4 sur l'échelle de Richter, survenu le 15 octobre 2024 à une profondeur de 19 kilomètres, a été enregistré par la quasi-totalité des stations sismologiques marocaines et ibériques. Ce type de séisme 'modéré' est relativement courant dans le Moyen Atlas et a fait l'objet de nombreuses études scientifiques. En raison de sa faible magnitude, il n'a pas été possible de calculer les tenseurs de moment", explique le Pr Fida Medina.
"Pour l'instant, on recueille les informations sur cet événement et on attend les déterminations des collègues pour avoir une idée sur ce séisme, qui d'ailleurs s'inscrit dans la cinématique "normale" des Atlas à moins que le séisme du 8 septembre n’en ait déclenché d'autres (transfert dynamique des contraintes) mais cela nécessite des preuves physiques appuyées d'équations", a conclu le spécialiste.