La Banque alimentaire dresse le bilan de ses actions après le séisme d'Al Haouz
Aide d'urgence, dons en nature et en numéraire, reconstruction des écoles... Voici comment la Banque alimentaire a géré l'aide destinée aux victimes du séisme du 8 septembre 2023.
Un an après le séisme d'Al Haouz, la Banque alimentaire a tenu une conférence de presse pour dresser le bilan de ses actions en faveur des victimes de la catastrophe.
Karim Tazi a lui, partagé son expérience sur la gestion des dons et des ressources dans l'urgence après le séisme. "Les dons ont commencé à affluer dès le lendemain", a-t-il expliqué. Cependant, la question cruciale qui s'est rapidement posée était celle de la distribution des dons : "Où envoyer ces colis et comment allouer les fonds au fur et à mesure que le compte en banque se remplissait ?".
Le fondateur de la Banque alimentaire a souligné les défis majeurs liés à la gestion de ressources en temps réel dans un contexte de crise : "Quand on vous accorde à la fois de la confiance et de l'argent, la difficulté est de savoir comment allouer les ressources en temps réel". Dès les premières heures, le réflexe a été d’envoyer des denrées alimentaires, des matelas, des tentes et des couvertures, des actions classiques pour la Banque alimentaire en situation d’urgence.
Toutefois, un autre défi majeur s'est rapidement posé : celui de l'hébergement des sinistrés. "J'avais beaucoup attiré l'attention sur l'importance de la question de l'hébergement d'urgence", a-t-il rappelé. En effet, les procédures de reconstruction se sont révélées plus lentes que prévu. "En avril, il est devenu clair que le temps pendant lequel les personnes allaient rester en dehors de chez elles serait beaucoup plus long qu'un simple hiver".
En conséquence, la Banque alimentaire a dû revoir ses priorités. "Alors qu’à un certain moment, nous envisagions déjà de consacrer une partie conséquente des fonds récoltés à la reconstruction, il a fallu rapidement refaire nos budgets et décider de laisser plus d'argent de côté pour de l'aide d'urgence", a indiqué Karim Tazi.
Cette flexibilité, selon lui, est un exemple de l'adaptabilité dont peut faire preuve une institution en temps de crise. La situation actuelle vient confirmer ce choix stratégique : "La perspective d'un second hiver dehors pour un certain nombre de ménages fait que, dès maintenant, les associations expriment déjà des besoins", a-t-il conclu.
Le rôle "central" de la société civile dans la transformation du système éducatif
Cette conférence a connu la présence du ministre de l'Éducation nationale, du préscolaire et des sports, qui a loué la réponse "exemplaire" de la société civile après le séisme, mettant en avant son rôle crucial dans l’accompagnement des sinistrés et la reprise rapide des activités scolaires.
Selon lui, la réaction de la société civile a été d'une ampleur "sans précédent" et s'est étendue au-delà des régions directement touchées par la catastrophe.
Chakib Benmoussa a souligné que, malgré la topographie complexe des zones touchées, les associations ont réussi à se déployer et à secourir les sinistrés en un temps record. "Arriver à toucher des douars parmi les plus reculés a été une démonstration de la capacité de la société civile à être réactive et à s'adapter aux besoins sur le terrain". Le ministre a mis l'accent sur l’importance de la coordination avec les pouvoirs publics, qui a permis de "maximiser l'efficacité des interventions". "De telles interventions atteignent leurs objectifs lorsqu'elles se mettent en place en bonne coordination et en bonne intelligence avec les pouvoirs publics",.
Concernant le secteur de l'éducation, Chakib Benmoussa a rappelé que la priorité était de permettre aux enfants de retourner en classe le plus rapidement possible après le séisme, tout en prenant en compte les traumatismes vécus. "Le souci du département de l'Education a été d'abord de répondre à l'urgence, c'est-à-dire que les enfants puissent retrouver les bancs de l'école et être accompagnés après un drame de cette ampleur".
Le ministre a également exposé les défis psychologiques auxquels étaient confrontés les enfants, les enseignants et les familles, tout en louant l'effort collectif de réintégration rapide à l’école.
Des tentes ont d'abord été installées pour assurer la continuité des cours dans les zones où les infrastructures scolaires avaient été détruites. "Le sujet académique n'était pas notre priorité immédiate, mais le fait de retrouver l'école représentait une forme de sociabilisation et un soutien psychosocial crucial", a précisé Chakib Benmoussa.
Dans une seconde phase, le ministère a entrepris un diagnostic approfondi des infrastructures scolaires endommagées par le séisme. Certaines écoles, partiellement touchées, ont dû être réhabilitées, tandis que d’autres nécessitaient une reconstruction complète. "Nous avons recensé plus de 1.700 écoles concernées par le séisme, dont près de 750 nécessitaient une reconstruction totale ou partielle", a-t-il précisé.
Pour répondre à ces besoins, un budget de près de 3,5 milliards de DH a été mobilisé. Toutefois, afin de concentrer les efforts du ministère sur la dimension pédagogique, la gestion des travaux a été confiée à CGI Management "afin de permettre aux équipes de se consacrer pleinement à leur mission éducative", a-t-il expliqué.
Au-delà de la reconstruction, le ministre a insisté sur la nécessité d’adapter les solutions temporaires, notamment l'installation de tentes adaptées aux rigueurs climatiques de la région, en particulier avec l'arrivée de l'hiver. Certaines zones ont également vu leurs élèves transférés vers des internats, notamment à Marrakech. "Nous avons dû aménager ces internats pour accueillir ces enfants dans de bonnes conditions", a-t-il souligné, tout en reconnaissant que les conditions étaient loin d’être optimales.
La troisième phase du plan du ministère portait sur la reconstruction durable des écoles et lycées détruits ou endommagés. "Un grand effort a été fait sur le terrain, et bien que les conditions ne soient pas encore idéales, la mise en place d'espaces aménagés et de tentes adaptées à l'hiver représente déjà un progrès significatif". Le ministre a également insisté sur l’importance de l’accompagnement psychosocial continu des élèves, avec un renforcement des activités extrascolaires, notamment sportives et ludiques, afin d’aider à la reconstruction psychologique des jeunes.
Le ministre a souligné que la société civile continue de jouer un rôle central dans la transformation du système éducatif. "Nous avons déjà observé un saut qualitatif dans l’apprentissage des élèves, notamment dans les écoles pionnières, grâce à l'engagement des enseignants, des inspecteurs et de l’écosystème de l’école". Il a également mentionné l’importance du "tiers secteur" – des acteurs associatifs, coopératifs et des entreprises à mission – pour appuyer des initiatives comme le préscolaire et les écoles de la deuxième chance, où la société civile a prouvé qu’elle pouvait être plus efficace que l’État dans certains cas.
Chakib Benmoussa a insisté sur l'importance de l’implication de la communauté pour assurer un saut qualitatif dans l'éducation publique. "Ce n’est pas toujours une question de budget, mais du temps que les acteurs de la société civile consacrent aux enfants, pour ouvrir l'école sur son environnement et créer des liens qui permettent aux jeunes de réussir leur parcours scolaire", a-t-il conclu.
Le ministre a exprimé enfin son optimisme quant aux perspectives de transformation du système éducatif, tout en reconnaissant que cela exige un travail constant et de longue haleine. "Les premiers résultats que nous observons sont très prometteurs, et nous avons besoin du soutien des acteurs de la société civile pour poursuivre cette aventure de transformation de l'école publique", a-t-il affirmé, ajoutant que "les défis résident davantage dans la mise en œuvre que dans la conception des réformes".