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Kamala Harris, l’adversaire qu’il fallait face à Donald Trump

Le mardi 10 septembre a eu lieu le débat tant attendu entre la candidate démocrate Kamala Harris et l’ancien président Donald Trump. Ce dernier aspire à revenir gouverner le pays au nom des Républicains, si les Américains le choisissent lors des élections de novembre. Ce duel, que tous les médias américains attendaient comme un combat de gladiateurs, a duré quatre-vingt-dix minutes. Ce qui attisait leur curiosité était de voir comment Harris, nouvelle arrivée comme candidate à la présidence, allait se comporter face à un Trump rôdé à ce genre d’exercice.

Kamala Harris, l’adversaire qu’il fallait face à Donald Trump
Donald trump et Kamala Harris lors de leur débat télévisé du 10 septembre 2024.
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Le 11 septembre 2024 à 12h33 | Modifié 11 septembre 2024 à 16h17

C’est que Trump est connu par son langage franc, familier et agressif qui, par moments, peut frôler le populisme et la vulgarité. Face à lui, Kamala Harris, juriste avérée, qui connaît aussi bien le passé de Trump que sa manière brute d’attaquer et rabaisser ses adversaires en les humiliant. Harris a eu l’élégance et la sagesse de ne pas jouer au juge pour évoquer les affaires que traîne derrière lui l’ancien président. Elle s’est limitée à débattre posément de ce qui intéresse d’abord les Américains dans leur quotidien.

Elle a eu raison, car ce qui intéresse l’Américain est la politique que les deux comptent appliquer une fois au pouvoir. Le pouvoir d’achat, la sécurité, l’immigration et la situation internationale sont les thèmes qui ont été évoqués lors de ce débat.

Le premier constat entre les deux prétendants concerne d’abord le genre. C’est la deuxième fois de l’histoire des élections présidentielles américaines qu’une femme fait face à un candidat mâle après Hillary Clinton.

Le deuxième constat a trait à l’âge des deux candidats. Si, par le passé, Trump paraissait jeune face à Biden, cette fois-ci la donne est différente. Harris, 59 ans, paraît en possession de toutes ses facultés alors qu'à 78 ans, Trump semble subitement vieilli et issu de l’ancienne génération. Si ce dernier est élu, il sera, à la fin de son mandat, plus âgé que l’actuel président Joe Biden.

L’on se rappelle que, lors de la précédente confrontation avec Trump, Biden avait montré une mémoire défaillante et des errements mentaux et physiques préjudiciables à sa candidature. Son remplacement par la vice-présidente Harris a été un choix judicieux, mené à temps pour faire face aux Républicains qui tablaient sur le populiste Trump pour évincer les Démocrates du pouvoir. La présentation de Harris fut une manière subtile, de la part des Démocrates, de dire que la haute fonction présidentielle mérite quelqu’un qui est en possession de toutes ses aptitudes physiques et mentales.

Les Républicains ne s’attendaient pas à voir Biden jeter l’éponge facilement et encore moins à être remplacé par son adjointe à la Maison-Blanche qui a été adoubée presque unanimement par le parti démocrate. Ce choix fut judicieux, car Harris présente des atouts sur l’échiquier politique américain pour faire face aux Républicains. D’abord, c’est une femme qui a accumulé une grande expérience dans la gestion de la chose publique par le passé. Ensuite, elle est issue de la diversité, noire et asiatique, représentant ainsi la voix de cette frange qui compte dans la société américaine.

Tous ces atouts sont apparus lors du débat du mardi 10 septembre 2024. Harris s’est montrée comme la protectrice des droits des femmes, notamment du droit à l’avortement. Elle n’a pas hésité à attaquer Trump de front pour son passé insultant à l’égard des femmes, l’accusant d'user de mensonges à leur égard. Un constat qui saute aux yeux quand on réalise que, lors de sa présidence, Trump s’est peu entouré de responsables femmes.

Sur le volet immigration qu’il chérit, Trump a véhiculé des généralités populistes et surtout peu sérieuses. Il a mentionné que les Démocrates sous Biden avaient permis la venue de millions de personnes. Il a pris à témoin les Américains en les appelant à regarder ce qui arrive dans les villes et campagnes américaines. Il a affirmé ouvertement que, dans la région de Springfield, les immigrés mangent les chats et les chiens. Cette information a été démentie par les autorités de la ville.

Sur le plan international et, comme à son habitude, Trump a déclaré qu’une fois élu, il mettrait fin à la guerre en Ukraine sans expliquer comment, ni pour quels résultats et sur quelles bases. Harris a répliqué, devant tant de vanité, que Poutine ne ferait qu’une bouchée de Trump, devenu selon elle la risée du monde. Sur la question du Moyen-Orient, les deux défendent pareillement Israël. Trump a affirmé qu’avec les Démocrates, Israël disparaîtrait.

Mais c’est au niveau de l’économie que la bataille fut rude. Harris s’est présentée comme une Américaine de classe moyenne, la seule sur le plateau à avoir un plan pour faire progresser le pouvoir d’achat des Américains. Elle voulait ainsi montrer que Trump se présente, lui, pour défendre les seuls fortunés du pays, au détriment de la grande majorité des citoyens américains.

D’une manière générale, le débat reste serré entre les deux candidats. Les sondages ne donnent pas encore un gagnant, mais la candidature de Harris a apporté une dynamique certaine au clan démocrate. À huit semaines des élections présidentielles, qui auront lieu en novembre, rien n’est encore joué. Le camp démocrate devrait encore affûter ses arguments pour une large adhésion des Américains à leur projet et faire échec à un Trump revanchard.

Lors du débat du mardi, on a donc vu Trump faire du Trump, usant à satiété d’un discours décliniste et simpliste pour faire peur à ses citoyens. Tout va mal, selon lui, à cause des démocrates. Le pays s’effondre et il est l’objet d’invasion d’étrangers sans scrupules, sans foi ni loi. En rappelant à plusieurs reprises l’exemple du Premier ministre hongrois, il a montré le chemin vers lequel il compte mener l’Amérique s’il est élu.

Harris au contraire, que Trump regardait peu en face durant tout le débat, s’est montrée rassurante sur les quatre thèmes abordés, à savoir l’économie, l’immigration, la criminalité et les questions de santé, dont l’avortement.

Trump rêvait d’une Amérique fantasmée, vieillie et d’hier. S'il n’a jamais évoqué son adversaire par son prénom, comme il le fait dans ses réunions publiques, il l'a traitée de marxiste cette fois-ci. L’ancien président semble vieilli, traînant un discours vétuste et revanchard qui manque cruellement d’arguments solides pour gouverner cette grande puissance qu’on appelle les États-Unis.

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