Spéculations autour d'une improbable acquisition d'avions Rafale par le Maroc
ANALYSE. Une phrase énigmatique du PDG de Dassault Aviation, qui ne cite même pas le Maroc, a suffi pour déclencher de nombreuses spéculations autour d'un éventuel achat du Rafale par le Maroc. Voici pourquoi, techniquement et stratégiquement parlant, cette acquisition paraît improbable.
Après la récente conclusion d’un contrat de vente de 12 avions Rafale à la Serbie, le PDG de Dassault Aviation a déclaré le 30 août dernier à la radio Europe 1 : “Je pense qu'on peut attendre un autre contrat avant la fin de l'année“. Eric Trappier, qui dirige le célèbre avionneur français, n’a pas cité de noms. Les pays qui pourraient signer sont assez nombreux, l’Inde, la Grèce, la Colombie, le Pérou, l’Irak… Mais les commentaires et les spéculations se sont focalisés sur le Maroc.
Alors, le Royaume serait-il le prochain client du Rafale français ? N’allons pas si vite en besogne.
Les spéculations actuelles rappellent celles de 2009 et le Maroc avait alors opté pour les F-16. Entretemps, le Rafale est devenu un succès commercial indéniable, avec 507 commandes confirmées à ce jour.
Bien qu’Il soit un bimoteur avec des performances et une capacité d’emport légèrement meilleures que celles du F-16, adopter le Rafale comme un deuxième vecteur de la chasse aérienne fait double emploi.
En effet, les raisons avancées justifiant, dans le débat actuel, le choix du Rafale sont :
- Le remplacement du Mirage F1 français par un vecteur français.
- Le rapprochement diplomatique entre le Maroc et la France suite à la reconnaissance par cette dernière de la souveraineté du Maroc sur le Sahara.
Ces deux raisons sont-elles suffisantes ? Pas vraiment :
- Le remplacement du Mirage F1 a été lancé par le Maroc à travers l’achat des F16 Block 72, ayant conduit à des travaux structurels sur la Base de Benslimane (5e BAFRA) qui abritait les escadrons F1 pour se préparer à recevoir les futurs Block 72 a partir de 2026-2027. Un nouveau vecteur doit nécessairement faire l’objet de la construction d’une nouvelle base ce qui ne semble pas à l’ordre du jour.
- Le rapprochement diplomatique entre le Maroc et la France aura sûrement des effets sur les prochaines décisions d’investissement surtout au niveau civil (TGV, chantiers navals, énergies…). Au niveau militaire, l’effet sera moins important dans l’immédiat. Il se peut que la France retrouve sa place de fournisseur de quelques vecteurs aériens (hélicoptères surtout), mais pas d’avions de chasse.
Par ailleurs, avec une double motorisation et un coût d’entretien doublé par rapport au F-16, le Rafale n’offre pas le double des capacités de combat. En effet, la capacité d’emport des deux chasseurs porte sur une différence d’uniquement 3 tonnes! Il se peut que le Rafale soit meilleur en Air-Sol que le F-16 avec une manœuvrabilité légèrement supérieure. Mais cela n’a pas empêché le F-16 d’être une légende sur les champs d’opérations.
Par ailleurs, le F-16 a le système d’armement le plus complet et le Rafale vient à peine d’intégrer en test un casque semblable au JHMCS déjà opérationnel au Maroc depuis une décennie! Le Rafale n’est pas équipé de capacités anti-radiations, alors que le F-16, même marocain, est équipé du HARM!
Opter pour un avion de combat bimoteur n’est pas un choix anodin. Il nécessiterait un investissement en infrastructures capables d’abriter et d’entretenir ce vecteur. Là, l’option de mutualisation et de rationalisation des capacités déjà opérationnelles des Forces Royales Air s’avère indispensable. Le nom du F-15 EX Eagle apparaît comme le choix logistiquement et stratégiquement le meilleur pour le royaume.
-Le F-15 EX utilise la même motorisation que le F-16, ce qui réduit le coût de formation et crée une économie d’échelle avec la mutualisation des coûts d’entretien de la flotte.
-Le F-15 est un chasseur bombardier conçu pour faire face au Mig25-Flankers (intercepteurs en dotation en Algérie) et pouvant atteindre des altitudes inégalées dans toute la panoplie des chasseurs offerts par les occidentaux, en faisant une arme de dissuasion par excellence, surtout avec sa capacité d’emport énorme en mode combat Air-Air et ses 12 missiles AMRAAM.
Enfin, effectuer un choix sur tel ou tel vecteur ne peut être a l’ordre du jour aujourd’hui, les Forces Royales Air étant engagées sur des chantiers énormes pour recevoir les futurs F-16 Block 72, moderniser la flotte F-16 au standard Viper, accueillir prochainement les Apache AH64E et surtout entamer le renouvellement rapide des flottes des hélicoptères de transport.
Sur le long terme, un nouveau vecteur aérien en lieu et place des F-5 Tiger 3 s’impose, tout en étant accompagné d’un changement de doctrine pour intégrer le volet dissuasion. Le choix optimal sera sûrement et logiquement le F-15 EX en nombre réduit: 12 chasseurs.