Le coût caché des NEET au Maroc: jusqu'à 115 milliards de DH en 2019 ! (Chercheurs)
Le Maroc paie le prix fort pour l’inactivité de sa jeunesse. Les jeunes ni en éducation, ni en emploi, ni en formation (NEET) représentent une charge économique énorme, dépassant les 115 MMDH en coûts directs et indirects. Détails.
Le Maroc fait face à une crise silencieuse, celle de sa jeunesse. Cette crise ne se manifeste pas seulement par la grogne sociale ou les débats politiques houleux, mais par un phénomène plus insidieux : celui des jeunes qui ne sont ni en éducation, ni en emploi, ni en formation, communément appelés NEET.
Une étude publiée en août 2024 par Mariem Liouaeddine et Abderrahman Oudad, deux chercheurs de l'Université Ibn Tofaïl de Kénitra, met en lumière le coût économique et social faramineux de cette inactivité. Les auteurs ont estimé que cette population de jeunes représente un fardeau de plus de 115 MMDH pour l'État marocain en 2019.
L'étude s'intéresse d'abord à dresser un portrait détaillé de la population NEET au Maroc. En 2019, près de 1,7 million de jeunes Marocains âgés de 15 à 24 ans se trouvaient dans cette situation d'inactivité, soit environ un quart de cette tranche d'âge.
Le rapport souligne que les jeunes femmes rurales sont particulièrement touchées, constituant une majorité écrasante de cette population vulnérable. Cette situation, selon les auteurs, résulte d'une série de facteurs interdépendants, incluant l'échec du système éducatif à retenir ces jeunes, d'un marché du travail peu accueillant, et des politiques publiques insuffisantes pour les réintégrer dans la société productive.
Une charge colossale pour les finances publiques
L'un des aspects les plus frappants de cette étude est l'estimation des coûts engendrés par les NEET pour les finances publiques marocaines.
En se basant sur des données de 2019, l’étude estime que ces jeunes NEET ont coûté à l'État plus de 60,6 MMDH en termes de finances publiques. Cette somme inclut les pertes en termes de revenus fiscaux et la charge des aides sociales nécessaires pour soutenir cette population. Les auteurs expliquent que cette estimation a été réalisée en calculant la perte de productivité des jeunes qui, s'ils avaient été employés, auraient contribué à l'économie par leur travail et leurs impôts.
L’étude utilise la méthode des coûts d’opportunité pour calculer cette perte. En supposant que chaque NEET aurait pu gagner au moins le salaire minimum, le manque à gagner pour l’État en termes de taxes sur le revenu et de production économique est évalué à environ 54 MMDH. Cette méthode permet de quantifier ce que l’État et la société perdent en termes de productivité et de recettes fiscales, soulignant ainsi l’urgence d’intervenir pour transformer cette population en un atout plutôt qu’en un fardeau.
La santé, un coût caché mais significatif
L'impact des NEET ne se limite pas à la sphère économique réelle. L’étude révèle également que ces jeunes sont plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé mentale et physique, exacerbant ainsi leur marginalisation. Liouaeddine et Oudad estiment que le coût pour le système de santé publique est d'environ 136,8 MDH en 2019, un montant certes plus modeste que les pertes économiques, mais néanmoins significatif. Le rapport souligne que ces coûts incluent les dépenses directes du système de santé public pour traiter des conditions comme la dépression, souvent associée à l'inactivité et au chômage prolongé.
Les coûts d'opportunité pour les familles et les jeunes eux-mêmes, tels que les dépenses de santé non couvertes ou l'incapacité de travailler à cause de problèmes de santé, ajoutent une couche supplémentaire à cette facture déjà lourde. En effet, l’étude note que le coût moyen des soins de santé pour ces jeunes est estimé à 965 dirhams par an, ce qui, pour une population d’environ 86.700 jeunes NEET souffrant de problèmes de santé, représente une charge totale de 83,6 MDH.
Les mères adolescentes
Parmi les jeunes NEET, les mères adolescentes représentent un groupe particulièrement vulnérable. En 2019, environ 28 jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans, ni en éducation, ni en emploi, ni en formation, étaient aussi des mères. Bien que ce nombre puisse sembler faible, il représente un coût important pour l'État en termes de soins de santé et de soutien social. L'étude n'a pas pu estimer les coûts directs pour les finances publiques faute de données détaillées, mais elle a calculé les coûts d'opportunité associés à l'accouchement dans les hôpitaux publics et les cliniques privées. Ces coûts sont évalués à environ 185.500 dirhams pour l’année 2019. Un montant certes marginal par rapport aux problèmes colossaux que subissent généralement ces jeunes mamans ainsi que leurs enfants.
Ces jeunes mères, déjà marginalisées par leur situation de NEET, sont souvent confrontées à des difficultés supplémentaires pour accéder aux services de santé et aux programmes de soutien nécessaires pour elles et leurs enfants. Cette double marginalisation contribue à perpétuer le cycle de pauvreté et d'exclusion, soulignent les auteurs de l'étude.
Un appel à l'action : Repenser les politiques publiques
L'étude de Liouaeddine et Oudad ne se contente pas de dresser un constat alarmant, elle appelle également à une réévaluation urgente des politiques publiques en matière de jeunesse. Les auteurs plaident pour des programmes ciblés visant à réintégrer les jeunes NEET dans le système éducatif et le marché du travail. Ils insistent sur l'importance de l'éducation en tant que levier principal pour briser ce cycle de pauvreté et d'exclusion.
Les politiques publiques doivent s'attaquer aux causes profondes de ce phénomène, notamment en améliorant l'accès à une éducation de qualité et en développant des programmes de formation professionnelle adaptés aux besoins du marché du travail marocain. En outre, il est crucial de mettre en place des mécanismes de soutien social pour aider les familles et les jeunes à surmonter les obstacles économiques et sociaux qui les empêchent de s'engager pleinement dans la société.
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La jeunesse NEET représente une bombe à retardement pour le Maroc. Les coûts économiques sont déjà énormes, et sans intervention, ils continueront de croître, menaçant la stabilité économique et sociale du pays. Le défi pour le Maroc est immense, mais il est aussi une opportunité de transformer ce qui est actuellement un fardeau en une force pour l'avenir.
Les conclusions de cette étude sont claires : l'inactivité de la jeunesse NEET doit devenir une priorité nationale. Il s'agit non seulement de réduire les coûts économiques associés à cette inactivité, mais aussi de récupérer les dividendes démographiques de cette jeunesse et de garantir un avenir plus inclusif et prospère pour tous les jeunes Marocains.