Qui est Abdelkhalek Koullab, l'historien menacé de mort sur les réseaux sociaux
Le Dr Abdelkhalek Koullab, historien et spécialiste de l’histoire marocaine, suscite des passions avec ses thèses controversées sur l’identité amazighe du Maroc. Ses recherches, rigoureuses et ancrées dans les faits, lui ont valu bien plus qu’une simple opposition intellectuelle : des menaces de mort prolifèrent sur les réseaux sociaux.
Abdelkhalek Koullab fait partie de ces intellectuels qui revendiquent l'identité amazigh du Maroc et récusent l'idéologie arabiste, en mettant en avant des arguments scientifiques. Le plus connu d'entre eux est Ahmed Assid. Leurs propos sont didactiques et expliqués par des mots simples. Leur discours est posé et factuel, non polémique. Il s'adresse d'abord au grand public, dans une volonté affichée de vulgarisation.
A cause de ce discours, les deux intellectuels sont réguièrement pris à partie dans des commentaires. Ils sont accusés d'être contre l'arabité du Maroc, voire contre l'Islam. Ce dont ils se défendent et d'ailleurs, rien dans leurs propos ne permet de le penser.
Abdelkhalek Koullab, l'historien qui fait parler de lui
Natif de Benslimane et profondément enraciné à Marrakech, le Dr Abdelkhalek Koullab est historien. Diplômé de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Mohammedia, où il a soutenu sa thèse de doctorat en 2016, il se démarque des discours conventionnels sur l’histoire du Maroc. Là où d'autres se contentent de reproduire les récits des chroniqueurs d'antan, Koullab déconstruit ces récits pour offrir une nouvelle compréhension des origines des Marocains.
Avec plus de 100.000 abonnés sur sa chaîne YouTube, le Dr Koullab partage ses recherches, offrant une perspective académique qui contraste avec les enseignements traditionnels. Bien que ses idées ne soient pas entièrement nouvelles, la rigueur scientifique avec laquelle il les présente apporte un éclairage nouveau souvent absent chez les défenseurs de l'identité amazighe.
Koullab explique ainsi que la majorité des Marocains ne descendent pas des conquérants arabes venus d’Orient, mais des amazighs, les premiers habitants du Maghreb. Cette affirmation, appuyée par des analyses génétiques et historiques, remet en question la vision largement répandue d’une identité marocaine fondée sur l’arabité, ce qui provoque de vives réactions.
Dans l'une de ses vidéos, Koullab met en avant des arguments scientifiques, que les Amazighs possédaient une tradition d'écriture ancienne. Contrairement à l’idée reçue selon laquelle leur langue serait trop fragmentée pour être unifiée, il rappelle que des textes amazighs sont attestés dès le début du deuxième siècle de l’Hégire. Cette précision est cruciale car elle réfute les arguments de ceux qui minimisent l’importance de la langue amazighe en affirmant qu’elle n’a jamais été une véritable langue écrite.
Des menaces de mort sur les réseaux sociaux
Ces affirmations lui ont valu les foudres d’une partie de l’opinion publique. Les réseaux sociaux, arènes modernes de nombreux combats, sont devenus le théâtre de menaces explicites à son encontre. Sur Facebook et TikTok, des jeunes en quête de radicalité l’accusent de renier l’islam et le menacent de mort. Ces accusations, infondées et dangereuses, révèlent une profonde ignorance non seulement de l’œuvre de Koullab, mais aussi de l’islam lui-même, qui prône la quête de la vérité et le débat éclairé.
Koullab demeure impassible face à cette violence. Il considère ces menaces comme la preuve de l'incapacité de certains à engager un débat intellectuellement honnête. Pour lui, l'enjeu dépasse la simple réécriture de l'histoire : il s'agit de rétablir une vérité longtemps occultée. "Lorsqu'un historien se contente de reproduire sans enquête ni réflexion critique les récits des chroniqueurs, il perpétue une vision biaisée de leur époque", souligne-t-il dans l'une de ses vidéos.
Refusant que les idéologies et les interprétations biaisées dictent le récit des origines marocaines, Koullab est convaincu que la véritable menace ne réside pas dans le questionnement de l’arabité, mais dans le refus du débat et la tentative de faire taire ceux qui cherchent la vérité.