Témoignage. A Issaguen, une nouvelle vie pour les petits cultivateurs de cannabis
Abdellatif Adebibe, militant associatif depuis 30 ans, défenseur du petit fellah et de la réglementation de la culture du cannabis, ne cache pas sa joie après la grâce royale au profit des condamnés, poursuivis ou recherchés pour la culture de cannabis.
"En 30 ans de lutte pour la dignité du petit cultivateur de cannabis dans les zones de culture, c'est la première fois que je dors bien", déclare Abdellatif Adebibe. Les habitants ont tous veillé dans l'attente des listes des personnes graciées. A l'approche de l'aube, les portes des prisons se sont ouvertes pour les premières personnes libérées (ci-dessous, à Taounate ce mardi à 04H00).
Quand il est ému, Abdellatif Adebibe use de métaphores. Après la grâce royale, la première réaction qui lui vient à l'esprit, c'est "طلع البدر علينا" [littéralement: la pleine lune vient d'apparaître"], un emprunt au chant que l'on prête aux Ansar quand ils accueillaient le prophète. Ce vers est également utilisé de nos jours pour les événements importants.
Pour la population, "c'est comme si vous étiez dans un désert totalement aride et que d'un seul coup, des trombes de pluie s'abattent et transforment ce désert en un grand jardin fleuri". C'est un brin lyrique et pas vraiment original mais cela résume le sentiment général d'émotion.
Abdellatif Adebibe, 69 ans dont 30 d'activisme à Ketama. Il a quitté ses études de sciences Po en dernière année pour devenir militant. Il a créé son association, il a défendu "la dignité des habitants". Il a toujours été favorable à la dépénalisation, à la réglementation de la culture, "dans ces régions montagneuses où rien ne pousse, où l'accroissement démographique est trop élevé et où cultiver du cannabis était une question de survie".


Bref, il connaît le terrain, les habitants, le sujet et il a pas mal roulé sa bosse dans le monde: New York (AG des Nations Unies), Vienne (ONU), Thailande, Colombie, Jamaique, Uruguay etc... des contrées où il a soit plaidé pour la population, soit étudié les solutions alternatives des autres pays contre l'opium, coca et cannabis.
En 2021-22, lorsque le Parlement débattait du projet de loi relatif aux usages licites du cannabis, Adebibe n'était pas loin. Voir cette culture réglementée était son rêve. Un rêve qui ne pouvait tenir ses promesses que par l'amnistie. La grâce royale du lundi 19 aout 2024 l'a surpris et comblé de joie.
Il convoque de nouveau ses métaphores: "la table est maintenant nettoyée. Nous allons entamer une nouvelle marche. Notre région a participé à la construction de l'Unité sous les règnes de Mohammed V et Hassan II. Nous allons construire une nouvelle route de l'Unité".
Dès l'adoption de la nouvelle loi et sa promulgation en 2022, il crée la coopérative agricole Adebibe, autorisée à cultiver la Beldiya, "meilleure variété sur Terre". Puis la coopérative Amgud d'exportation.
Il est convaincu qu'une nouvelle ère s'ouvre et qu'il n'a pas milité pour rien. Bonne route et bon vent, Abdellatif Adebibe.