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Voici à quoi pourraient ressembler les relations Maroc-France après l'annonce de Macron sur le Sahara

Pour la France, il s'agit de refonder le partenariat entre les deux pays. Les contours de cette refondation exprimés par l'ambassadeur Christophe Lecourtier.

Voici à quoi pourraient ressembler les relations Maroc-France après l'annonce de Macron sur le Sahara
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Le 30 juillet 2024 à 17h03 | Modifié 30 juillet 2024 à 17h50
     

L'ambassadeur de France au Maroc avait tracé les contours de l'avenir de la relation maroco-française, à grands traits. Il l'avait fait le 16 février 2024 à la Faculté d'économie et de droit de Casablanca, à l'invitation de la Fondation Links. Un exposé qui éclaire les relations maroco-françaises vues par la France et qui est plus que jamais d'actualité après la lettre du Président Macron au Roi Mohammed VI.

Ci-dessous, nous reproduisons le verbatim intégral de cette intervention, pour la partie qui concerne l'avenir et qui doit être lue à la lumière de l'évolution historique de la position française sur le Sahara marocain.

Communauté de destin, refonder un partenariat avec le Maroc

"(...) Si on arrive à le constituer en une région ouverte, dynamique, prospère, partageuse, ça sera bon pour nous tous. Si on n'arrive pas à en faire quelque chose de commun, on aura tous les conséquences que vous pouvez imaginer en termes de déstabilisation, terrorisme, migration incontrôlée, échecs économiques, j'en passe et des meilleures".

"Si on a cette idée, je peux vous dire que c'est l'idée du président de la République française, à mon sens, et du gouvernement français. Assez naturellement et sans vouloir faire de viles flatteries ou de flagorneries déplacées, nous en arrivons assez naturellement à converger avec la vision, avec la stratégie qui est celle du Maroc et que son Souverain a exprimée de manière extrêmement claire et convaincante à plusieurs reprises, y compris dans les temps récents. Autrement dit, refonder un partenariat avec le Maroc, ça veut dire accompagner le Maroc dans la vision qui est la sienne, mais pas dans une logique philanthropique, caritative, paternaliste".

"L'accompagner, parce que ça correspond profondément à nos intérêts et que, de mon point de vue, je ne suis pas certain qu'on ait beaucoup de plans B. Bien sûr, on a l'approfondissement de l'Union européenne, c'est très important, c'est existentiel pour nous, mais sinon, au-delà de ça...".

"Et donc, accompagner la vision du Maroc dans deux choses. D'abord, un renforcement toujours plus conséquent avec l'Union européenne ou de l'Union européenne avec le Maroc. Beaucoup de choses ont été faites, mais beaucoup reste à faire en matière d'énergie, d'industrie, c'est-à-dire de chaînes de valeurs, en matière aussi de capital humain, de normes et de standards".

"Si on a un désajustement des normes et des standards, c'est évidemment un élément qui crée du désalignement. (...) [En Europe], on parle toujours de la monnaie, c'est important, mais chaque pays européen avait ses normes, ses standards pour l'électricité, pour tel ou tel produit industriel, alimentaire etc. Mais il y avait encore ce qu'on appelle des barrières non tarifaires, c'est-à-dire que nos produits se heurtaient à des normes qui, fondamentalement, étaient des standards protectionnistes. Jacques Delors, [il a mené] un travail de fourmi, rubrique par rubrique, tous les secteurs d'activité économique et autres pour définir de manière réglementaire, législative, par des directives, des standards communs".

"Alors, le Maroc étant un pays intelligent et qui a, depuis les années 60, une relation tout à fait particulière, tout à fait spécifique avec l'Union européenne, dans beaucoup de domaines, a déjà des normes et des standards. Mais aujourd'hui, une des grandes bagarres, justement, de cette nouvelle étape de la mondialisation et de la ré-régionalisation, c'est que chacun essaye d'imposer ses standards à l'autre. Or, dans tout ce qui va être le numérique, dans tout ce qui va être la voiture électrique, dans tout ce qui est l'intelligence artificielle, etc., ma conviction, c'est que plus les normes et les standards marocains seront équivalents à ceux de l'Union européenne, plus cette intégration se poursuivra et plus on aura d'investissements européens au Maroc et vice-versa".

"Ça, c'est la première dimension. Et puis, la deuxième dimension, et c'est là aussi où nous sommes parfaitement en phase avec la vision de Sa Majesté, c'est de voir le Maroc, comme une plateforme, entre l'Union européenne et le Sahel et l'Afrique de l'Ouest".

"Et là, pour des tas de raisons historiques, religieuses, économiques, humaines, etc., vous avez une relation beaucoup plus ancienne, beaucoup plus stable que nous avons nous-mêmes, même si nous avons été le colonisateur, mais c'est sans doute parce que nous avons été le colonisateur qu'aujourd'hui, dans un certain nombre de ces pays, nous avons coupé les liens, ou ils ont coupé les liens avec nous".

Selon nos études, le Maroc est le pays le mieux perçu par les opinions publiques au Sahel

"Il ne s'agit pas là-dedans de contester ou de partager avec le Maroc, ce qu'il fait déjà très bien tout seul et qu'il continuera à faire. Mais nous avons, nous, la conviction, -dans le dialogue que nous avons avec vos autorités- qu'il y a aussi des choses à faire ensemble. Je prends un exemple. Je reviens toujours sur le développement économique, mais c'est important, sur l'énergie... Le Maroc a marqué beaucoup de points. On a fait des études, y compris par nos services d'intelligence, qui montrent qu'au Sahel, par exemple, le Maroc est le pays qui est le mieux perçu par les opinions publiques. Je ne dis pas par rapport à qui, pas par rapport à nous, mais par rapport à... Mais il n'en reste pas moins qu'au Sahel, comme en Afrique de l'Ouest, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Gabon, il y a d'autres acteurs, et des acteurs qui ne sont pas forcément ni les amis du Maroc, ni les amis de la France. Je ne parle pas des amis... Bon, il y a la Russie, qui est une puissance particulière et qui joue plus en défense qu'en attaque".

"Mais la Turquie, la Chine, ce ne sont pas des ennemis ni du Maroc, ni de la France. Ce sont des gens qui n'ont aucune raison de nous faire de la place. Et je suis convaincu que dans bien des domaines,  la connectivité, l'investissement dans les infrastructures, l'énergie, l'investissement économique, les travaux publics, la culture, nous avons des choses à faire ensemble. Ce que fait le Maroc tout seul, très bien. Ce que fait la France toute seule, on fait encore un certain nombre de choses dans un certain nombre de pays, heureusement. Mais nous pouvons, en plus, faire des choses ensemble qui nous renforceront dans notre solidarité, notre communauté de destin, par rapport à des concurrents, des adversaires, parfois même des ennemis. Et je ne parle pas des aspects de sécurité, mais qui sont très importants pour éviter que se reconstitue, par exemple, dans le Sahel, je caricature un peu, une sorte de Daesh, d'ISIS, qui menacerait finalement tout le monde".

"Parce que nous, on sait très bien que les attentats de Paris de 2015, par exemple, ils ont été en grande partie organisés à Raqqa. Donc, il ne faut jamais croire qu'une zone un peu lointaine et un peu désertique n'a pas la capacité d'envoyer des métastases jusqu'au cœur de nos villes. Donc, ces enjeux de sécurité, de lutte contre la radicalisation et de coopération sont essentiels. Donc, tout ça pour dire que nous nous reconnaissons très bien. Et si cela peut être défini comme une feuille de route conjointe, nous n'avons pas d'autre stratégie. Enfin, nous avons une convergence de vues et de visions stratégiques avec celles du Maroc. Et je pense que de ce point de vue-là, quand on partage la même analyse du monde et les mêmes intérêts, il est plus facile de faire des choses ensemble".

La France a la capacité d'être un allié et un partenaire utile du Maroc, sans monopole ni paternalisme

"Je reste absolument convaincu que ce partenariat -pour être aux côtés, même si c'est parfois derrière, du Maroc- dans la réalisation de sa stratégie qui correspond finalement à la nôtre, la France a encore la capacité d'être un allié et d'être un allié de l'ensemble du peuple marocain. Elle a la capacité d'être un allié et un partenaire utile, sans exclusives, sans monopole, sans paternalisme... Le Maroc a raison de voir la France autour de la table et de vouloir avec elle, comme nous voulons avec lui, refonder justement cet agenda très ambitieux, plus d'Europe, plus d'Afrique, tout ça à partir du Maroc, autour du Maroc.

"Je pense que nous pouvons être un partenaire utile d'un certain poids parmi d'autres pour transformer encore l'essai de la réussite formidable qu'a connue le Maroc au moins depuis 25 ans. Mais il y avait déjà de bonnes bases avant. Cette université porte le nom de celui qui les avait posées [université Hassan II]. Ça veut dire beaucoup de choses de notre part. Ça veut dire qu'on soit capables, pour être à la hauteur de ce rôle que vous pourriez souhaiter nous redonner, d'être un des grands partenaires pour les 20 ans à venir".

Mobiliser beaucoup de moyens financiers, d'expertise, de formation

"Ça veut dire qu'on soit capables de mobiliser beaucoup de moyens, des moyens financiers, des moyens d'expertise, qu'on accepte, comme on l'a fait d'ailleurs, de mettre ici des investissements en matière industrielle, en matière de recherche, équivalents à ceux qu'on fait chez nous. Qu'on soit capables d'avoir une ambition en termes de capital humain...".

"Soit on se protège et on met des barrières et on passe son temps à essayer de virer les illégaux et à faire entrer le minimum de gens. Ça, c'est le côté police. Mais elle ne peut pas non plus être l'autre extrême qui est le brain drain, c'est-à-dire on va venir faire notre marché ici et rafler les ingénieurs, les médecins, les techniciens marocains ou subsahariens. Et donc, l'avenir, il est dans un pacte extrêmement sincère, clair, ambitieux sur le fait que dans ce Maroc absolument central, dans cette zone de coprospérité qui me semble à moi faire sens, la clé, c'est d'arriver à assurer la formation d'un nombre considérable de jeunes marocains, français aussi ou européens, subsahariens, parce que la démographie du Maroc est aujourd'hui supérieure à la notre, mais chacun sait que c'est assez temporaire, finalement".

"Donc, si on raisonne à l'échelle de 30-40 ans. Et c'est vraiment en arrivant à assurer la formation de milliers de milliers de jeunes, tant au niveau supérieur, doctorant, médecin, qu'au niveau intermédiaire, technicien supérieur, parce que c'est la clé du développement pour tout le monde. C'est la clé d'émergence, c'est les techniciens supérieurs. Et pour nous, même un pays comme le nôtre, c'est la clé pour ne pas descendre d'une catégorie. Quand vous savez qu'une des grandes fiertés de la France, qui est aussi un des sujets d'avenir, y compris pour vous, dans le deal énergétique où le Maroc sera une plateforme d'énergie, d'exportation d'énergie considérable pour l'Europe et pour nous, mais nous aussi, nous relançons un programme nucléaire, qui est quelque chose qui nous caractérise par rapport à la plupart des pays européens".

"Mais la clé, c'est cette communauté de destin, euro, marocco, subsaharienne. Vous avez des universités publiques et privées absolument formidables. On peut faire du Maroc un endroit où les jeunes Marocains continuent à s'éduquer, où les subsahariens viennent se former, où des Français viennent se former, où des Européens et à partir du Maroc irriguer notre région euro-maroco-africaine pour réaliser notre destin et ne pas être dépendants des grands ensembles, donner des perspectives à nos populations, permettre à nos entreprises d'avoir la main-d'oeuvre répondant aux enjeux et puis assurer notre solidarité".

 

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Le 30 juillet 2024 à 17h03

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