40 espèces exotiques recensées à ce jour dans les eaux marocaines méditerranéennes
RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE. En surchauffe, la mer Méditerranée attire des poissons tropicaux dont la prolifération peut être nuisible, engendrant perte de biodiversité et déclin de pêcheries. Le Maroc est aussi concerné par ce phénomène, objet d'alertes lancées par plusieurs chercheurs et ONGs suite à l'accentuation du changement climatique. Pas moins de 40 espèces exotiques sont recensées à ce jour dans les eaux marocaines méditerranéennes, nous explique l’Institut national de recherche halieutique (INRH).
Il y a encore quelques années, capturer des espèces aquatiques exotiques tels que le poisson-lapin, le barracuda ou encore le crabe bleu, dans le pourtour méditerranéen, était encore exceptionnel. Mais le réchauffement climatique, et son accentuation, ont fait que la mer Méditerranée est devenue le siège de nouvelles faune et flore tropicales. En réchauffe, elle attire en effet des espèces exotiques dont la prolifération n'est pas toujours sans conséquences sur la biodiversité halieutique.
Tropicalisation de la mer Méditerranée
Ce phénomène a fait l'objet de nombreuses alertes lancées par chercheurs et ONGs. En 2021, Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a tiré la sonnette d'alarme dans une revue des études scientifiques disponibles sur les effets du changement climatique sur les eaux méditerranéennes : "La Méditerranée n'est pas un océan tropical, du moins, pas encore. Mais un processus de tropicalisation est bien en cours dans la partie la plus chaude du bassin- la Méditerranée orientale- et cela nous donne un aperçu de ce que nous pouvons voir se développer dans toute la région alors que le changement climatique fait monter les températures de la mer de plus en plus".
La Méditerranée détient une distinction particulièrement indésirable puisqu'elle est la mer la plus envahie au monde, souligne le WWF. "Au cours des dernières décennies, le nombre d'espèces exotiques (poisson-lapin, poisson-lion...) s'établissant dans tout le bassin a explosé, avec des conséquences catastrophiques pour la biodiversité indigène. L'interaction avec les nouveaux arrivants perturbe complètement les écosystèmes stables", alerte le Fonds notant que quelques 986 espèces exotiques, dont 126 espèces de poissons, se seraient frayées un passage en remontant le canal de Suez à partir de la mer Rouge, entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.
40 espèces exotiques recensées à ce jour dans les eaux marocaines méditerranéennes
Les poissons exotiques envahissent la Méditerranée. C'est un fait. Quelles implications alors sur le Maroc? L'arrivée de ces espèces va-t-elle modifier l'écosystème marocain?
Au Maroc, selon l’INRH et plusieurs autres acteurs du domaine scientifique et halieutique, 40 espèces marines non-indigènes, incluant des algues, crustacés, poissons, mollusques, tuniciers, annélides et autres groupes ont été recensées dans les eaux méditerranéennes jusqu’à présent, apprend Médias24 auprès de l'INRH.
Parmi celles-ci, Caulerpa taxifolia, découverte en 1984 au pied d'un aquarium où elle était cultivée à Monaco, est comptée parmi les espèces les plus envahissantes en Méditerranée. La dissémination de cette Caulerpa, peut être assurée par les courants, animaux (oursins, crustacés) et l'Homme (ancres, engins de pêche, aquarium ou rejet intentionnel), nous explique l'INRH.
Et l'Institut d'ajouter : "On compte aussi en Méditerranée plusieurs espèces algales envahissantes appartenant pour la majorité aux Chlorophycées : Ulvaceae (Enteromorpha intestinalis, Enteromorpha prolifera, Ulva olivascens), Cladophoraceae (Chaetomorpha linum, Cladophora vadorum, Cladophora globulina) et Caulerpes (Caulerpa prolifera). Par ailleurs, deux espèces sont classées comme invasives, il s’agit de l’algue asiatique Rugulopteryx okamurae et du crabe bleu Callinectes sapidus. Généralement, les espèces marines exotiques recensées en Méditerranée arrivent à travers le canal de Suez en raison d’activités humaines, tel que le transport maritime".
"Les espèces invasives peuvent avoir des impacts à la fois négatifs et positifs"
L'invasion des espèces exotiques en Méditerranée, comme ailleurs, entraîne des conséquences sur toutes les dimensions écologiques, économiques et sociales, note l'INRH.
Il explique : "Les espèces exotiques perturbent les écosystèmes marins en entrant en compétition avec les espèces indigènes pour l'alimentation et le territoire, ce qui peut entraîner une diminution des populations autochtones et un déséquilibre écologique. De plus, ces espèces invasives peuvent modifier physiquement les habitats marins, dégrader les coralligènes ou les herbiers marins, impactant négativement d'autres espèces dépendantes de ces habitats. Cette perturbation de la chaîne trophique affecte non seulement les poissons indigènes, mais aussi les mammifères marins, les oiseaux marins et d'autres espèces".
"Sur le plan économique et social, les espèces invasives peuvent avoir des impacts à la fois négatifs et positifs. Les impacts négatifs incluent la perte de biodiversité, le déclin des pêcheries et les coûts élevés de gestion et d'éradication, affectant particulièrement les pêcheurs dépendant des ressources marines locales. Cependant, l'introduction d'espèces invasives peut aussi créer de nouvelles ressources exploitables et des opportunités commerciales, tout en stimulant la recherche scientifique dans des domaines tels que la biotechnologie, la gestion environnementale et la restauration des écosystèmes", nuance-t-il.
L'exemple du crabe bleu
Un exemple concret est le cas du crabe bleu, espèce introduite en Méditerranée et dont la propagation a été intensifiée avec le changement climatique.
"Les interactions notées avec les pêcheries sont indirectes à travers les déchirures de filets des pêcheurs, le colmatage des engins...ou directement par prédation des ressources-cible comme dans le cas de la collecte de la petite praire. En outre, l’introduction et l’invasion des caulerpes en Méditerranée semblent contribuer à la disparition progressive de certaines algues endémiques méditerranéennes telles que les posidonies", souligne l'INRH.
Dans ce contexte, conscient des impacts du crabe bleu sur l’activité de pêche et sur les ressources qui sont non négligeables, l’INRH affirme avoir encouragé une pêche expérimentale de cette ressource dans le cadre d’un programme pilote visant toute la chaîne de valeur créée par cette exploitation depuis la zone de pêche jusqu’à la commercialisation et la valorisation.