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AGRICULTURE

Le commerce des pesticides au Maroc toujours menacé par l'informel

Dans un secteur comme celui du commerce des pesticides, où l'erreur n'est pas permise, le marché informel persiste en dépit des efforts de réglementation. Couplée à une mauvaise utilisation sur le terrain, l'offre phytosanitaire illégale met le Maroc dans une situation difficile. Tour d'horizon avec Aziz Matine, président de l'Association marocaine des distributeurs et revendeurs de produits phytosanitaires.

Le commerce des pesticides au Maroc toujours menacé par l'informel
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Le 9 juillet 2024 à 18h32 | Modifié 9 juillet 2024 à 18h46

La ville de Casablanca a abrité, ce mardi 9 juillet, la 2e édition de la Journée de communication nationale autour des produits phytosanitaires, organisée sous l’égide du ministère de l'Agriculture par l’Association marocaine des distributeurs et revendeurs des produits phytosanitaires (AMDRP), en collaboration avec l’Office national de la sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).

Placée sous le thème "La santé des plantes : un levier essentiel du développement agricole", cette journée avait pour objectif de promouvoir et organiser la distribution des intrants agricoles pour la sécurité et la protection des humains, des animaux et de l’environnement.

Médias24 a échangé en marge de cet événement avec Aziz Matine, président d'honneur de l'AMDRP. Au micro de Médias24, ce dernier est revenu sur les enjeux du commerce des pesticides au Maroc, entravé aujourd'hui par une offre phytosanitaire illégale qui domine encore et une mauvaise utilisation des produits phytosanitaires sur le terrain.

Plus de 1.700 revendeurs et distributeurs recensés à ce jour par l'ONSSA

"Dans les années 1980-1990, le Maroc ne comptait que 500 à 700 revendeurs et distributeurs de produits phytosanitaires. Aujourd'hui, plus de 1.700 revendeurs et distributeurs sont recensés par l'ONSSA. On parle bel et bien de recensement et non pas d'agrément, puisque l'agrément n'existe pas concrètement pour le moment. En attendant la sortie des décrets d'application de la loi n° 34-18 relative aux produits phytopharmaceutiques qui détermine les conditions et les modalités d'agrément, l'Office avait en effet procédé au répertoriage de ces professionnels, pour combler ce vide juridique", explique Aziz Matine.

Adoptée en 2021, cette nouvelle loi est venue combler les lacunes de la loi n° 42-95 relative au contrôle et à l’organisation du commerce des produits pesticides à usage agricole (de 1997), précise notre interlocuteur. Elle détermine le régime applicable à la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, à leur utilisation et leur contrôle, ainsi qu’au contrôle des activités qui leur sont liées.

La loi n° 34-18 dispose en effet que l’exercice des activités de fabrication, de reconditionnement, d’importation, de distribution en gros et de distribution au détail des produits phytopharmaceutiques et des adjuvants, ainsi que de prestation de services pour leur utilisation, à l’exception du conseil, est subordonné à l’obtention d’un agrément délivré à cet effet par l’autorité compétente.

L’exercice d’une même activité dans plusieurs locaux est subordonné par ailleurs à l’obtention d’un agrément pour chaque local utilisé. L’agrément a une durée de validité de dix ans à compter de la date de sa délivrance, et peut être renouvelé pour la même durée lorsque les conditions ayant permis sa délivrance continuent à être remplies.

Revente et distribution des pesticides : au moins 4 missions d'inspection annuelles sont effectuées par l'ONSSA 

"Les 1.700 revendeurs et distributeurs recensés à ce jour par l'ONSSA font l'objet de contrôles par l'Office, qui effectue au moins 4 missions d'inspection annuelles. Ces mêmes commerçants ont été examinés sur la base de la satisfaction aux conditions favorables pour la vente et sur la base de la traçabilité des produits phytosanitaires commercialisés avant d'être admis dans la liste des revendeurs et distributeurs recensés par l'ONSSA. Si une non-conformité aux exigences de l'ONSSA est constatée, ces derniers sont interdits de poursuivre leurs activités", indique Aziz Matine.

Les points de revente et de distribution des produits phytosanitaires sont répartis à travers le Maroc. "Au début, ils étaient localisés au niveau des marchés de gros pour venir plus près des agriculteurs. Avec le développement de l'agriculture marocaine et la croissance des régions agricoles comme celles d'Agadir et du Nord-Est, beaucoup de sociétés – grands distributeurs et distributeurs importateurs confondus – se sont installées dans les régions. Ces sociétés importent le produit et disposent en même temps d'antennes de distribution partout dans les régions agricoles intéressantes", expose le président d'honneur de l'AMDRP.

Deux types de circuits informels sont à distinguer

"Les revendeurs de produits phytosanitaires jouent un rôle important dans l'agriculture marocaine, au niveau de l'approvisionnement des produits, particulièrement dans ce contexte de sécheresse, puisqu'ils jouent un rôle de 'banque' pour les agriculteurs. La plupart des revendeurs sont payés qu'après récolte. Néanmoins, quand les années de sécheresse se succèdent, l'agriculteur a du mal à payer ses dettes, ce qui impacte financièrement le revendeur", enchaîne notre interlocuteur.

Aziz Matine souligne que la revente et la distribution informelle des pesticides demeurent un phénomène persistant au Maroc. 20% de l'offre phytosanitaire provient du circuit informel, selon l'Institut national de la recherche agronomique (INRA).

"Il faut distinguer entre deux types de circuit informel. Il y a la mise sur le marché de produits homologués venant de l'Europe ou de la Mauritanie, mais qui sont importés illégalement, soit directement par des agriculteurs ou encore à travers des camionneurs".

Et puis, il y a la mise sur le marché de produits non homologués. "Depuis le problème de la pastèque de l'année dernière, l'ONSSA a fait un grand effort et a pu retirer tous les produits non homologués".

L'utilisation des pesticides au Maroc, un point à améliorer 

Le problème des pesticides au Maroc se pose aussi malheureusement au niveau de son utilisation, selon le président d'honneur de l'AMDRP qui met l'accent sur l'importance de l'accompagnement des agriculteurs par les revendeurs et les distributeurs de produits phytosanitaires.

"Lorsqu'un agriculteur achète un produit phytosanitaire à ces commerçants, ces derniers l'informent sur les modes d'utilisation et, surtout, sur les délais de carence ; c'est-à-dire quand il doit traiter et quand il doit arrêter le traitement. Toutefois, tout dépend de comment l'agriculteur va procéder concrètement au traitement. Les pesticides, c'est comme la voiture. Si le conducteur ne respecte pas la loi, il peut y avoir des accidents mortels. De même, une mauvaise utilisation des pesticides présente des risques pour la santé humaine".

Les attaques en Europe contre les produits agricoles marocains, un problème d'ordre "politique" plutôt que "technique"

Quelque 1.155 produits phytosanitaires et 315 matières actives sont homologués aujourd'hui au Maroc, selon l'index phytosanitaire de l'ONSSA.

"Il y a des produits ou matières actives qui sont retirés en raison de leur risque de toxicité. D'autres sont néanmoins enlevés pour des raisons commerciales, du fait que leur homologation n'a pas été renouvelée en Europe. Il est à signaler que ces produits restent, par exemple, toujours homologués dans d'autres pays comme les Etats-Unis, le Japon, l'Australie ou Israël", nuance Aziz Matine.

"Ce qui fait qu'en général, comme on exporte une grande partie de nos produits agricoles vers l'Europe, nous utilisons les produits phytosanitaires reconnus et homologués en Europe. Nos agriculteurs qui exportent en sont avertis, d'autant qu'ils sont conditionnés par un cahier des charges. C'est pour cela, qu'à mon avis, les mobiles derrière les attaques dont font l'objet, ces derniers temps, les produits agricoles eu Europe sont d'ordre politique plutôt que technique. À chaque fois, les Européens pointent des problèmes de résidus qui dépassent la limite maximale autorisée, alors même qu'ils enregistrent un plus grand nombre de dépassements que le Maroc", conclut ce dernier.

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Le 9 juillet 2024 à 18h32

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