Football. Quelle est la valeur des joueurs de la Botola Pro ?
La valorisation des joueurs du championnat national n’atteint pas encore les sommets espérés par les clubs. Actuellement, seuls trois joueurs marocains dépassent les 16 millions de dirhams, dont Amine Zouhzouh (AS FAR), qui a vu sa valeur tripler en une saison. La réforme structurelle engagée par la Fédération Royale marocaine de football vise justement à améliorer ces indicateurs afin de contribuer à l'amélioration des finances des clubs.
En attendant que le nouveau modèle de développement du football national, engagé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), porte ses fruits, la valorisation des joueurs de la Botola Pro, estimée au total à 1,5 milliards de dirhams (dont 73 joueurs étrangers sur 520), demeure en-deçà des objectifs.
Si certains ont vu leur valeur marchande exploser lors de la saison 2023-2024, cela reste encore anecdotique. Auteur d’une saison pleine sous les couleurs de l’AS FAR, Amine Zouhzouh a vu son prix tripler depuis son transfert en provenance de l’Union Touarga pour 4,8 MDH, lors du précédent mercato estival.
Formé à l’Académie Mohamed VI de football, le milieu de terrain offensif de 23 ans a réalisé des prestations remarquables, ponctuées de 12 buts et 10 passes décisives en 36 matchs. Sa valeur est désormais estimée à 16 millions de dirhams selon le site référence, Transfermarkt. Cependant, rares sont les joueurs du championnat national à tutoyer ces hauteurs en termes de valorisation.
Excepté Hamza Igamane (7 buts et 6 passes décisives), transféré pour la somme de 3 millions d’euros (32 millions de dirhams) aux Glasgow Rangers (Écosse) en provenance du club de la capitale, seulement quatre joueurs sont valorisés à au moins 16 millions de dirhams. Au-delà de l’attaquant algérien du Raja de Casablanca, Yousri Bouzok (21 millions de dirhams), les joueurs marocains en haut de ce classement sont le portier Mehdi Benabid (AS FAR) ainsi que ses coéquipiers Mohamed Rabie Hrimat et donc Amine Zouhzouh.
L’effectif du Wydad de Casablanca valorisé à 208 MDH (2023-2024)
En élargissant le spectre, douze footballeurs marocain de la Botola sont valorisés à hauteur d’au moins 10 MDH. A l'échelle régionale, le championnat marocain reste l’une des ligues professionnelles dont les joueurs ont la valeur marchande la plus élevée, juste derrière la Premier League égyptienne :
- Premier League (Egypte ) : 1,8 MMDH (17,4% de joueurs étrangers) ;
- Botola Pro : 1,5 MMDH (14% de joueurs étrangers) ;
- Ligue 1 Pro (Algérie) : 1,03 MMDH (5,3% de joueurs étrangers) ;
- Ligue Pro (Tunisie) : 932 MDH (16,1% de joueurs étrangers) ;
A titre de comparaison, l’attaquant du Zamalek, Zizo, est valorisé à environ 48 MDH, alors que 19 de ses compatriotes évoluant dans le championnat local valent au moins 10 MDH. Cette disparité trouve également un prolongement en termes de valorisation des clubs. Avec un effectif de 45 joueurs dont 10 étrangers, estimé à 208 MDH, le Wydad de Casablanca se situe loin de la valorisation des 35 joueurs d'Al Ahly (347,6 MDH), qui compte 7 joueurs étrangers dans ses rangs.
Dans les faits, les clubs de la Premier League égyptienne ne sont pas totalement immunisés contre les crises financières. Mais globalement, ils ont davantage de latitude sur le marché des transferts pour concurrencer les clubs marocains sur le plan continental, n’hésitant pas à piocher dans le vivier national :
- Reda Slim : cédé en 2023 par l’AS FAR à Al Ahly pour 2 millions d’euros (21,3 MDH) ;
- Badr Benoun : vendu en 2020 par le Raja de Casablanca à Al Ahly pour 1,7 millions d’euros (18 MDH) ;
- Walid El Karti : transféré aux Pyramids FC en 2021 par le Wydad de Casablanca pour 1,6 millions d’euros (17,3 MDH) ;
- Walid Azaro : acheté par Al Ahly au Difaa El Jadida en 2017 pour 1,4 millions d’euros (14,9 MDH) ;
- Mohamed Ounajem : cédé par le Wydad de Casablanca au Zamalek en 2019 à hauteur de 1,3 millions d’euros (14,4 MDH) ;
- Hamid Ahadad : vendu par le Difaa El Jadida au Zamalek pour 1,2 millions d’euros (12,8 MDH).
Les montants de ces transactions sont largement inférieurs aux prix pratiqués notamment sur le marché européen ou sud-américain. Cela dit, le transfert le plus élevé enregistré par un club marocain est supérieur à celui effectué par Al Ahly, lors de la vente du défenseur Ahmed Hegazy vers West Bromwich Albion (Angleterre) pour 5 millions d’euros (53,4 MDH). En juillet 2018, Ayoub El Kaabi a rapporté à la Renaissance sportive de Berkane 6 millions d’euros (64,1 MDH) en signant au Hebei FC (Chine).
Age du joueur, durée du contrat, position…
L'estimation de la valeur d'un joueur sur le marché des transferts découle de plusieurs critères rationnels. L'Observatoire du football du Centre international d'étude du sport (CIES) a établi plusieurs indicateurs, certains plus importants que d'autres, qui peuvent déterminer la valeur d’un joueur.
-L'âge du joueur : plus il est jeune, plus le potentiel de progression d'un joueur est important ;
-La durée restante du contrat : plus la durée du contrat est réduite (moins de deux ans), plus le pouvoir de négociation du club propriétaire est faible ;
-Le poste du joueur : les attaquants et joueurs réputés décisifs sont plus demandés que les défenseurs et les gardiens de but ;
-Le statut en club et en sélection : dans ce cas, sont pris en compte le club et le championnat où évolue le joueur mais aussi son statut (titulaire ou remplaçant). Sans oublier ses performances, comme le nombre de buts inscrits.
D’autres éléments peuvent également influer sur la valeur marchande d’un joueur, en particulier la concurrence entre les clubs intéressés qui fait monter les enchères, mais aussi la situation économique des championnats d'accueil. D’après l'Observatoire du football du CIES, la France est la principale terre d'accueil des joueurs qui ont évolué dans le championnat marocain.
L’Atlas des migrations, outil cartographiant les flux internationaux de footballeurs en se basant sur un échantillon qui se compose des joueurs présents dans 147 ligues à travers le monde ayant grandi dans une association différente que celle du club d’emploi et ayant migré à l’étranger dans le contexte de leur carrière, indique que 15 des 61 joueurs marocains expatriés évoluent en France.
Or, le football hexagonal traverse une crise sans précédent en raison de la difficulté rencontrée par la Ligue de Football professionnel (LFP) à trouver un diffuseur télévisuel à un mois et demi de la reprise du championnat. Autrement dit, la surface financière des clubs français en matière de transfert est drastiquement réduite, voire inexistante pour certains.
Une situation qui risque de répercuter sur les championnats pourvoyeur de jeunes talents, dont la Botola Pro. En témoigne l’intérêt qui tarde à se concrétiser de l’Olympique Lyonnais pour la révélation de la saison en Botola Pro, Amine Zouhzouh.
Le trading, une stratégie efficace
La pérennité économique des clubs marocains passera nécessairement par des ventes et une meilleure valorisation de leur joueurs. Pour preuve, le FUS de Rabat, dont le modèle économique repose principalement sur le trading, en misant sur des prospects. Lancés très tôt dans le grand bain, ces joueurs en devenir génèrent d’importantes plus-values quelques années plus tard, à l’image de Nayef Aguerd.
Acheté en 2013 à l’Académie de football Mohamed V pour un peu plus de 160.000 DH, le natif de Rabat a été revendu par le club de la capitale dix fois plus au FC Dijon quelques années plus tard. Même s’il n’a pas eu le même rayonnement sportif que son ex-coéquipier, Rachid Bouharoud, a lui aussi permis au FUS d’engranger 600.000 euros (6,4 MDH) au moment d’être transféré depuis son club formateur vers le club espagnol du FC Malaga la même année.
Des bénéfices qui seront réinvestis dans d’autres joueurs prometteurs par la suite. S’il n’assure pas des titres à foison, ce cercle vertueux garantit une situation économique saine. Les clubs casablancais ont également fait de gros coups par le passé, après avoir transféré des pépites principalement vers les clubs asiatiques.
Sauf que la pression populaire et le dogme des résultats sont si prégnants dans l’environnement du Raja et du Wydad que les deniers gagnés sont immédiatement réinvestis dans l’achat de joueurs confirmés pour contenter la soif de titres de leurs supporters. Résultat, le ruissellement des manne financières vers le football amateur n’est pas toujours garanti.
D’où l’importance de la réforme stratégique engagée par la FRMF, dévoilée en exclusivité par Médias24. Un nouveau modèle du football marocain qui entend notamment améliorer la formation des joueurs pour une meilleure valorisation.