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Automobile : en 2023, marché flat, hausse des prix et durcissement des conditions d'accès aux crédits

Après un marché flat en 2023, les professionnels du secteur de l'automobile s'attendent à une croissance limitée en 2024. Ils espèrent cependant la poursuite du redressement des ventes et la reprise de la concurrence.

Automobile : en 2023, marché flat, hausse des prix et durcissement des conditions d'accès aux crédits
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Le 8 janvier 2024 à 18h13 | Modifié 8 janvier 2024 à 18h46

"En 2023, le marché national de l’automobile a été flat, impacté de plein fouet par une demande en berne, sous l’effet de l’inflation". C’est par ces mots que Adil Bennani, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), a résumé la situation du secteur durant l’année écoulée.

À peine 0,1% de croissance

En effet, en 2023, avec 161.504 véhicules vendus, le secteur automobile marocain a enregistré une petite croissance de 0,1% par rapport à 2022, mais il reste en baisse de 7% par rapport à 2021.

En 2021, le secteur avait vendu 175.360 véhicules, réalisant ainsi 30% de croissance par rapport à 2020. En 2022, le marché avait baissé de 8%, avec 161.410 véhicules vendus, et n’était donc jamais revenu aux performances de l’avant-Covid.

La situation actuelle dans le secteur s’explique par plusieurs facteurs, notamment le contexte économique défavorable : sécheresse, accès difficile au crédit, tensions dans le monde…

"En décembre 2022, nous avions prévu des problèmes de supply et d’inflation au niveau mondial, que nous avons effectivement connus", explique Adil Bennani.

"Au niveau national, nous avons observé un contexte macro-économique assez difficile, dans la mesure où il y a eu beaucoup de tensions sur les prix et les marges, notamment sur le volet des véhicules utilitaires".

"Nous avions également prévu un redressement progressif de l’offre, que nous avons observé tout au long de l’année 2023. Nos niveaux de stock ne sont pas ce qu’ils étaient une année auparavant. L’offre était un peu disponible certes, mais plus chère, car technologiquement plus élevée, mais aussi touchée par l’inflation sur les matières premières", ajoute-t-il.

Fléchissement de la demande

Et Adil Bennani de poursuivre : "En 2022, on pensait que le marché allait être stable en 2023, quasiment sans croissance, et on imaginait un effet de rattrapage des ventes que nous avions perdues une année auparavant. Résultat :

- une inflation qui a fait baisser le pouvoir d’achat des ménages pour tous les produits confondus (15% selon le HCP sur deux ans) ;

- une flambée des prix du carburant de 60% sur deux ans. Le litre se vend actuellement entre 14,50 et 15 DH ;

- le renchérissement du coût des crédits ;

- le durcissement des conditions d’accès au crédit ;

- une augmentation des prix des véhicules de 15% à 20% sur les trois dernières années.

Ce dernier point s’explique par différentes raisons : "D’abord une pression sur les matières premières qui continue sur certains produits, un dispositif normatif mondial qui est en train d’augmenter avec l’arrivée de l’Euro 6, et quand on voit les comptes de résultats de l’automobile sur les deux dernières années, les uns et les autres ont profité de cette rareté de l’offre pour améliorer leur situation financière. À titre d’exemple, le groupe Stellantis a fait un record de 14% de marge opérationnelle".

"Tout cela a amené un fléchissement de la demande dans le secteur, qui a donné lieu à un marché flat cette année", regrette-t-il.

"Lorsqu’on compare les différentes années, on voit que le niveau de 2018 est loin d’être atteint, ce qui signifie que ce qui a été perdu durant les deux ans de la pandémie du Covid n’a pas encore été rattrapé".

Montée en flèche du marché de l’occasion

Durant cette conférence, l’AIVAM a également fait le point sur plusieurs chiffres du secteur, qui lui ont été transférés par l'Agence nationale de la sécurité routière (Narsa). Tout d’abord, au niveau des immatriculations, "nous sommes globalement sur la tendance de l’an passé, avec 1% de véhicules neufs en moins".

Pour ce qui est des mutations, "on est toujours sur de gros chiffres, mais avec un fléchissement de 11% par rapport à 2022". Et Adil Bennani d’expliquer : "Tout simplement, la peine que nous avions en 2021 et 2022 à offrir des véhicules neufs s’est translatée par une demande plus forte sur l’occasion. L’augmentation des prix sur le neuf a donc boosté le marché de l’occasion, qui continue d’avoir de beaux jours".

En ce qui concerne le segment des taxis, "le Maroc a, depuis un peu moins de quinze ans, lancé un programme de renouvellement du parc de taxis, qui a boosté le marché. Rappelons que ce secteur de transport compte 33.0000 grands taxis et 43.000 petits taxis. Ces 70.000 véhicules ont fait un gisement sur la dizaine d’années qui s’est écoulée, et à présent on arrive à la fin d’un cycle".

"Il y avait encore de la subvention en 2022, mais qui n’a pas été totalement dépensée, parce qu’il n’y avait plus de demande. Il reste 20% de ce parc qui n’est pas éligible à la prime mise en place par le gouvernement. Pour bénéficier d’une subvention de renouvellement, le ministère de l’Intérieur demande des contrats d’exploitation de l’agrément. Il se trouve alors que 20% du marché des taxis roulent avec des agréments où il y a plusieurs problématiques : décès du bénéficiaire, conflits avec les ayants droit…. C’est pour cette raison qu'en 2023, il n’y a eu que 1.000 taxis renouvelés".

En revanche, "la reprise du secteur touristique a boosté le secteur automobile. Les immatriculations loueurs est un segment qui a toujours représenté 20% à 25% du marché. Cette année, il a enregistré une augmentation de 22%, qui vient alimenter davantage le fait que l’année a été difficile pour l’acheteur privé. Sans les loueurs, l’année aurait été compliquée".

Le VUL en souffrance

Lorsque l’on dissèque les performances du secteur sur les quatre trimestres de l’année, il en découle que, sur les véhicules particuliers (VP), "on est en train de retrouver un rythme de croissance, avec 10% de plus durant le dernier trimestre de l’année, ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir", estime le président de l'AIVAM. "Au niveau mensuel, les VP suivent globalement le rythme de la saisonnalité habituelle, avec deux pics des ventes vers fin juin et fin décembre".

En revanche, "les chiffres sur l’année démontrent que le véhicule utilitaire léger (VUL) a souffert en 2023, avec 11% de décroissance. La majorité de nos clients n’ont pas pu transférer la totalité des charges de carburant à leur prix de vente. Ce n’est d’ailleurs pas possible de le faire" souligne Adil Bennani. "Lorsque le carburant pèse 50% à 60% de la structure des coûts, ce sont 25% qu’il faut augmenter sur le prix. Et comme les constructeurs n'y ont pas procédé, ils ont fait des économies qui se sont matérialisées par un report de l’investissement notamment".

Le SUV devient le segment le plus important

"En termes de segment, le SUV a confirmé sa position de leader sur le marché national, qui va se poursuivre en 2024", indique Adil Bennani.

"Quand on compare la croissance dans le secteur automobile entre les segments, on voit qu’il y a un effet de ciseau entre le SUV et la citadine, qui était auparavant le segment de prédilection. Le SUV est en train de devenir le segment le plus important du marché, alors que les compactes sont en train de baisser".

"En 2023, le segment du SUV a augmenté de 7% dans un marché flat, contre 17% pour les voitures compactes, un taux essentiellement dû à la demande des loueurs qui a été importante sur l’année 2023".

Baisse du montant de l’apport et augmentation de la durée de crédit

Par ailleurs, en ce qui concerne le profil des clients, l'augmentation de 30% des prix des véhicules sur trois ans, a lourdement impacté leur portefeuille.

"L’apport des ménages lors de l’achat a alors baissé. L’étendue de la durée du crédit a pour sa part augmenté, ainsi que le financement moyen (40% en trois ans)".

Perspectives pour 2024

Pour l’année qui démarre, les professionnels du secteur s’attendent à une année difficile. "On est sur un trend économique mondial qui fait que la prochaine décennie sera moins génératrice de richesse, et la croissance économique mondiale sera en baisse".

"On sera donc sur une croissance limitée du fait d’une persistance de l’inflation. Mais tous les gens qui ont retardé leur renouvellement, parce qu’ils ne pouvaient pas le faire d’un point de vue financier, devront à un moment donné passer à la case investissement", estime la même source.

"Sur le volet inflation, on va continuer à avoir des prix de pétrole élevés au niveau mondial, ce qui continuera à impacter les transporteurs, et par ricochet le segment VUL".

Au niveau national, "on s’attend à avoir une poursuite du redressement de l’offre, mais avec le problème au Yémen et au golfe d’Aden, les transporteurs sont en train de contourner l’Afrique, ce qui implique quinze jours à trois semaines de transport supplémentaires, et donc un coût deux à trois fois plus élevé".

"Nous prévoyons également un retour à la concurrence. Nous avons passé près de trois ans à prendre des commandes. Il va falloir vendre à présent".

"En ce qui concerne l’électrification, nous espérons trouver un business model avec les pouvoirs publics pour que cette technologie puisse enfin être soutenue", conclut Adil Bennani.

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Tags : Automobile
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Le 8 janvier 2024 à 18h13

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