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Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom

Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom

Al Massira, deuxième plus grand barrage du Royaume, n’est plus qu’une vaste étendue de vase desséchée, jonchée de coquillages et de sédiments, vestiges du temps où l’édifice abritait un immense lac. Au fil du temps, un écosystème s'est créé autour permettant la mise en place d'activités génératrices de revenus pour les populations locales. Mais les dernières années de sécheresse ont réduit à néant les réserves du barrages et ont eu de désastreuses répercussions socio-économiques sur les riverains. Reportage.

C.C, M.J.E et M.W

Le 25 novembre 2023 à 19h10

Là où il y avait un immense lac quelques années auparavant, on ne trouve désormais qu'une terre craquelée et au loin une petite mare d'eau. Ce jeudi de la mi-novembre, le froid du matin a rapidement laissé place à une chaleur inhabituelle en cette période de l'année. Le paysage qui s'offre à nous est d'une "beauté" désolante.  Le barrage Al Massira est vide... ou presque ! Si l'on se fie aux chiffres, il resterait bien une dizaine de millions de mètres cubes d'eau dans cette retenue qui peut en contenir plus de 2,5 milliards mètres cubes.

Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom

 

En raison d’un déficit pluviométrique qui s’est accentué ces dernières années, l'étendue a rétréci comme peau de chagrin.

Le manque de pluies conjugué à une consommation qui se maintient ont vidé le barrage. Mais la chaleur y a contribué aussi un peu. Ce jeudi aux abords de ce qui reste du lac, l’évaporation des eaux est visible à l'oeil nu. Nous la visualisons au loin tout en nous rapprochons autant que faire se peut du peu d'eau qui subsiste.

Tout autour, la vase qui stagnait au fond de l’édifice a durci après une longue exposition au soleil. Nous avançons et à chaque pas qui foule ce sol censé être recouvert de flots, une idée est omniprésente : le réchauffement climatique n'est pas un phénomène abstrait. C'est une réalité ! Et ses répercussions dépassent de loin une retenue asséchée.

Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom
©Mouad Jamali Idrissi

Une trentaine de douars et des milliers de personnes dépendent du Barrage

Construit dans les années 70, à 30 kilomètres de la ville de Settat, le barrage Al Massira a pour vocation d’irriguer plusieurs milliers d’hectares et d’alimenter en eau potable plusieurs grandes villes, dont Casablanca et Marrakech. C'est sa vocation première.

Mais là où il y a de l'eau, il y a de la vie ! Tout autour de ce barrage, un écosystème s'est mis en place au fil des ans. Cultures, élevage, pêche, tourisme, etc.... des activités qui font vivre une dizaine de milliers de personnes dans la trentaine de douars avoisinants.

Ils sont dépendants des eaux de la retenue artificielle pour irriguer une culture vivrière et fournir une eau potable, à l’image du douar Oulad Sidi Ghanem que nous visitons ce 16 novembre.

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Sécheresse
©Mouad Jamali Idrissi

 

Un horizon économique obstrué

A la lisière des berges du barrage Al Massira, quelques rares parcelles d’oliviers et de cultures fourragères survivent tant bien que mal, grâce à l’eau pompée à partir des puits qui résistent mais qui sont menacés de tarissement eux aussi.

Les bien lotis ont creusé jusqu’à 120 mètres de profondeur pour puiser l’eau dans les entrailles de la terre.  Pour les autres, ils ont tout simplement décidé de vendre leurs parcelles agricoles.

"Il y a quelques années, je possédais 100 ha d’oliviers dont les fruits étaient destinés à mon usine de trituration d’huile d’olive. Mais par manque d’eau, j’ai vendu ma parcelle. Désormais, je suis obligé d’acheter les olives pour faire tourner mon unité", nous confie Abdellah, propriétaire d’une unité de trituration d’huile d’olive.

Si Abdellah s'est adapté à la nouvelle réalité, d'autres n'ont pas réussi. Jawad, un père de famille avec qui nous avons échangé nous explique que "plusieurs pères de famille ont longtemps attendu que la situation s’améliore avant de vendre leur terre et de quitter le village pour s’installer en ville".

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©Mouad Jamali Idrissi

La pêche n’est plus qu’un lointain souvenir

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©Mouad Jamali Idrissi

Il fut une époque, pas si lointaine, où les rives du barrage Al Massira étaient occupées chaque week-end par les caravanes et tentes des amateurs de pêche. Du temps de sa grandeur et splendeur, l’édifice était l’épicentre de la pêche touristique dans la province de Settat. Ces eaux accueillaient notamment le Black Bass, un poisson d’eau douce particulièrement prisé par les pêcheurs.

La pêche était également pratiquée comme activité génératrice de revenus pour nombre d'habitants des douars limitrophes. Aujourd'hui, les barques abandonnées jonchent les rives asséchées. Une scène triste.

Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom
©Mouad Jamali Idrissi

Cette activité qui était florissante permettait aux habitants du douar Oulad Si Ghanem de gagner jusqu’à 700 DH par jour, en accompagnant les pêcheurs amateurs ou en pratiquant la pêche à la ligne sur plus d’une quarantaine de barques, dont certaines sont abandonnées au sein du barrage, comme si le temps s’était arrêté depuis que le taux de remplissage s’est effondré.

Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom
©Mouad Jamali Idrissi

"Dans le village, on comptait jusqu’à 45 barques de pêche. Désormais, il n’y en a plus qu’une demi-douzaine. La pêche à la ligne a fait place à celle au filet, tant les colonies de poissons dans le lac se sont effondrées", témoigne Azzedine, pêcheur.

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Pénurie d’eau potable en été

Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom
©Mouad Jamali Idrissi
Al Massira, un barrage dont il ne reste que le nom
©Mouad Jamali Idrissi

Comble de l’ironie, le douar Oulad Si Ghanem, limitrophe au barrage Al Massira, n’est pas desservi par l’eau potable courante. Pour étancher leur soif, les habitants comptent sur une borne d’eau installée il y a près de dix ans.

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©Mouad Jamali Idrissi

Sauf que l’eau n’y coule pas de manière régulière. Les habitants déplorent souvent des coupures. Ils ne doivent leur approvisionnement qu'à certains agriculteurs dont les puits ne sont pas asséchés. Du moins pas encore.

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©Mouad Jamali Idrissi
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