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Eau potable et d'irrigation: l'été s'annonce difficile, risque de pénuries dans les zones enclavées (expert)

Cet été, le Maroc devra de nouveau faire face à la raréfaction de l’eau, l’hiver et l’automne n’ayant enregistré que quelques épisodes de précipitations. Alors que les vagues de chaleur se succèdent depuis quelques semaines, les barrages ne dépassent pas un taux de remplissage de 32%, contre 34% à la même période l’an passée. Selon Mohamed Jalil, expert en ressources hydriques, l’été s'annonce difficile.

Eau potable et d'irrigation: l'été s'annonce difficile, risque de pénuries dans les zones enclavées (expert)
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Le 14 mai 2023 à 17h46 | Modifié 15 mai 2023 à 11h21

Le besoin en eau potable et en eau d’irrigation augmentera cet été, comme chaque année, mais le risque de coupures d’eau dans le milieu urbain, bien que n'étant pas exclu, restera faible. Selon l’expert en ressources hydriques Mohamed Jalil, le milieu rural sera davantage affecté par la raréfaction de l’eau, en particulier les zones enclavées, dans la mesure où plusieurs sources ont été asséchées. Une raréfaction qui peut toucher l'approvisionnement des humains et du cheptel.

Dans les régions les plus exposées au risque de pénurie, les trois bassins hydrauliques réputés être classiquement excédentaires connaissent ces dernières années une baisse spectaculaire de leurs réserves à cause de la sécheresse. Il s’agit des bassins de l’Oum Er-Rbia, du Sebou et du Loukkos.

Cette situation fait redouter la prochaine rentrée scolaire, du point de vue financier. Rentrée scolaire, Aïd al-Adha et vacances, ce sont les trois événements majeurs de l’été. La sécheresse ayant largement affecté le cheptel ovin, entraînera forcément une hausse des prix des bêtes destinées à l’abattage pour l'Aïd, ainsi que des prestations dans le secteur touristique, ce qui rendra difficile la rentrée scolaire pour les parents d'élèves, selon Mohamed Jalil.

Le gouvernement, lui, se dit mobilisé pour fournir l'eau de manière "raisonnable et urgente" à tous les citoyens, où qu'ils se trouvent, sans négliger les engagements en matière d'approvisionnement en eau pour les zones irriguées, pour éviter les problèmes de réduction de la surface cultivée et ceux liés à la production agricole. C’est ce qu’a affirmé le jeudi 11 mai le ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, Mustapha Baïtas, à l'issue du Conseil de gouvernement.

"Le risque de coupures d’eau ne sera pas très élevé en milieu urbain"

"Nous sommes encore au printemps, mais nous abordons déjà la saison estivale, à en juger par les vagues de chaleur qui se succèdent" depuis quelque temps, souligne Mohamed Jalil, notant que cette période connaît une augmentation des besoins en eau potable et d’irrigation.

La situation hydrique actuelle étant critique, le gouvernement va-t-il recourir à des coupures d’eau dans certaines villes? "Le risque de coupures d’eau ne sera pas très important en milieu urbain", nous indique l’expert. "Certaines zones pourraient peut-être connaître des coupures passagères, mais tout porte à croire que malgré la situation hydrique actuelle, on pourra recourir aux eaux de forage et de certaines sources pour alimenter les villes. Nous aurons toutefois des restrictions qui vont s’inscrire dans la continuité de celles déjà en vigueur, notamment la baisse des débits."

"Les villes continueront donc à être approvisionnées. Safi par exemple, une ville lourdement touchée par la sécheresse, connaîtra prochainement la mise en service de la station de dessalement de l’eau de mer mise en place à l’initiative d'OCP, pour fournir notamment la population en eau potable. Selon mes informations, les travaux de cette structure ont été quasiment achevés, et les responsables s’attendent à ce qu'elle soit livrée et réceptionnée dans les mois à venir."

A Casablanca, dont la situation hydrique était critique l’été précédent, les chantiers d’alimentation en eau potable sont en cours. Il s’agit notamment de l’autoroute de l’eau qui part de la zone de l'aval du Sebou dans sa première tranche vers le bassin du Bouregreg, avec une enveloppe budgétaire de 6 milliards de DH (MMDH). Lors du point de presse organisé à l’issue du Conseil de gouvernement du jeudi 11 mai, Baïtas a annoncé que "les travaux se déroulent bien et devraient s’achever aux mois de juillet ou août, sachant que le délai contractuel a été fixé pour octobre". La séance de travail, présidée le 9 mai à Rabat par le Roi Mohammed VI, a donc accéléré le rythme des travaux.

Rappelons-le, ce projet contribuera dans sa première tranche à transférer les excédents d’eau du bassin de Sebou vers le bassin de Bouregreg et vers le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah, qui approvisionne en eau potable le nord de Casablanca. Il contribuera également de manière importante à traiter les problèmes hydriques au niveau de Casablanca et de Rabat.

En ce qui concerne la station de dessalement de l’eau de mer de la métropole, Nizar Baraka, ministre de l’Eau, avait annoncé en avril dernier que les travaux de construction doivent de démarrer en décembre 2023. La mise en service n’aura donc lieu qu’en 2026, au plus tôt. Celle-ci produira plus de 300 millions m3 d’eau par an, et offrira la possibilité de réaffecter l’eau de l’Oum Er-Rbia pour l’irrigation dans d’autres bassins, ce qui contribuera à l’amélioration de la production agricole.

Le milieu rural sera davantage affecté

"Les restrictions seront par ailleurs plus sévères pour l’eau d’irrigation", ajoute notre source. "La politique de distribution d’eau en milieu urbain priorise actuellement l’eau potable au détriment de l’irrigation, ce qui a entraîné une baisse des quantités d’eau destinées à l’irrigation et, par ricochet, provoqué l’arrachage d’arbres dans certaines zones, notamment le Gharb et Tadla ; des arbres plantés autrefois dans le cadre d’un investissement agricole, dont le bois est à présent livré comme bois de feu. La tension autour de l’eau est donc forte au niveau de nombreux périmètres irrigués".

"Cette politique est certes importante pour assurer un moyen de survie aux citoyens, mais elle nuit à l’autre objectif qu’est la sécurité alimentaire. Les cultures qui seront le plus touchées sont les maraîchages et l’arboriculture (olivier et palmier dattier notamment)".

"Le milieu rural sera donc plus impacté par la raréfaction de l’eau cet été, en particulier les populations qui ne sont pas encore branchées au réseau d’eau potable, et qui sont alimentées à travers des puits, de petits réservoirs d’accumulation des eaux pluviales et des eaux de source. L’impact du changement climatique se fait déjà sentir sur ces points d’eau. Certains connaissent une baisse drastique de leurs réserves, tandis que d’autres sont complètement secs. En témoigne la source de Meski à Errachidia, qui n’a jamais connu de pénurie d’eau, et qui est actuellement presque sèche", déplore-t-il.

"Ces sources sont un indicateur important de la sécheresse. Lorsque nous avons des sources qui n’ont jamais tari depuis des siècles et dont le débit est en train de s’amoindrir, cela en dit long sur les eaux souterraines, qui ne sont pas renouvelées. Si nous n’avons pas de précipitations d’ici le mois de septembre, certaines sources risquent même de disparaître. Nous sommes déjà à la sixième année de sécheresse. En général, le Maroc connaissait deux années de sécheresse, suivies d’une année pluvieuse."

"Cette persistance de sécheresse se fait également sentir au niveau des barrages qui sont actuellement à 32% de remplissage, un niveau inférieur à celui de l’an passé. Le barrage Al Massira au niveau du bassin de l’Oum Er-Rbia, tout comme d'autres barrages emblématiques, est presque à sec. Il est à peine à 4% de sa capacité totale."

La sécheresse s'est généralisée aux bassins qui étaient excédentaires

Et Mohamed Jalil de poursuivre : "Les bassins les plus à risque ne sont plus ceux du Haouz ou du Souss, dans la mesure où ce sont des bassins déjà pauvres d’un point de vue hydraulique. La sécheresse s'est généralisée à des bassins qui sont généralement excédentaires, tels que les bassins de Sebou, de l’Oum Er-Rbia et du Loukkos, qui connaissent depuis quelque temps une réduction de leurs réserves."

"La situation est critique au niveau du bassin de l’Oum Er-Rbia. Tout le long de ce fleuve, il y a des parcelles agricoles irriguées à partir de prélèvements. Les autorités se trouvent dans une situation délicate. Si elles autorisent ces agriculteurs à irriguer à partir de l’eau du fleuve, ces derniers procèdent à des prélèvements anarchiques, Si elles leur interdisent de prélever l’eau, ces agriculteurs ne pourront pas sauver leurs cultures. Ce bassin, qui alimentait autrefois les deux tiers de la ville de Casablanca, n’en alimente que le tiers aujourd’hui. Le reste arrive du bassin de Bouregreg."

"En ce qui concerne le bassin du Loukkos, la tension est très importante sur l’agriculture. Au niveau de ce périmètre, l’eau d’irrigation a continué à être fournie à l’agriculture, notamment pour les maraîchages et les fraises, d’où la stabilité des prix de ces dernières. Mais aujourd’hui, il y a un conflit d’usage entre l’eau potable et l’agriculture. La rareté de l’eau commence à s’y faire sentir."

"En ce qui concerne le bassin de Sebou, de nombreuses sources sont complètement asséchées", conclut Mohamed Jalil.

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Le 14 mai 2023 à 17h46

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