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ECONOMIE

L’inflation va-t-elle diminuer le ratio de la dette publique marocaine ?

Théoriquement, la réponse est oui, car l’inflation impacte mécaniquement à la baisse le ratio dette publique/PIB. Mais les choses sont plus compliquées que cela, nous expliquent des experts consultés par Médias24, qui estiment que contrairement à ce vieux principe économique, l’inflation actuelle tend plutôt à alourdir la dette du Trésor.

L’inflation va-t-elle diminuer le ratio de la dette publique marocaine ?
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Le 27 avril 2023 à 18h41 | Modifié 27 avril 2023 à 19h04

Dans ses prévisions pour l’année 2023, le gouvernement table sur une baisse de l’endettement du Trésor à un niveau de 70%, soit près de 1,5 point par rapport aux années 2021-2022, qui ont vu le ratio de la dette publique augmenter considérablement suite aux effets de la crise du Covid et de l’explosion des charges de l’Etat. Une prévision qui paraît à première vue contradictoire avec la situation des finances publiques, qui continuera d’enregistrer un déficit budgétaire élevé de l’ordre de 4,5%, selon les mêmes prévisions de la loi de finances.

Pourquoi le gouvernement table-t-il sur un relâchement du ratio de la dette par rapport au PIB ? Le premier réflexe que peut avoir tout économiste nourri de littérature économique d’après-guerre, aux Etats-Unis comme en Europe, est de penser à l’inflation. Ce mal qui ronge le pouvoir d’achat, déstabilise l’activité économique, mais qui a prouvé par le passé son effet salvateur sur l’endettement des Etats.

L’effet mécanique de l’inflation sur la dette publique

L’inflation est en effet souvent présentée comme un bon moyen de gérer les dettes. Quand il y a de l’inflation, le pouvoir d’achat de chaque dirham, dollar ou euro baisse, puisque les prix de ce que l’on achète avec augmentent. Ce qui signifie aussi que chaque dirham, dollar ou euro emprunté coûte, en termes réels (c’est-à-dire en produits alimentaires, industriels ou autres), moins cher à rembourser. Mécaniquement, l’inflation fait ainsi diminuer le poids réel de la dette.

Autre effet désirable de l’inflation : son effet accélérateur du PIB en valeur. Plus l’inflation est forte, plus le PIB en valeur augmente, ce qui tend à faire baisser le ratio dette/PIB. Surtout qu’au Maroc, comme partout ailleurs dans le monde, le taux de croissance du PIB, comme l’explique un économiste consulté par Médias24, correspond à la croissance en volume  afin justement d’annuler les effets de la hausse des prix. "Le PIB en valeur augmente en fait grâce à la croissance mais aussi à l’inflation. Une forte inflation induit donc de manière mécanique une baisse du ratio de la dette publique", nous explique-t-il.

Comment le gouvernement va-t-il réussir à faire baisser son niveau d’endettement à 70% du PIB, seuil au-delà duquel le pays entre en zone de turbulence ? Selon les experts que nous avons consultés, dont un haut cadre du ministère des Finances, les choses sont plus complexes dans la réalité.

Ce principe a certes montré son efficacité par le passé, surtout après la Seconde Guerre mondiale. Au sortir de ce grand conflit mondial, l’ensemble des Etats européens affichaient des ratios de dettes insoutenables. Mais la forte demande née de l’après-guerre et l’apparition d’une inflation à deux chiffres sur une longue période ont effacé pratiquement tout le passif de la dette née de la guerre en Europe.

En France par exemple, la dette publique est passée de 280% du PIB en 1944 à 35% en 1952, grâce essentiellement à une forte inflation qui avait atteint sur cette période une moyenne de 40%. Le Maroc a vécu le même phénomène durant le protectorat, puisque sa dette publique a baissé de plus de 30 points au cours de la même période, comme le rapporte l’économiste franco-marocain Adam Barbe dans son livre Dette publique & impérialisme au Maroc (1856-1956).

LIRE AUSSI : Protectorat. Révélations sur la politique de la dette française au Maroc

Mais ce principe, simple et intuitif, n’est plus d’actualité, nous disent toutes nos sources. "La comparaison entre la période de l’après-guerre et la période actuelle n’a pas de sens. Ce sont deux contextes différents, avec des méthodes d’intervention étatique et des réflexes monétaires qui n’ont rien à voir avec les politiques menées à l’époque", explique un de nos experts.

Une théorie dépassée par le monétarisme et les nouveaux réflexes étatiques

"Si l’inflation, extrêmement élevée entre 1945 et 1949 (hausse annuelle de près de 40%), et relativement importante entre 1949 et 1970 (hausse moyenne de plus de 5%), a permis de réduire le niveau global de la dette des États occidentaux, la croissance du PIB hors inflation, de l’ordre de 6% annuelle en moyenne entre 1945 et 1970, y a aussi fortement contribué. Cette époque est toutefois incomparable avec la période actuelle. Au cours de ce que l’on appelle les Trente Glorieuses, l’économie occidentale était caractérisée par le plein emploi et des niveaux d’inégalités relativement modérés ; les salaires étaient indexés sur l’inflation ; et l’accroissement démographique sans précédent (phénomène du baby-boom, ndlr) permettait une hausse constante de la demande et un interventionnisme étatique important… Dans ce contexte, la croissance est importante et continue, et la forte augmentation des prix après 1945, puis modérée entre 1949 et 1970, ne constitue pas un enjeu majeur pour les gouvernements, et devient même un objectif de second rang", explique notre économiste.

Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, où le monde entier, à part quelques pays émergents (Chine et Inde), vit dans une croissance molle, qui ne dépasse pas les 1% en Occident, et qui est limitée à un plafond de 3,5% au Maroc, pays qui doit en principe réaliser 6% en moyenne tous les ans.

La croissance n’est donc pas au rendez-vous. Et l’inflation qui paraissait à l’époque secondaire, voire souhaitée par les gouvernements, constitue désormais une problématique majeure ; car dans un contexte de croissance atone, de chômage galopant et de creusement des inégalités, l’inflation est vue comme un phénomène destructeur, source de tensions sociales et de perturbations économiques.

Le Maroc vit la même situation. Et l’inflation, que certains économistes de gauche présentaient avant la crise du Covid comme la solution miracle pour faire passer le pays à un nouveau palier de croissance, est devenue l’ennemi public numéro 1.

Autre différence entre les deux époques : le changement des politiques budgétaires et monétaires face au phénomène inflationniste. Dans les années 1950-1960-1970, le monétarisme n’existait pas. Et la cible d’inflation des 2% que se fixent aujourd’hui les banques centrales était totalement absente, tout comme la nouvelle mission des banques centrales, devenues depuis les années 1980 les protecteurs de l’évolution des prix.

Dans ce contexte, face à l’envolée des prix, les banques centrales augmentent systématiquement leur taux directeur, comme l’a fait Bank Al-Maghrib à trois reprises en l’espace de six mois, faisant passer son taux directeur de 1,5% à 3%. Idem pour la BCE et la FED, dont les taux ont connu une hausse plus importante depuis 2022. Un réflexe devenu normal qui, par ricochet, pousse les marchés à exiger des taux plus élevés pour prêter aux Etats.

Des Etats qui en même temps ont recours à diverses mesures sociales de soutien et de subventions pour limiter l’effet de la hausse des prix, protéger le pouvoir d’achat de leurs citoyens et préserver la paix sociale. Ce qui augmente les dépenses publiques, creuse le déficit et les pousse à s’endetter davantage pour boucler leur budget ou même anticiper des chocs futurs, comme l’a fait le Maroc en contractant une ligne de crédit modulable auprès du FMI pour 5 milliards de dollars.

Tous ces facteurs, comme nous l’expliquent nos experts, mènent davantage à une augmentation du ratio de la dette par rapport au PIB plutôt qu’à son allègement. "L’inflation agit bien sûr de manière mécanique du fait de l’accroissement du PIB en valeur, mais cet effet est effacé par les autres facteurs budgétaires et monétaires qui entrent en jeu. Au final, le solde de cette opération est négatif pour la dette publique", estime un économiste.

Un cadre du ministère des Finances nous explique par ailleurs que si le gouvernement table sur une baisse du ratio de la dette, c’est pour des raisons purement budgétaires qui ne sont liées en rien à la forte inflation que connaît le pays ou le monde.

Bien au contraire, précise-t-il : "Depuis l’apparition de l’inflation en mars 2022, les taux dans le monde entier, y compris au Maroc, n’ont cessé d’augmenter. Et nous empruntons aujourd’hui beaucoup plus cher qu’avant, ce qui alourdit la charge de la dette."

Selon lui, si le ratio de la dette passe à 70% du PIB en 2023, ce sera grâce à la politique budgétaire menée par l’Etat, qui consiste à renforcer les recettes et à rationaliser les dépenses.

Une politique que les chiffres des finances publiques au premier trimestre de l’année confirment bel et bien, confortant le ministère des Finances, comme nous l’avait confié le ministre du Budget, Fouzi Lekjaa, dans ses prévisions d’allègement du déficit à 4,5% et de la dette du Trésor à 70% du PIB.

"L’inflation va bien sûr jouer un peu, effet du PIB oblige, mais l’impact sera très minime. L’essentiel de la baisse proviendra de la gestion budgétaire qui vise en premier lieu à limiter le déficit pour l’amener d’ici 2026 à un niveau normal de 3%", explique notre source.

LIRE AUSSI : Grâce à la hausse des recettes fiscales, le budget de l’État excédentaire à fin mars

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Le 27 avril 2023 à 18h41

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