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AGRICULTURE

Exportations de tomates vers la Russie : Exigences justifiées ou néoprotectionnisme?

Depuis le 30 octobre dernier, les importations en Russie de tomates du Maroc réexportées en provenance des Pays-Bas, de Belgique et de France sont suspendues car atteintes par le virus Pepino Mosaïc. Les exportateurs marocains dénoncent un protectionnisme déguisé.

Exportations de tomates vers la Russie : Exigences justifiées ou néoprotectionnisme?
Samir El Ouardighi
Le 3 janvier 2021 à 15h41 | Modifié 28 février 2022 à 18h28

Après le blocage en 2018 de 93 tonnes de tomates marocaines contaminées par la teigne Tuta Absoluta, le service fédéral russe de surveillance phytosanitaire « Rosselkhoznadzor » a de nouveau interdit, le 30 octobre dernier, l'importation des tomates du Maroc réexportées depuis la Hollande, la Belgique et la France après la découverte de fruits atteints du Pepino Mosaïc Virus.

Deux mois après, le directeur général de cet organisme menace d’étendre l’interdiction aux poivrons et aux pommes de terre du Maroc.

"Un virus inoffensif utilisé comme prétexte"

Un exportateur marocain de fruits et de légumes de premier plan nous déclare que cette histoire de virus est un prétexte redondant qui ne tient pas la route.

"Ce n'est qu'un prétexte car plusieurs analyses effectuées en Russie ont montré d’une part que de nombreuses tomates prélevées dans leurs supermarchés étaient également infectées par le même virus papillon et que d’autre part, ce dernier n’était absolument pas dangereux.

"En effet, ce virus qui est présent dans les productions de tomates du monde entier ne présente aucun danger pour la santé des humains qui sont habitués à vivre avec depuis des temps immémoriaux. Des journaux russes ont d'ailleurs relevé cette contradiction consistant à prétexter un virus inoffesnif que l'on retrouve dans tous les supermarchés russes.

Un embargo déguisé pour aider les producteurs russes

"En réalité, la vraie raison de cet embargo qui ne dit pas son nom est que l’Etat russe a subventionné financièrement de nombreux agriculteurs pour monter des unités de production ultra-modernes de tomates qui représentent 500.000 tonnes pour un besoin national d'un million de tonnes.

"Aujourd'hui, ces producteurs ont de grosses difficultés financières car s'il est facile de construire des grandes serres avec l'argent de l'État, il est plus difficile d'obtenir des prix de revient qui ne soient pas trop élevés pour les consommateurs russes contrairement à ceux pratiqués par le Maroc ou l'Azerbaïdjan.

"En fait, si l'intention des autorités était clairement d'éliminer la concurrence étrangère, le problème est que les producteurs russes sont incapables de répondre à la demande intérieure de leur pays", conclut notre producteur qui précise que le Maroc exporte 50.000 tonnes de tomates soit 10% des importations russes et 5 % de la consommation annuelle de ce pays.

Un accord devrait être trouvé avant février prochain

Du côté de l’Association des producteurs et exportateurs des fruits et légumes (APEFEL), un exportateur nous confirme également que la Russie veut faire baisser le volume de tomates marocaines pour favoriser les producteurs russes sachant qu’en 2020, il y a eu une diminution de 15 % des importations par rapport à 2019.

"Tout dépendra de l'offre et de la demande mais il est possible que ce trend baissier continue pour aider les producteurs russes quitte à piocher dans les tomates marocaines quand le besoin se fera sentir", résume notre source qui ajoute qu’il n'y aura pas d’arrêt total des importations marocaines sachant que les arrangements entre les deux parties devraient aboutir en janvier ou février.

En conclusion, tous nos interlocuteurs prédisent des problèmes de compétitivité des fruits et légumes marocains avec un Etat russe qui met de plus en plus de barrières à l’importation un peu à l’image de ce qui s’était passé par avec les clémentines exportées en Russie dont le calibre a été jugé trop petit.

Menace d’interdiction de toutes les importations de tomates, poivrons et pommes de terre du Maroc

De son côté, se disant inquiet de nouvelles contaminations, Sergei Dankvert, chef du service fédéral de contrôle phytosanitaire Rosselkhoznadzor équivalent de l’ONSSAA a déclaré mardi 29 décembre à l’agence TASS que son pays pourrait étendre l’interdiction à d’autres importations de fruits et légumes originaires du Maroc.

"Si nous avons déjà interdit l'importation de tomates marocaines réexportées depuis les Pays-Bas, la Belgique et la France (…), nous avons averti par vidéoconférence nos collègues marocains que nous pouvons interdire la fourniture de leurs produits s'ils ne travaillent pas plus efficacement contre les virus qui infectent toutes les cultures des tomates, des poivrons et des pommes de terre.

"Nous suggérons donc aux représentants marocains de nous fournir des informations sur les régions exemptes du virus et celles qui ne le sont pas. Tant qu'ils n'auront pas fait cela, et si la situation continue de se détériorer, nous serons contraints d'imposer une interdiction", a menacé Dankvert.

La Russie dément tout protectionnisme étatique

Sollicité par Médias24, un membre de la représentation commerciale russe de Rabat affirme, sous couvert d’anonymat, que le point de départ des suspicions est la découverte de traces d'infection dans des cargaisons de tomates marocaines originaires de Belgique, de Hollande et enfin de France.

"S’il est vrai que nous allons multiplier les contrôles pour tous les légumes en provenance du Maroc, il ne s'agit absolument pas de protectionnisme ou d’une aide déguisée à nos agriculteurs.

"Si comme nous l’avons demandé, les contrôles phytosanitaires sont bien effectués par les services de l’ONSSA dans toutes les régions du Maroc qui cultivent des tomates, des poivrons et des pommes de terre, il ne devrait y avoir aucun problème pour rétablir aussi vite que possible les importations", résume notre interlocuteur en se voulant rassurant sur l’avenir des relations commerciales.

Visioconférence avec l'ONSSA

Une visioconférence s'est tenu le 29 décembre entre les deux parties, ONSSA et Rosselkhoznadzor, confirme un communiqué de presse de l'agence fédérale russe, consulté par nos soins. Dans ce document, l'agence russe retrace l'historique de l'affaire, affirmant que le virus de la mosaïque du pépino a été détecté dans des tomates en provenance directe du Royaume et pas uniquement dans celles réexportées à partir d'autres pays européens.

Selon le communiqué, l'Autorité russe de contrôle a demandé à l'ONSSA des informations sur les pays d'où le Maroc importe des graines de tomates. Ainsi que des informations sur les mesures prises dans le Royaume pour lutter contre la propagation du virus de la mosaïque du pépino sur le territoire.

Au final, l'ONSSA étudie actuellement une proposition russe consistant à passer à l'échange de certificats phytosanitaires pour les marchandises réglementées sous format électronique.

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Samir El Ouardighi
Le 3 janvier 2021 à 15h41

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