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ECONOMIE

Rokhas: Les professionnels dénoncent la résistance et le cafouillage dans les communes

Jeudi 17 septembre, la plateforme Rokhas de dépôt et de traitement des autorisations d'urbanisme et économiques a fait l'objet d'une réunion en présence du wali de Rabat. Architectes et promoteurs dénoncent la résistance et le manque d'implication des fonctionnaires.  

Rokhas: Les professionnels dénoncent la résistance et le cafouillage dans les communes
Sara Ibriz
Le 22 septembre 2020 à 18h50 | Modifié 11 avril 2021 à 2h48

La plateforme Rokhas a été lancée à Casablanca dans le cadre d'une expérience pilote en 2017, avant que le chantier de généralisation ne soit annoncé en avril 2019. 

L'objet de cette plateforme est de dématérialiser les autorisations à caractère urbanistique et économique afin de gagner du temps et de limiter les déplacements et dépenses. Elle a également pour but d'améliorer la compétitivité des opérateurs économiques et d'améliorer le climat des affaires au Maroc.

En théorie, le projet est méritoire mais la pratique est toute autre. Et les soucis liés au fonctionnement de la plateforme ne sont pas les plus préoccupants.

Pour Anouar Arradi, architecte et urbaniste "la plateforme sera en amélioration continue jusqu'à ce qu'on trouve la meilleure version. Par contre, la résistance et le cafouillage auxquels nous faisons face au niveau des communes constituent de réels obstacles". 

"Le wali de Rabat a tapé du poing sur la table"

La généralisation de la plateforme au niveau de la région de Rabat-Salé-Kénitra a été lancée en pleine pandémie.

Après quelques mois d'utilisation, et dans le but de faire une première synthèse de la plateforme Rokhas à Rabat, le wali de la région a tenu une réunion le jeudi 17 septembre, en la présence du conseil régional de l'Ordre des architectes, la FNPI, le maire, la directrice de l'Agence urbaine de Rabat-Salé, la société "Ribatis" qui gère la plateforme Rokhas, ainsi que quelques présidents de communes.

Cette réunion a été l'occasion d'exposer les différentes problématiques liées à l'utilisation de la plateforme.

Face à une augmentation des dossiers rejetés (près de 80%) et à la baisse des dossiers traités (40%), "le wali de Rabat a "tapé du poing sur la table et donné ses instructions pour que la situation soit débloquée", déclare Mohamed Benjelloun, membre de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI). 

Pour ce dernier, le blocage est dû à la mauvaise foi de certains instructeurs et leurs supérieurs qui ne prennent pas conscience de l'impact de leurs comportements sur la situation économique du pays. 

"Il s'agit d'un ralentissement énorme. Certes, ces chiffres concernent la ville de Rabat mais la situation est générale", indique Mustapha Allali, vice-président de la FNPI. 

Selon Anouar Arradi, "si certains intervenants bloquent autant de dossiers c'est uniquement pour pousser les gens à venir vers eux. Malheureusement, il n'y a aucun organisme auprès duquel on pourrait faire des réclamations et dénoncer ces comportements". 

Avant ou après Rokhas? 

Pour Mohamed Benjelloun le choix est vite fait: "ni l'une ni l'autre". 

"Avant la plateforme, il fallait solliciter le président de la commune, voire même le supplier pour démarrer la procédure. L'initiative de la digitalisation est bonne et permet d'éliminer plusieurs paramètres épineux liés à la mauvaise foi des responsables, mais encore faut-il que l'application suive la théorie", poursuit-il. 

Pour délivrer une autorisation d'urbanisme, une commission composée de plusieurs intervenants (commune, agence urbaine, conservation foncière, wilaya, protection civile, etc.), doit se réunir afin que ses membres puissent soumettre leurs observations respectives, en discuter de vive voix pour se compléter voire même se corriger. Il s'agit du processus d'instruction.

"Les commissions ne se réunissent plus. Chaque intervenant est placé derrière un écran et écrit son avis de manière anarchique", déplore Mustapha Allali. 

Selon Fayçal Benachou, directeur général de Ribatis, "la plateforme Rokhas offre la possibilité aux membres de la commission de se réunir en visio-conférence. C'est une solution qui a été mise en place depuis le début de la pandémie afin de ne pas bloquer les procédures et projets qui reposent sur ces autorisations. Le fait que la commission ne se réunisse pas, que ce soit en présentiel ou en distanciel, est un choix indépendant de la plateforme". 

En parlant d'anarchie, M. Allali cible d'une part le décalage entre les membres de la commission et le contenu des observations émises d'autre part. Celles-ci sont "très souvent contradictoires". D'autant plus que "chaque intervenant empiète sur le domaine de l'autre, sans pour autant motiver son avis". 

"Par exemple, un intervenant peut émettre un avis négatif en mentionnant dans ses remarques que l'architecte doit respecter la réglementation en vigueur et ce, sans préciser la base juridique à laquelle il fait référence ou par laquelle il motive sa position. Le problème réside donc dans l'absence de contrôle", précise M. Benjelloun. 

Des projets d'amélioration pour Rokhas

Pour améliorer le processus d'instruction, Fayçal Benachou explique qu'il est prévu d'enrichir la plateforme Rokhas de manière "à aider le fonctionnaire à bien faire son travail. Mais cela ne fait pas plaisir à tout le monde car la marge d'interprétation et de manœuvre des fonctionnaires sera réduite". 

Sur le plan technique, M. Benachou assure que Rokhas ne pose aucun problème car elle est adaptable aux besoins et directives des ministères de l'Intérieur et de l'Habitat. 

"Par exemple, pour que le nombre des dossiers à instruire par semaine augmente, il suffit de prévoir des réunions de commissions plus fréquentes. Or, pour mettre cela en place, il faut que les responsables en expriment le besoin. C'est uniquement sur la base de celui-ci que nous pourrons modifier les services de la plateforme". 

Une nouvelle version de la plateforme verra bientôt le jour. Dans ce sens, l'aspect opérationnel et technique de Rokhas fera l'objet d'une réunion prévue pour mercredi 23 septembre, en présence du wali de la région de Rabat. 

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Sara Ibriz
Le 22 septembre 2020 à 18h50

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