img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Un médecin a-t-il le droit d'exhiber la misère de ses patients pour se vendre?

Des vidéos mettent en scène le chirurgien plasticien Hassan Tazi recevant ses patients. Elles sont diffusées en live sur les réseaux sociaux. Si le président de l’Ordre des médecins ne semble pas pressé de s’interroger sur ces méthodes, quelques uns de ses confrères l'accusent de manque d’éthique portant atteinte à la profession.

Un médecin a-t-il le droit d'exhiber la misère de ses patients pour se vendre?
Samir El Ouardighi
Le 20 octobre 2019 à 8h56 | Modifié 10 avril 2021 à 21h54

Dans une vidéo publiée sur Facebook mardi 8 octobre par Chouf TV, on voit ce chirurgien recevoir dans son bureau, deux jeunes femmes balafrées et couvertes de cicatrices sur tout le corps qu’il se fait fort de faire disparaitre afin de leur assurer un nouveau départ dans la vie.

Sa démarche se voulant motivée par la compassion humaine, est saluée par de nombreux internautes. Par contre, d'autres internautes ou observateurs s’élèvent contre l’exposition filmée de la misère de ces patientes qui se sont infligées elles-mêmes ces blessures indélébiles alors qu’elles étaient sous l’effet de psychotropes. Compassion, certes. Mais pourquoi filmer? A-t-on le droit de le faire, au regard de l'éthique médicale et de l'éthique humaine? Que valent l'individu et son intimité? Est-ce qu'il n'y a pas trop de dérives dans l'espace public et virtuel? Est-ce que chaque individu n'a pas droit à un minimum de considération, d'intimité et de pudeur?

Secret médical exposé au public 

Violation du respect de la vie privée, manque d’éthique médicale, show de téléréalité, les qualificatifs négatifs ne manquent pas pour décrire une mise en scène imposée par ce médecin à ses patientes qui au final n’épargne aux spectateurs aucun détail intime de leur vie passée, aussi scabreux soient-il. Nous ne partageons pas les liens de ces vidéos car ce serait nous rendre coupable de complicité et nous contribuerions à la diffusion de ces images que nous condamnons.

Il est en effet étrange de convoquer des caméras dans un lieu où sont posées des questions qui violent l’intimité des patientes alors que le secret médical est censé y être la règle.

De plus, depuis l’apparition du phénomène du "Tcharmil" et la multiplication des vidéos d'agressions à l'arme blanche, ce praticien ne cesse d’utiliser la tribune des réseaux sociaux pour proposer ses services chirurgicaux aux victimes.

Un médecin injoignable et un président du Conseil de l’ordre qui préfère regarder ailleurs

Désireux d’en savoir plus sur ses motivations, nous avons tenté de le contacter à plusieurs reprises mais malgré nos nombreux appels et messages à son cabinet, le chirurgien, sans doute occupé à opérer, est resté injoignable pendant plusieurs jours et n'a jamais rappelé.

A défaut, nous avons donc joint Mohammadin Boubekri, qui préside le Conseil national de l’ordre des médecins ainsi que plusieurs de ses confrères exerçant à Casablanca ou Rabat.

Là-encore, malgré des promesses de nous donner rapidement par mail son avis sur les agissements de son confrère, le président Boubekri n’a pas respecté son engagement et n’a plus décroché à nos appels.

Idem pour le patron d’une grande clinique de chirurgie plastique qui a justifié son refus par le fait "qu’il est hors de question d’accabler un confrère sachant que cela salirait toute la profession".

Un esprit de corps confirmé par plusieurs chirurgiens qui, après une lourde insistance, ont fini par accepter de témoigner mais sous couvert d’anonymat pour ne pas être accusés "de cracher dans la soupe".

Un comportement passible de poursuites partout ailleurs

Après avoir visionné l'une des vidéos, nos trois plasticiens ont déclaré qu’il n’était pas dans les habitudes de la profession de faire entrer des caméras dans un cabinet médical pour une consultation pré-opératoire.

"Le minimum aurait été de flouter le visage des deux patientes et/ou de transformer leur voix.

"Partout ailleurs, cela entraînerait des sanctions du Conseil de l’ordre car on voit bien que les deux jeunes femmes sont complètement paumées et que leur misère est exploitée.

"Même dans le cas où elles auraient donné leur accord pour être filmées, il n’y a manifestement pas de consentement éclairé.

"Un médecin ne doit pas faire des réseaux sociaux une sorte de support publicitaire pour proposer ses services", s’interroge un plasticien renommé de Casablanca.

Du marketing et de l’audience à la manoeuvre

Un autre ira plus loin en affirmant qu’il est complètement irresponsable de rebondir sur la misère de patients pour se poser en défenseur de la veuve et de l’orphelin.

"On peut utiliser les réseaux sociaux pour présenter les dernières technologies de chirurgie plastique mais pas pour montrer ses patients et tâcher d’en recruter d’autre.

"Certains patient(e)s partagent parfois des photos après avoir été opérées mais qu’un médecin publie l’entretien préopératoire avec tout ce que cela suppose de révélations sur la vie privée, c’est inédit et même inacceptable en termes d’éthique médicale", accuse un chirurgien de la capitale.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Samir El Ouardighi
Le 20 octobre 2019 à 8h56

à lire aussi

الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر
Arabic Content

Article : الاتحاد الأفريقي: المغرب في موقف قوي مقابل الجزائر

على الرغم من أن الجزائر حصلت على نائب رئاسة الاتحاد الأفريقي، إلا أن المغرب هو الذي يستفيد من الوضع، مؤكدًا نفسه كقوة لا يمكن تجاهلها. تحقيق حول تأثير متزايد.

BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque
Quoi de neuf

Article : BMCE Research : Dynamique du Marché et Prime de Risque

BMCE Research redéfinit la prime de risque actions, révélant une baisse significative et un marché en pleine mutation, soutenu par des anticipations optimistes.

Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”
gitex 2025

Article : Amir Rao : “AWS permet de traiter des données localement tout en utilisant des services avancés”

Lors du Gitex Africa 2024, l’interview avec Amir Rao, directeur de la gestion des produits Telco chez AWS, dans le M24 Live Studio a mis en lumière les ambitions et les initiatives de l'entreprise en collaboration avec Orange pour déployer des zones AWS WaveLAN au Maroc et au Sénégal. Cette collaboration vise à renforcer l'écosystème technologique africain, à favoriser l'innovation et à répondre aux exigences réglementaires locales.

Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie
NATION

Article : Union Africaine : Maroc en Position de Force Face à l'Algérie

Bien que l'Algérie ait sécurisé la vice-présidence de l'UA, c'est le Maroc qui tire son épingle du jeu, s'affirmant comme une puissance incontournable. Enquête sur une influence croissante.

Les horaires de prière à Casablanca pour le samedi 2 mai 2026
PRIÈRES MAROC

Article : Les horaires de prière à Casablanca pour le samedi 2 mai 2026

Voici les horaires de prière à Casablanca, la capitale économique du Maroc.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité